‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 48 sur 81 · Voir quatrième partie, ch. I, sect. ix · texte numérisé non relu

Voir quatrième partie, ch. I, sect. ix

appelé une splendeur sortant de l’éclair (10), une goutte tombée par l’effet de la prière divine, que tous les dieux ont reçue dans la cuillère (11), un prêtre (11) placé dans le ciel puisqu’on l’invoque (14), et qui y parle le premier en portant la pierre (à presser le Soma), ibid. On doit voir maintenant que ces traits qui alors étaient restés obscurs , au moins en partie, et qui ne seront d’ailleurs complètement expliqués que par l’identification d’Agni et de Soma, se rapportent à l’orage conçu comme un sacrifice dont les dieux sont les prêtres, et dont l’éclair Vasish<ha est le feu et le prêtre à la fois.

Quant au soleil, il est non-seulement comparé à un feu brillant allumé et « honoré d’offrandes », VIII, 25, 19, mais expressément appelé, comme Agni l'était plus haut, le purohita des dieux, VIII, 90,12. D’après cela il semblerait déjà légitime de rapporter aux dieux, ou tout au moins à des sacrificateurs célestes, ce passage : « Ils ont honoré la face de l’Agni sublime, la face brillante et sacrée du soleil dans le ciel », X, 7, 3, lors même que nous ne devrions pas retrouver plus loin, en étudiant les divinités particulières qui y sont mentionnées, ce passage décisif : « Mitra et Varuna, ô puissant Agni, tous les Maruts, t’ont chanté un hymne, lorsque, plein d’éclat, ô fils de la force, tu t’es élevé, soleil, au-dessus des races des hommes », III, 14, 4. Agni est appelé « le sacrificateur aimé » dans deux passages où il paraît encore identifié au soleil, dans l’un, comme s’éveillant du sein des aurores, VII, 9, 1, dans l’autre comme brillant du haut du ciel à la suite des aurores, III, 6,7 : ce dernier ajoute que les dieux l’ont loué. Nous avons vu que les dieux, en honorant Agni dans des sacrifices, l’ont pris pour messager, V, 21,3 ; or, la qualification de sacrificateur « chenu », c’est-à-dire antique, paraît désigner le soleil au vers I, 164, 1 où sont décrites les trois formes du feu, de même que celle de messager chenu au vers III, 55, 9, d’après lequel ce messager s’avance plein d’éclat et contemple les hommes.

Dans l’hymne X, 88 qui, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire en en citant plusieurs vers, est consacré presque tout entier au sacrifice des dieux dans le feu céleste, ce feu, plusieurs fois désigné par le nom de Vaiçvânara, parait représenter principalement le soleil. Sans insister sur différents traits qui pourraient convenir à l’éclair aussi bien qu’au soleil : « Le monde était caché, dévoré par l’obscurité, la

lumière est apparue à la naissance d’Agni » (vers 2); « Agni a couvert de son éclat le ciel, la terre, les deux mondes et l’atmosphère » (vers 3) ; « .... Tu t’es tenu, ô Agni, au sommet du monde » (vers 5) ; sans décider si le soleil doit être distingué d’Agni ou confondu avec lui au vers 6 ; « Agni est pendant la nuit la tête de la terre, ensuite naît le soleil (ou il naît comme soleil) se levant le matin », nous nous contentons de citer les vers 13 et 14 qui sont décisifs : « 13. Les sages qui ont droit au sacrifice, les dieux ont engendré Agni Vaiçvânara l’immortel, l’astre antique qui ne s’éteint pas et qui marche, puissant et haut, surveillant du Yaksha. — 14. Nous adressons nos prières au sage Agni, à Vaiçvânara qui brille tous les jours. » Ils nous permettent de traduire en le rapportant à Agni le vers 11 : « Quand les dieux qui ont droit au sacrifice l’ont placé dans le ciel comme soleil, fils d’Aditi », et ne laissent aucun doute sur le sens du vers 12 : « Les dieux ont fait d'Agni Vaiçvânara l’étendard des jours pour tous les êtres... »

D’après le vers X, 52, 3, l’Agni, le sacrificateur « oint » parles dieux, naît « de jour en jour », et « de mois en mois. » Ce passage parait faire allusion à la fois au soleil et à la lune. Enfin l’éclair peut être représenté, aussi bien que le soleil sous la figure de l’oiseau décrit dans l’hymne X, 177, et qui, d’après le vers 1, a été « oint »par la puissance de l’Asura.

