‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 65 sur 81 · Trila. sopta pade pour padéshu · texte numérisé non relu

Trila. sopta pade pour padéshu

Bergaigne, Religion védique.

appliqué aux éléments naturels tels que le feu, la lumière et les eaux, aux dieux qui les représentent ou qui y président, enfin aux hommes parvenus dans le séjour des dieux. Il est aussi pris substantivement, non-seulement au masculin pour désigner les dieux entant qu’immortels, mais au neutre: c’est ce dernier emploi qui nous intéresse ici. Dans beaucoup de cas, le neutre amrita peut se prendre au sens d’ « immortalité » comme l’abstrait amvilatva. Dans un certain nombre d’autres, il paraît désigner une substance identique au Soma. Il n’a pas, quoiqu’on en ait dit1, d’autres significations, ou plutôt les deux sens qui viennent d’être indiqués se ramènent eux-mêmes à une acception primitive unique, celle d’essence, de principe immortel.

Les dieux, comme procédant de ce principe, sont appelés les fils de l'amrita, VI, 52, 9 ; X, 13, 1, et ce sont eux encore qui sont désignés dans cette prière adressée aux Maruts a Donnez-nous à la descendance de l’amrita», VII, 57, 6, c’est-à-dire « faites-nous arriver chez les dieux2.» L’épithète amvilabandhavah que les dieux reçoivent au vers X, 72, 5, fait allusion à la même filiation, si l'on admet le sens que l’ai déjà donné à bandku dans l’épithète correspondante des

1. MM. R. etGr. veulent qu’il désigne en outre a l’ensemble des immortels » et « le monde de l’immortaïité ou des dieux ». Mais dans les vers I, 35, 2 ; — III, 25, 2; 34, 2; VIII, 31, 9; — I, 13, 5; 170, 4, oii ils croient trouver le premier de ces deux sens, le mot amrita peut être masculin et désigner au singulier les immortels, comme en français « l’homme d £ris absolument signifie <> les hommes. » Au vers I, 35, 2 en particulier, il est difficile de comprendre pourquoi MM. R. et Gr. expliquent l’accusatif singulier amritam autrement que l’accusatif singulier marlyam « le mortel » qui lui est opposé. Dans tel autre des passages cités, par exemple au vers III, 34,2, il est même possible que notre mot désigne une seule divinité, soit Indra. Dans ceux pour lesquels M. R. a imaginé le sens de a monde des dieux i adopté par M. Gr., le mot amrita est bien neutre, mais il s’y explique très -bien dans le sens d’immortalité ou d'essence, de principe immortel. Au vers I, 125, G, il est dit que ceux qui donnent la dakshinà ont en partage l’immortalité. L’erreur est ici évidente et peut être considérée comme un simple lapsus de M. Gr. dans son lexique. Au vers I, 91, 18 où Soma est invité à prendre ses formes glorieuses et suprêmes dans le ciel, on peut comprendre qu’il se gonfle « pour l’immortel », c’est-à-dire pour le dieu auquel il est offert, ou « pour l’immortalité», c’est-à-dire pour prendre sa forme immortelle, divine. Nous retrouverons le vers X, 53, 10 où la mention des couteaux avec lesquels les sages a façonnent pour l'immortalité » rappelle le mythe du cheval du sacrifice. L’expression amritasya lokah, X, 85 , 20, où l’idée de monde est exprimée par un mot particulier loka, ne peut servir à prouver que le mot amrita signifie à lui seul a le monde de l’immortalité. » Les autres expressions où M. Gr. croit encore trouver ce sens sont discutées dans le texte.

2. Cf. la prière également adressée aux Maruts : a Placez-nous dans l’immortalité, amritatve, » V, 55, 4.

hommes, mrîtyubandhavah « fils de la mort ». Le principe immortel ou l’immortalité réside avant tout dans Agni, dans Soma, dans le beurre, identifié peut-être à Soma, que nous avons vu déjà assimilé au lait de la vache céleste, dans Aditi qui est cette vache elle-même ; c’est pourquoi Agni, III, 17, 4, Soma (et Pûshan), II, 40, 1, le beurre, IV, 58, 1, Aditi , VIII, 90, 15, reçoivent la qualification de « nombril » de l’amnta : cette expression signifie que l’amrita tire d’eux son origine (voir p. 35). Le « nombril de l’amrita » sur lequel reposent les chemins qu’embrassent la terre et le ciel, V, 47, 2, est également le lieu d’origine du principe immortel, la patrie de l’immortalité. L’aurore est l’étendard, la manifestation de ce principe, III, 61, 3 ; cf. VI, 7, 6 ’. Les rois de l’amrita, comme les vers I, 122, 11 ; X, 93, 4, nomment les Adityas, les maîtresses de l’amrita1 2 3 * qui sont les aurores IV, 5, 13, et plus généralement ceux qui régnent sur l’amrita, qui en sont les maîtres, comme Agni, V, 28, 2, les Açvins, I, 112, 3, les Maruts, V, 58, 1, sont ceux qui disposent du principe immortel, et qui avant tout jouissent eux-mêmes de l’immortalité. On lit en effet au vers I, 71, 9, que Mitra et Varuna, au vers I, 72, 6, que les anciens sacrificateurs, dieux ou ancêtres, célébrés dans l’hymne entier, gardent pour eux-mêmes l’amnta., c’est-àdire l’immortalité, en d’autres termes se conservent immortels5 * * * * * II,. Le terme de gardien ( rakshilri , VI, 7, 7, (jopâ, VI, 9, 3 ; VIII, 42, 2) de l’amrita, appliqué à Agni et à Varuna, peut s’expliquer dans le même ordre d’idées.

La convenance de notre interprétation du mot amrita comme signifiant « essence immortelle » apparaît surtout dans les emplois qui en sont faits au pluriel dans les vers I, 35, 6 et III, 38, 4. Ces emplois rappellent les formules, si fréquentes

1. Il se pourrait aussi qu’au vers VI, 7, 6, le mot amritasya fût, non pas un substantif dépendant de Icetunâ , mais un adjectif se rapportant à vaiçvânarasya.

2. Si l’expression ne signifie pas u épouses de l'immortel (du soleil) ».

3. L’exactitude de cette interprétation me paraît prouvée : 1° par la com-

paraison du vers I, 96, 6 où la racine raksh est employée pareillement au

moyen, et où l’abstrait amvitatva remplace le mot amrita; 2° par le rappro-

chement des trois fois sept places cachées au moyen desquelles les héros de

l’hymne I, 72 gardent pour eux l’amrita, et des places cachées au moyen

desquelles ( yena pour yekfiih) les dieux ont atteint l’immortalité, amritatva,

X, 53, 10. Au vers I, 71, 9 le mot goshu ne dépend pas de rakshamdndh,

mais exprime la situation de Mitra et Varuna au milieu des vaches (voir quatrième partie, ch. I, sect. ix). Cf. encore l’expression rakshamù ad asiu'yam,

Page 1