VI. — REPRÉSENTATIONS DE SOMA ET DES SACRIFICATEURS
Soma est, comme Agni, comparé ou assimilé à différents animaux. On le compare à un lion terrible, IX, 97, 28, et il reçoit aussi directement le nom de lion, IX, 89, 3, et celui de sanglier, IX, 97, 7. Mais ses principales formes animales sont le taureau ou le veau, le cheval et l’oiseau.
Soma et les Somas sont, non- seulement comparés à des taureaux, IX, 33, 1 ; 92, 6; 95, 4, mais appelés eux-mêmes taureaux ou buffles, IX, 73, 2; 74, 3; 96, 19; 97, 41. Les cornes qu’on leur attribue en pareil cas, IX, 15, 4; 70, 7; 87, 7 ; cf. 97, 9, ne paraissent répondre à aucun phénomène nettement défini, à moins qu’aux rayons du Soma-soleil. Il n’en est pas de même des mugissements, IX, 70, 6 et 7 ; 71, 9, qui représentent, soit le bruit du Soma coulant dans la cuve, soit le bruit du tonnerre qui accompagne le Somaéclair. La figure du taureau symbolise d’ailleurs la force1 de Soma, IX, 69, 3, qui porte les mondes (ou les êtres), IX, 83, 3, sa domination pareille à celle du chef du troupeau, IX, 110, 9; cf. 76, 5; 96, 20, ou plus généralement du taureau ou du buffle parmi les autres animaux, IX, 96, 6, mais surtout sa virilité, IX, 19, 4. Nous la retrouverons plus loin à propos des rapports de Soma avec ses femelles, IX, 34, 6; 69, 4; 96, 7, etc., comme dans ses rapports avec ses mères nous le verrons représenté sous la forme d’un veau.
La course du Soma, s’élançant à travers le tamis dans la cuve, a été comparée à celle du cheval qui, en mythologie, est le principal symbole du mouvement. Mais c’est surtout comme soleil et comme éclair que Soma a des droits à cette représentation, et ce n’est pas sans doute sans allusion à ses formes célestes qu’elle est si souvent appliquée à sa forme terrestre, au breuvage du sacrifice. Soma ou les Somas sont donc, soit comparés à des chevaux, IX, 97, 45; 101, 2, soit directement appelés des chevaux, qui s’élancent, IX, 46, 1 ; 66, 10; 87, 7 ; cf. 16, 1, parcourent une carrière, IX, 21, 7, atteignent un but, IX, 36, 1; 74, 8, lequel est la cuve, ibid. ; cf. 93, 1 ; 106, 12, ou vont vers les dieux, IX, 71, 6, dont le tamis est le joug, IX, 45, 4, qui font le chemin en un instant, IX, 96, 9, qui sont lancés et stimulés, IX, 65, 26; 62, 18. Ceux qui les stimulent, IX, 13, 6; 64, 29, sont naturellement les sacrificateurs (terrestres ou célestes), dont on dit aussi qu’ils nettoient le Soma, I, 135, 5 ; IX, 17, 7 ; 29, 2 ; 66, 23 ; 85, 5 ; cf. 7 ; 6, 5 ; 43, 1 , et le rendent luisant, IX, 62, 6; cf. 109, 10, comme un cheval, soit en le faisant passer par le tamis assimilé à une étrille ( ? ), soit en le baignant dans l’eau, cf. VIII, 2, 2. Soma est encore comparé à un cheval qui traîne (un char), IX, 81, 2 ; 96, 15.
1. Au vers I, 187, 5, les sucs du Soma sont comparés à « ceux qui ont le cou fort », c’est-à-dire, sans doute, encore à des taureaux.
C’est qu’en efletles mêmes personnages l’attellent comme un cheval, IX, 97,28; cf. 72, 1, à un char aux larges roues, IX, 89, 4, qui n’est autre que le sacrifice, et qui au vers IX, 62, 17, où on lui attribue un triple fond, paraît représenter le sacrifice des trois mondes. On dit aussi qu’ils le conduisent par la bride, IX, 87, 1; cf. X, 36, 8, ou en termes plus généraux qu’ils le dirigent, IX, 64, 29 ; cf. 24, 3 ; 28, 4 ; 34, 3. Les doigts qui saisissent le dos du cheval Sonia, IX, 14, 7, sont au vers X, 101, 10, représentés par dix sangles qui le serrent. Les Somas sont encore comparés à des chevaux traînant un char, comme atteignant (allant chercher) toutes les richesses, IX, 21, 4. Ailleurs, au contraire, on les compare à des chevaux qui s’élancent sans être attelés, sans traîner de char, sans brides, IX, 97, 20.