La périodicité du sacrifice célébré par les dieux, impliquée par celle des phénomènes qu’il représente, est expressément indiquée dans l’avant-dernière citation. Comme preuve que ce sacrifice, bien que rejeté plus ordinairement dans le passé et confondu, comme nous l’avons vu, avec l’institution même du sacrifice, est quelquefois aussi rapporté au temps présent, on peut citer encore l’hymne X, 101 où les sacrificateurs qui sont invités, au vers 1 à allumer le feu, et au vers 2 à faire des prières, sont d’après le vers 9 des dieux, et semblent invoqués en cette qualité dans le vers 1 lui-même. Remarquons en outre qu’au vers V, 51, 3, les dieux invoqués avec Agni reçoivent la qualification de « prêtres qui se mettent en marche le matin », et enfin que d’après le vers III, 4, 2, les dieux honorent par le sacrifice « trois fois le jour » une forme d’Agni désignée sous le nom de Tanûnapât *.

1. Voir plus loin. Agni est d’ailleurs compté avec Varuwa et Mitra parmi les dieux qui honorent Tanûnapât, c’est-à-dire Agni luwnéme.

Pour rendre compte de l’assimilation des phénomènes célestes actuels à un sacrifice, l’idée de l’institution du sacrifice par les dieux ne suffit plus. On pourrait supposer, il est vrai, que le fait d’un sacrifice céleste étant admis pour expliquer l’origine du sacrifice, et l’identification de ce sacrifice avec un orage ou un lever de soleil étant d’ailleurs naturellement suggérée par les deux formes principales sous lesquelles se manifeste l’Agni céleste, l’éclair et le soleil, l’interprétation une fois reçue pour ces phénomènes lors de leur première apparition, aurait été appliquée à leur reproduction périodique par une extension analogique. Mais le mythe du sacrifice des dieux est encore susceptible d’une nouvelle explication, qui convient au sacrifice actuel aussi bien qu’au sacrifice ancien, et qui, sans rien ôter de leur valeur aux précédentes, puisqu’un même mythe peut très-bien avoir plusieurs origines, les complète et en quelque sorte les couronne. Cette explication d’ailleurs repose sur une conception qui doit faire l’objet du paragraphe suivant, celle de l’efficacité toute-puissante du sacrifice, qui a fait rapporter à cet acte, comme à son principe., l’ordre entier de l’univers. Avant d’en entreprendre l’étude, nous compléterons les citations relatives au sacrifice des dieux en relevant les textes qui établissent, soit formellement, soit par voie d’allusion plus ou moins directe, un parallèle entre ce sacrifice et celui des hommes.

Remarquons d’abord à ce propos, ce qui du reste est fort naturel, que l’opposition des dieux et des hommes, 11,27, 10; IV, 54, 2; VII, 52, 1; cf. III, 59, 9, ou de la race divine et de la race terrestre, VII, 46, 2, est fréquente dans le Rig- Veda comme celle du ciel et de la terre, que par suite les textes où il est question des deux races, I, 131, 3; 141, 11 ; 179, 6; cf. I, 122, 14; 124, 6; 190, 7; VIII, 90, 10, peuvent être aisément soupçonnés d’allusion à la même opposition *, lors même q»e la mention des deux races ne serait pas, comme au vers II, 24, 10, immédiatement expliquée dans le vers suivant par celles de « la demeure inférieure» d’une part, et des

1. Remarquons pourtant que l’opposition des êtres mobiles et des êtres immobiles. IV, 53, 6, celle des bipèdes (hommes) et des quadrupèdes, X, 37, 11, celles des prêtres et de ceux qui les emploient, II, 2, 12, celle enfin des parties adverses dans un combat, II, 27, 15, pourraient peut-être aussi fournir l’explication de certains textes où la mention d’un dualisme est faite, comme dans plusieurs des derniers vers cités, en termes peu précis.

