‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 63 sur 81 · Cheval du soleil · texte numérisé non relu

Cheval du soleil

soleil. La réunion du Sonia terrestre au soleil est encore indiquée dans le vers IX, 97, 33 qui, après avoir montré Soma, d'abord sous la forme d’un oiseau divin regardant du haut du ciel, puis sous celle du breuvage coulant dans la cuve, ajoute : « Marche en hennissant vers le rayon du soleil. » Il faut en rapprocher un vers où interviennent de nouveau la mention d’Indra et celle de Vâyu, mais qui montre précisément l’opportunité des citations faites en tête de cette section et leur intérêt pour le sujet que nous y traitons, IX, 61, 8: « Une fois exprimé, il passe à travers le tamis et se réunit à Indra, à Vâyu, aux rayons du soleil. » Nous lisons encore qu’il se rend au lieu où se tiennent les immortels « en prenant toutes les formes », IX, 25, 4, et il se pourrait que tel passage où nous voyons le breuvage du Soma se transformer en foudre (IX, 47, 3; cf. p. 169) dût être pris en ce sens que le Soma terrestre va se réunir à l’éclair comme il se réunit au soleil. Quoi qu’il en soit, je crois que l’élément désigné par le mot peru, que la terre lance comme un cheval hennissant, Y, 84, 2, est encore le Soma. (Voir Revue critique, 1875, II, p. 390.) Ajoutons que la réunion de la forme terrestre du Soma à l’une de ses formes célestes est exprimée en termes formels, ainsi que nous le verrons plus loin, sous la figure du cheval du sacrifice.

Au mythe de l’ascension d’Agni au ciel a été rattachée plus haut la croyance des /Iryas à une vie future dans les mondes supérieurs. Soma joue aussi son rôle dans cette croyance, non pas sans doute un rôle identique à celui du feu, transportant effectivement les morts dans leur nouvelle demeure, mais le rôle qui pouvait être naturellement assigné à un breuvage déjà considéré comme préservant des maladies sur la terre, celui d’assurer l’immortalité. On peut même, comme nous le verrons, préciser davantage et dire que le Soma, qui s’assimilait au corps de l’homme, I, 187, 10, en constituait l’essence immortelle. En ce sens c’était le Soma qui remontait au ciel dans la personne des morts. C’eût été pour nous une raison, indépendamment du parallélisme que nous désiro is maintenir entre les différents paragraphes des deux sections consacrées à Agni et à Soma, de rapprocher, dans la seconde comme dans la première, le retour de l’élément en question dans le ciel et son rôle dans les mythes de la vie future.

Soma donne aux chantres la force et la beauté, et revêtus

de cette beauté, ils sont allés à l’immortalité, IX, 94, 4. Dans l’hymne VIII, 48 auquel nous avons déjà emprunté un long fragment, on lit au vers 3 : « Nous avons bu le Soma, nous sommes devenus immortels, nous sommes arrivés à la lumière, nous avons atteint les dieux; que pourrait maintenant sur nous la malveillance ? Que pourrait sur nous, ô immortel, la perfidie d’un mortel? » Il ne parait pas douteux que ce vers ne soit mis par le poëte, comme les suivants, dans la bouche des hommes. Immédiatement après, il est vrai, les mêmes suppliants demandent seulement à Soma la prolongation de la vie (vers 4), en sorte qu’on pourrait croire que l’immortalité n’est làrien déplus que l’éloignement de la mort naturelle. C’est sans doute en ce sens qu’il faut interpréter le vers 18 de l’hymne VI, 75 sur les armes : « Je couvre tes membres d’une cuirasse; que le roi Soma te revête d’immortalité1. » Toutefois, dans la citation précédente, ce trait « nous avons atteint les dieux», qui est d’ailleurs une anticipation à mettre sur le compte de l’ivresse produite par le Soma, éveille bien l’idée de la vie future. Il ne peut en tout cas y avoir de doute sur la portée du vers 6 de l’hymne funéraire X, IG où Soma, le Soma « qui a pénétré dans les brahmanes », est prié, en même temps que le feu du bûcher, de réparer le dommage causé au corps du trépassé par différents animaux qui représentent peut-être les messagers de la mort’2. Enfin nous devons citer tout un fragment de l’hymne IX, 113, où la croyance à l’immortalité, et à l’immortalité obtenue par Soma, est exprimée dans les termes les plus clairs. Nous supprimerons seulement dans la traduction le refrain commun à tous les vers de l’hymne, « Coule, ô Indu (Soma), pour Indra. »

G. « Là où le prêtre (céleste, Brahmâ?), ô toi qui te clarifies, prononçant des paroles rhythmées, presse magnifiquement le Soma avec la pierre, répandant la joie avec ce Soma.

7. « Là où est la clarté impérissable, dans le monde où est déposée la lumière, dans ce monde immortel et indestructible, ô toi qui te clarifies, place-moi.

8. Là où est le roi fils de Vivasvat (Yama), là où est la partie la plus reculée du ciel, là où sont ces eaux lointaines toujours jaillissantes, en ce lieu rends-moi immortel.

1 . La cuirasse pourrait être le Soma lui-même. Au vers 19, c'est la prière qui est considérée comme une cuirasse. Cf. encore ibid. 8.

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