III. — RETOUR DU SOMA AU CIEL. — MYTHES DE L’AUTRE VIE
Descendu du ciel avec les eaux de la pluie auxquelles il est mêlé, Soma y remonte par le sacrifice. Il faut se rappeler ici d’abord les deux modes de participation des dieux au sacrifice qui ont été décrits à propos de l’ascension d’Agni au ciel. Souvent les dieux sont conçus comme venant s’asseoir sur le gazon du sacrifice. On peut interpréter en ce sens les textes qui les invitent à se diriger vers le Soma pour le boire, IX, 97, 20, qui constatent qu’ils sont en effet venus vers lui, IX, 61, 13, qui invitent Soma à exciter le cœur d'Indra pour qu’il vienne s’asseoir dans le séjour de la loi, IX, 8, 3. Mais en revanche on dit aussi que Soma va, IX, 71, 8 ; IX, 101, 4, coule, IX, 44, 1, s’élance vers les dieux, IX, 11, 1, particulièrement vers Indra, Vâyu,les Açvins, IX, 7,7 ; 8,2; 25,5; 96, 16, qu’il va vers les dieux comme un cheval, IX, 71, 6, qu’il va tout autour d’eux en les enivrant, IX, 98, 7, qu'il monte dans Vàyu, IX, 63, 22, enfin qu’il va au rendez-vous d'Indra, IX, 15, 1 ; 61, 25, d’Indra et de Vâyu, IX, 13, 1, des dieux, III, 62, 13; IX, 78, 1. Sans doute le lieu de ce rendez-vous peut être la place même du sacrifice, et le mouvement de Soma peut n’ètre autre que celui qui lui est imprimé dans les différentes manipulations dont il est l’objet et auxquelles font d’ailleurs allusion plusieurs des passages cités. Cependant puisqu’il est, de même que les autres offrandes, sacrifié dans le feu, et puisque le feu, souvent conçu, il est vrai, comme amenant les dieux au sacrifice, est tout aussi souvent et beaucoup plus naturellement supposé porter les offrandes au ciel, on doit reconnaître que les formules en question peuvent faire allusion à un transport analogue du Soma sacrifié. En fait, les Somas offerts à Vàyu reçoivent au vers I, 134, 2, l’épithète abhidyavah « dirigés vers le ciel », dont on peut rapprocher l’épithète ûrdhva « dressé », donnée au Soma brillant dans le sacrifice, IX, 98, 3. D’ailleurs le Soma, même lorsqu’il est bu par les dieux sur l’autel même, n’en remonte pas moins au ciel. Il y remonte avec les dieux eux-mêmes, et c’est peutêtre à une conception de ce genre que font allusion certains
textes qui le représentent monté sur le char d’Indra, IX, 96, 2 ; 87, 9 ; 103, 5. Sans doute le Soma dont il s’agit dans les passages de ce genre pourrait être le Soma céleste. Mais il n’y a, ce me semble, aucune raison de ne pas s’en tenir à l’idée du Soma terrestre dans le vers IX, 97, 6, où le parallélisme de la formule « Que ton suc enivrant aille trouver Indra » semble éclairer suffisamment celle qui nous intéresse ici : « Va sur le même char que les dieux pour nous faire des dons. »
Du reste ces observations, qu’en raison de l’intervention des dieux auxquels est offert le sacrifice, je n’ai pu présenter dans cette première partie que par une légère dérogation à mon plan, n’avaient d’autre objet que de préparer le lecteur à mieux apprécier la portée des textes relatifs au retour direct de Soma dans le ciel. Certaines citations qui ont été faites plus haut à propos de l’identification de Soma au soleil pourraient déjà contenir des allusions à ce mythe. Je veux parler de celles qui nous ont représenté Soma montant dans le ciel, et des formules constatant son union, nous dirions dans ce cas, sa réunion au soleil. Mais rien n’y indiquait qu’il partît en effet de la terre. Levers IX, 64, 30 déjà cité « Que tu sois séparé de lui, ô Soma, ou que tu lui sois réuni, sage du ciel, clarifie-toi, pareil au soleil, pour notre salut », est déjà plus significatif, cf. encore IX, 65, 27. Mais voici les textes décisifs. IX, 65, 16 : « Le roi s’avance avec les prières, se clarifiant chez Manu, pour aller dans l’atmosphère. » IX, 63, 8 : « Il a attelé l’Etaça1 du soleil, se clarifiant chez Manu, pour aller dans l’atmosphère. » Ibid. 9: « Et il a attelé les dix harits du soleil pour aller (dans l’atmosphère), lui, Indu, en prononçant le nom d'Indra. » Laissons de côté le dernier trait où nous avons déjà relevé plus haut une allusion aux fonctions de Soma comme hotri. Remarquons qu’en dépit du caractère mythologique de Manu, son séjour, dans la pensée du poète, ne peut être ici que la terre. Rappelons-nous enfin le vers IX, 86, 37, déjà cité, d’après lequel Soma attelle les harits (chevaux) du soleil auquel il est identifié, et parcourt avec elles les mondes. Nous verrons alors dans les trois vers qui viennent d’être rapprochés, les traces évidentes d’un mythe qui représentait le Soma terrestre s’élevant dans les airs, comme le feu lui-même, pour y prendre la forme du