« dieux » de l’autre. Agni, tout particulièrement, est mis en rapport tantôt avec les dieux et les hommes I, 70, 1-2 et 6; 141,6; III, 1, 17; 3, 6; 16, 4;IV, 1, 20; V, 25, 4; VI, 15, 13; VIII, 39, 6; cf. III, 24,4; VIII, 39, 10; X, 69, 9, tantôt, ce qu’il faut évidemment entendre de même, avec les deux races, I, 31, 7 ; 189, 7; II, 2, 4; IV, 4, 14. Sans doute, la mention des deux races avec lesquelles Agni est en relation n’implique pas nécessairement l’idée de deux sacrifices, l’un céleste et l’autre terrestre, puisqu’un seul de ces sacrifices, et en particulier celui des hommes, fait de lui un intermédiaire entre les deux races, II, 6, 7 ; IV, 2, 2, entre les hommes et les dieux, ibid. 3, entre les races divines et humaines, VII, 4, 1. On pourrait expliquer ainsi par les rapports que le sacrifice établit nécessairement entre le ciel et la terre, le terme «d’ordonnateur » ( arati ) « des deux mondes » appliqué à Agni, I, 59, 2 ; II, 2, 3 ; VI, 49, 2 ; VII, 5, 1 ; X, 3, 7, quoique le vers IV, 2, 1, d’après lequel Agni a été « établi » comme ordonnateur, à la fois chez les mortels et chez les dieux, suggère l’idée de deux œuvres distinctes. Mais le terme de « sacrificateur des deux mondes », IV, 3, 1 ; VI, 16, 46, est plus significatif, surtout si l’on en rapproche le vers III, 17,2 déjà cité : « Comme tu as, ô Agni, exercé la charge de sacrificateur de la terre, comme tu as, ô Jâtavedas, exercé celle de sacrificateur du ciel, toi qui en es capable... » Le double titre de messager des dieux et messager des mortels, X, 4, 2, qu’on pourrait être tenté d’interpréter simplement en ce sens qu’Agni, qui porte aux dieux l’offrande, rapporte aux hommes la richesse, VII, 9, 1 ; cf. I, 26, 8, prend une tout autre importance au vers VI, 15, 8 ; cf. 9, d’après lequel les dieux et les mortels, qui ont pris Agni pour messager et pour porteur d’offrandes, se sont assis, les uns et les autres, auprès de lui, en lui rendant hommage. L’allusion au double sacrifice, céleste et terrestre, n’est pas moins claire dans plusieurs autres textes.

Passons rapidement sur ceux qui portent simplement qu’Agni a été allumé par les mortels et par les dieux, V, 3, 8, que les deux races favorisent sa naissance (ouïe font naître), I, 141, 4, qu’il a été établi comme purohita de Manu et qu’il est mis en mouvement par les dieux, III, 3, 2. N’insistons pas non plus sur ceux d’après lesquels les dieux et les hommes ou les deux races ont établi Agni comme porteur d’offrandes, X, 46, 10, en ont fait celui qui accomplit la cérémonie, X, 92, 2. En

effet, il n’est pas certain dans ces derniers qu'il s’agisse de deux sacrifices différents, et aucun trait n’indique dans les premiers que l’opération des dieux soit considérée comme un sacrifice. Mais il ne saurait y avoir de doute sur la portée des passages suivants, X, 150, 4 : « Le dieu Agni a été le purohita des dieux; les rishis humains ont allumé Agni. »

— X, 122, 7 : « Les hommes ont sacrifié en te prenant pour messager au lever de cette aurore ; les dieux pour t’honorer t’ont accru, ô Agni, en t’arrosant de beurre dans le sacrifice. »

— VI, 1, 5 : « Les peuples t’accroissent sur la terre, les deux races t’accroissent pour la richesse. » — V, 21, 3 et 4: « Tous les dieux réunis t’ont pris pour messager; ils t’invoquent, toi qui es dieu toi-même, ô sage, en t’honorant dans les sacrifices. — 4. Que le mortel invoque votre dieu Agni dans le sacrifice qu’il offre aux dieux!... » — VII, 5, 1 et 2: ... Vaiçvânara qui, dans le sein de tous les immortels, a été accru par les vigilants. — 2. Agni a été établi et est invoqué dans le ciel et sur la terre b » II est permis aussi de voir une allusion au double sacrifice, céleste et terrestre, dans le vers I, 60, 2 d’après lequel les deux races suivent l’enseignement d’Agni, cf. Y, 43, 15. Le vers VII, 97, 1 oppose formellement « le sacrifice du ciel » à « la demeure de la terre. » Les offrandes de deux sortes que goûtent, d’après le vers VII, 2, 2, les dieux assimilés dans ce passage même à des sacrificateurs par l’épithète dhiyamdhâh , « pieux, » sont sans doute les offrandes des hommes, et celles du sacrifice qu’ils célèbrent eux-mêmes à leur profit. Je crois comprendre également au vers VII, 39, 5, qu’Agni est prié de porter à différents dieux les chants du ciel et de la terre.

