‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 45 sur 81 · Voir § VI · texte numérisé non relu

Voir § VI

2. Terme consacré pour exprimer l’action du sacrifice sur Agni, et plus généralement sur les dieux.

«... Agni Vaiçvânara, qui, dans le sein de tous les immortels, a été fortifié par les vigilants. »

Mais dans un bon nombre de textes, où la mention du feu allumé dans le ciel est également accompagnée d’allusions plus ou moins directes à un sacrifice, les dieux sont exprès sèment nommés. Le suivant, qui est une formule deux fois employée dans le Aig-Veda, III, 9, 9, et X, 52, 6, est d’une clarté qui ne laisse rien à désirer : « Trois mille trois cent trente-neuf dieux ont honoré Agni; ils l’ont nourri de beurre, ils ont répandu pour lui le gazon sacré, et l’ont institué sacrificateur. » En vain objecterait-on que cette formule, tant par le caractère artificiel du nombre de dieux mis en cause, que par la place qu’elle occupe à la fin de deux hymnes, trahit une origine relativement moderne. Les traits essentiels en peuvent être relevés dans d’autres textes dont il n’y a aucune raison de contester l’antiquité. Nous lisons en effet que les dieux ont honoré Agni l’immortel, V, 3, 4, qu’ils ont tous ensemble pris Agni pour messager et qu’ils l’honorent dans les sacrifices, Y, 21, 3, qu’ils l’honorent de leurs chants en implorant son secours, I, 128, 8, qu’ils l’ont « oint », c’est-à-dire sans doute arrosé de beurre, en l’instituant sacrificateur, III, 19, 5, qu’ils ont suivi, c’est-à-dire sans doute célébré selon les rites, le sacrifice d’Agni, X, 12, 3.

D’autre part Agni reçoit le titre de purohita des dieux, III, 2, 8, et on ne peut guère hésiter à prendre ce terme dans son sens usuel de prêtre domestique, quand on voit ailleurs le même Agni appelé « le sacrificateur établi dans le ciel qui fait réussir toutes les œuvres », I, 70, 8, « le sacrificateur très-expert qui est dans le séjour des eaux », I, 149, 4. Ainsi dans le ciel, comme sur terre, Agni est non-seulement l’instrument, mais l’agent principal d’un sacrifice.

Nous réservons les textes relatifs aux sacrifices célébrés par les différentes divinités, pour les sections consacrées à chacune d’elles. Mais nous pouvons annoncer dès maintenant que le caractère sacerdotal, commun d’ailleurs à la plupart des dieux védiques, paraît avoir été attribué tout spécialement, non-seulement aux trois Aibhus et à la troupe des Maruts, mais à Trita, à Vishnu, à Savitri-Tvashtn.

On se demandera quelle pouvait être la signification d’un sacrifice célébré par les dieux eux-mêmes, et la confusion ou l’assimilation 'des pères et des dieux qui a déjà été signalée comme fréquente, suggérera d’abord l’idée que les

attributs sacerdotaux ont été empruntés par les dieux aux pères, ou tout au moins que le mythe des dieux sacrificateurs n’est qu’une imitation du mythe des pères. En fait, nous avons eu l’occasion de citer par avance des passages d’après lesquels les dieux ont gagné par le sacrifice leur droit au sacrifice. Une idée analogue est exprimée dans l’un des textes qui établissent les rapports des dieux avec le feu, VI, 7, 4 : « Tous les dieux, ô immortel, t’acclament à ta naissance comme un enfant; par ta puissance ils sont arrivés à l’immortalité, ô Vaiçvânara, quand tu es sorti brillant de tes parents U »

Il n'est même pas impossible de découvrir des personnages auxquels les dieux auraient réellement offert leur sacrifice. Déjà dans la formule deux fois répétée, I, 164, 49 et X, 90, 16, que nous venons de rappeler, on a vu les dieux qui, par le sacrifice, ont gagné leur droit au sacrifice, parvenir au ciel où sont les anciens dieux. Dans l’hymne X, 151 sur la foi, çraddhà, il est dit au vers 3 des dieux, qui d’après le vers 4 pratiquent cette vertu en sacrifiant, qu’ils ont eu foi dans les puissants Asuras. C’est seulement dans la quatrième partie de ce livre que nous chercherons à déterminer le caractère de ces « Asuras » et de ces « anciens dieux ». Il nous suffit, quant à présent, de les avoir montrés habitant le ciel avant les autres dieux, et recevant leurs hommages.

Mais on ne se ferait encore qu’une idée très-incomplète du mythe qui nous occupe si l’on s’en tenait à ces deux idées de l’assimilation des dieux aux pères, et de la situation, primitivement subordonnée, des dieux vis-à-vis d’autres dieux plus anciens. Il faut même remarquer, en ce qui concerne la seconde, que les anciens dieux paraissent avoir été considérés eux-mêmes comme des sacrificateurs. Le sacrifice du puriishq a été offert à la fois par les dieux et par des rishis qui reçoivent l’épithète, d’ailleurs assez obscure, sàdhya, X, 90, 7, appliquée dans le vers 16 du même hymne ( = 1, 164, 50) aux anciens dieux, premiers habitants du ciel, et sans autre application dans le Aig-Veda. Au vers X, 109, 4, les « anciens dieux » paraissent également identifiés aux « septrishis ». Or, il semble que, pour eux du moins, toute idée de subordination vis-à-vis d’autres êtres doive

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