L’opposition des deux races qui sacrifient est en effet quelquefois remplacée par celle du ciel et de la terre remplissant les mêmes fonctions. Le ciel et la terre sont appelés les conducteurs du sacrifice, IV, 56, 2; cf. 6 et 7, et ils l’offrent aux dieux, VI, 70, 5, et reçoivent ensemble le nom de purohita qu’on peut prendre, moitié au sens étymologique, moitié au sens technique, dans cette formule : « Ils ont été mis en avant (c’est-à-dire choisis pour prêtres), quand il s’est agi de choisir le sacrificateur», VI, 70, 4; cf. VII, 53, 1. Or,

1. On pourrait entendre aussi c Agni invoqué dans le ciel a été établi sur la terre. « Ce passage devrait alors être ajouté à ceux qui prouvent que la communication du feu aux hommes par les dieux a été assimilée à un aerifice.

« dieux » de l’autre. Agni, tout particulièrement, est mis en rapport tantôt avec les dieux et les hommes I, 70, 1-2 et 6; 141,6; III, 1, 17; 3, 6; 16, 4; IV, 1, 20; Y, 25, 4; VI, 15, 13; VIII, 39, 6; cf. III, 24, 4; VIII, 39, 10; X, 69, 9, tantôt, ce qu’il faut évidemment entendre de même, avec les deux races, I, 31, 7 ; 189, 7; II, 2, 4; IV, 4, 14. Sans doute, la mention des deux races avec lesquelles Agni est en relation n’implique pas nécessairement l’idée de deux sacrifices, l’un céleste et l’autre terrestre, puisqu’un seul de ces sacrifices, et en particulier celui des hommes, fait de lui un intermédiaire entre les deux races, II, 6, 7 ; IV, 2, 2, entre les hommes et les dieux, ibid. 3, entre les races divines et humaines, VII, 4, 1. On pourrait expliquer ainsi par les rapports que le sacrifice établit nécessairement entre le ciel et la terre, le terme «d’ordonnateur » (arati) « des deux mondes » appliqué à Agni, I, 59, 2; II, 2, 3 ; VI, 49, 2 ; VII, 5, 1 ; X, 3, 7, quoique le vers IV, 2, 1, d’après lequel Agni a été « établi » comme ordonnateur, à la fois chez les mortels et chez les dieux, suggère l’idée de deux œuvres distinctes. Mais le terme de « sacrificateur des deux mondes », IV, 3, 1 ; VI, 16, 46, est plus significatif, surtout si l’on en rapproche le vers III, 17,2 déjà cité : « Comme tu as, ô Agni, exercé la charge de sacrificateur de la terre, comme tu as, ô Jâtavedas, exercé celle de sacrificateur du ciel, toi qui en es capable... » Le double titre de messager des dieux et messager des mortels, X, 4, 2, qu’on pourrait être tenté d’interpréter simplement en ce sens qu’Agni, qui porte aux dieux l’offrande, rapporte aux hommes la richesse, VII, 9, 1 ; cf. I, 26, 8, prend une tout autre importance au vers VI, 15, 8 ; cf. 9, d’après lequel les dieux et les mortels, qui ont pris Agni pour messager et pour porteur d’offrandes, se sont assis, les uns et les autres, auprès de lui, en lui rendant hommage. L’allusion au double sacrifice, céleste et terrestre, n’est pas moins claire dans plusieurs autres textes.

Passons rapidement sur ceux qui portent simplement qu’Agni a été allumé par les mortels et par les dieux, V, 3, 8, que les deux races favorisent sa naissance (ou le font naître), I, 141, 4, qu’il a été établi comme purohita de Manu et qu’il est mis en mouvement par les dieux, III, 3, 2. N’insistons pas non plus sur ceux d’après lesquels les dieux et les hommes ou les deux races ont établi Agni comme porteur d’offrandes, X, 46, 10, en ont fait celui qui accomplit la cérémonie, X, 92, 2. En

effet, il n’est pas certain dans ces derniers qu’il s’agisse de deux sacrifices différents, et aucun trait n’indique dans les premiers que l’opération des dieux soit considérée comme un sacrifice. Mais il ne saurait y avoir de doute sur la portée des passages suivants, X, 150, 4 : « Le dieu Agni a été le purohita des dieux; les rishis humains ont allumé Agni. »

— X, 122, 7 : « Les hommes ont sacrifié en te prenant pour messager au lever de cette aurore ; les dieux pour t’honorer t’ont accru, ô Agni, en t’arrosant de beurre dans le sacrifice. »

— VI, 1,5: « Les peuples t’accroissent sur la terre, les deux races t’accroissent pour la richesse. » — V, 21, 3 et 4: « Tous les dieux réunis t’ont pris pour messager; ils t’invoquent, toi qui es dieu toi-même, ô sage, en t’honorant dans les sacrifices. — 4. Que le mortel invoque votre dieu Agni dans le sacrifice qu’il offre aux dieux!... » — VII, 5, 1 et 2: ... Vaiçvânara qui, dans le sein de tous les immortels, a été accru par les vigilants. — 2. Agni a été établi et est invoqué dans le ciel et sur la terre h » Il est permis aussi de voir une allusion au double sacrifice, céleste et terrestre, dans le vers I, 60, 2 d’après lequel les deux races suivent l’enseignement d’Agni, cf. V, 43, 15. Le vers VII, 97, 1 oppose formellement « le sacrifice du ciel » à « la demeure de la terre. » Les offrandes de deux sortes que goûtent, d’après le vers VII, 2, 2, les dieux assimilés dans ce passage même à des sacrificateurs par l’épithète dhiijamdhdh , « pieux, » sont sans doute les offrandes des hommes, et celles du sacrifice qu’ils célèbrent eux-mêmes à leur profit. Je crois comprendre également au vers VII, 39, 5, qu’Agni est prié de porter à différents dieux les chants du ciel et de la terre.

L’opposition des deux races qui sacrifient est en effet quelquefois remplacée par celle du ciel et de la terre remplissant les mêmes fonctions. Le ciel et la terre sont appelés les conducteurs du sacrifice, IV, 56, 2; cf. 6 et 7, et ils l’offrent aux dieux, VI, 70, 5, et reçoivent ensemble le nom de purohita qu’on peut prendre, moitié au sens étymologique, moitié au sens technique, dans cette formule : « Ils ont été mis en avant (c’est-à-dire choisis pour prêtres), quand il s’est agi de choisir le sacrificateur», VI, 70, 4; cf. VII, 53, 1. Or,

1. On pourrait entendre aussi * Agni invoqué dans le ciel a été établi sur la terre. » Ce passage devrait alors être ajouté à ceux qui prouvent que la communication du feu aux hommes par les dieux a été assimilée à uu acrifice.

si l’office du ciel et de la terre comme conducteurs du sacrifice paraît se réduire au vers II, 41, 20, à transmettre aux dieux le sacrifice de l’homme, l’origine première de la formule paraît plutôt devoir être cherchée dans la conception des deux sacrifices, céleste et terrestre. A l’appui de cette interprétation, je citerai les vers III, 6, 2 et 3, d’après lesquels Agui, dont les chevaux s’élancent à la fois du ciel et de la terre, a été établi sacrificateur « par le ciel, par la terre » et par ceux qui ont droit au sacrifice (les dieux), et surtout le vers VI, 12, 2, dont le premier hémistiche nous montre « le ciel » sacrifiant dans Agni, tandis que le second mentionne « les offrandes de l’homme ».

L’opposition du sacrifice des hommes et de celui des dieux correspond à celle du feu terrestre et du feu céleste. Mais on compte aussi trois formes d’Agni. Nous pouvons donc nous attendre à rencontrer la mention de trois sacrifices correspondant à ces trois formes. Et en effet je ne doute pas que les trois assemblées fréquentées par Agni, dont il est question au vers VIII, 39, 9 ; cf. 8, ne soient celles des sacrificateurs des trois mondes , comme les deux assemblées dont parle le vers 1 du même hymne sont évidemment celles des hommes et des dieux. J’interprète de même le triple barhis (gazon du sacrifice) du vers VIII, 91, 14. Le sens de la formule d’après laquelle Agni entoure triplement le sacrifice, IV, 15, 2; cf. IV, 6, 4 et X, 122, 6, est plus douteux. Il ne faut pas oublier en effet qu’Agni a trois places dans le seul sacrifice terrestre, et que ce sacrifice comprend trois cérémonies dans un seul jour. Nous avons vu que ce dernier trait n’était pas étranger à la conception du sacrifice céleste (cf. encore III, 56, 5-8).

Nous verrons que les « cinq races » sont celles des quatre points cardinaux et du ciel. Les textes portant que les cinq races honorent, VI, 11, 4, ou ont honoré, X, 45, 6, Agni, peuvent donc être considérés comme faisant allusion au sacrifice des dieux eu même temps qu’à ceux des hommes. Un passage particulièrement intéressant à cet égard est le vers I, 31, 5, d’après lequel Agni était au commencement ekâyu, c’est-à-dire sans doute honoré par une seule race, celle des dieux.

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