Soma est encore assimilé à un cheval de guerre, IX, 87, 5; cf. 76, 1, échappant aux ennemis, IX, 96, 15, et conquérant des richesses, IX, 96, 20; cf. 97, 25; 100, 4, du butin, IX, 64, 29; 70, 10; 82, 2; 86, S ; 96, 16; 103, 6. Aux mugissements du taureau Soma, correspondent les hennissements du cheval Soma, IX, 43, 5 ; 64, 3 ; 77, 5 ; 97, 18 et 28. La comparaison de Soma à un cheval peut aussi servir à figurer son union avec les femelles, IX, 77, 5. C’est sans doute à un jeune cheval, àunpoulain qu’il est comparé comme «jouant» dansla cuve, IX, 86, 44; cf. 80, 3. La représentation de Soma par un cheval est de la plus grande importance dans la mythologie védique. Ellenous fournira l’explication d’une foule de mythes, avant tout de celui du cheval du sacrifice. Nous retrouverons aussi plusieurs fois le cheval Soma dans la légende des Açvins. Enfin nous verrons les chevaux d’Indra, dont le nom ordinaire est liari, « jaune, bai, » identifiés parfois au Soma dont le mot hari est l’une des épithètes les plus fréquentes, et qui la reçoit particulièrement dans des passages où il est comparé à un cheval, IX, 76,1; 97, 18; cf. 72, 1.
Quelquefois Soma, au lieu d’être assimilé à un cheval, est considéré comme porté sur un char, IX, 3, 5; cf. 98, 2, et lançant'un cheval à la manière d’un cocher, IX, 64, 10 ; cf. 66, 26; 76, 2. Les chevaux de Soma peuvent être ses flots, comme ceux d’Agni sont ses flammes, IX, 78, 2 : « Tu as pour courir des flots innombrables, mille chevaux bais qui ont pour écurie la cuve, » cf. IX, 107, 8; cf. encore IX, 96, 2 ; 105, 5. Il reçoit au vers IX, 86, 45, l’épithète jyotîrallia, « qui a pour char son éclat. » Mais cette épithète est rem-
placée au vers IX, 83, 5, par celle de pavitraratha, « qui a pour char le tamis. » Les chars de Soma peuvent être aussi les doigts qui le font couler, et même les prières auxquelles est attribuée la même action sur lui, IX, 15, 1. Les doigts sont également considérés comme des chevaux qui traînent Soma. Mous avons déjà relevé l’assimilation des doigts aux harits ou chevaux du Soma-soleil, IX, 38, 3, cf. VIII, 90, 14. Enfin les pierres mêmes du pressoir sont comparées à des chevaux que les mains dirigent, X, 76, 2; cf. VII, 22, 1, d’où l’expression « atteler les pierres », III, 1, 1 ; 4, 9 ; VII, 42, 1 (cf. le pilon, I, 28, 4 et 5). Aux vers 6 et 7, cf. 8, de l'hymne X, 94, les pierres sont représentées attelées, soufflant comme des chevaux, portant dix jougs, serrées dans dix sangles, conduites par dix rênes, etc., qui sont les dix doigts. Les chevaux qui traînent Soma peuvent donc encore représenter les pierres. Ajoutons que, traîné ou non sur un char et par des chevaux, Soma est, comme nous l’avons déjà vu du reste, un héros, IX, 3, 4 ; 16, 6, un héros armé, IX, 76, 2 ; cf. IX, 35, 4 ; 57, 2; 61, 30; 90, 1 ; 3; 96, 19, combattant, IX, 70, 10; 88, 5; 89, 3, et conquérant, IX, 62, 19; 87, 7, un chef d’armée, IX, 96, 1, le plus fort d’entre les forts et le plus héroïque des héros, IX, 66, 17. On l’appelle encore un brillant jeune homme, IX, 67, 29; 96, 20. 11 entre dans les cuves comme un homme dans une ville, IX, 107, 10. Enfin nul personnage mythologique n’est plus souvent que lui comparé à un roi ou honoré directement de ce titre, I, 91, 4; 5; 8; VI, 75, 18 ; VIII, 48, 7 et 8; IX, 7, 5; 10, 3; 20, 5; 48, 3 ; 57, 3; 61, 17; 65, 16; 70, 3; 76, 4; 78, 1; 82, 1; 83,5; 85, 3 ; 114,2; X, 97, 22; 141, 3, qui le désigne suffisamment au vers I; 23, 14; cf. 15.
Soma traîné par des chevaux n'est pas toujours le cocher qui les conduit, mais il est quelquefois aussi, de même qu’Agni, le char même auquel ils sont attelés. La comparaison de Soma à un char se rencontre aux vers IX, 88, 2 ; 90, 1 ; 92, 1, celle des Somas à des chars aux vers IX, 10, 1; 22, 1; 67, 17; 69, 9. Soma reçoit aussi lui-même le nom de char, IX, 38, 1 ; 111,3. Les chevaux qui le traînent, sous la forme d'un char comme sous celle d’un cocher, peuvent être les doigts qui le lancent, IX, 71, 5, les doigts des deux mains entre lesquelles il court comme un char, IX, 10, 2; cf. 107, 13. Il est possible pourtant que ces doigts aient été considérés aussi comme les cochers du char. En effet, les pierres du
pressoir elles-mêmes sont comparées à des cochers, VII, 39, 1 ; X, 76, 7.
Plus encore que la figure du cheval, celle de l’oiseau et particulièrement de l’aigle, quoiqu’on la rencontre souvent dans la description du pressurage et du tamisage du breuvage sacré (IX, 86, 13, et voir ci-après), paraît faire allusion aux formes célestes du Soma. Elle sert d’ailleurs aussi à exprimer la rapidité avec laquelle le suc coule dans la cuve. Soma s’élance comme un aigle, IX, 67, 15. Comme un oiseau, IX, 62, 15, comme un aigle, IX, -61, 21; 62, 4; 65, 19; 71, 6; 82, 1, il s’arrête dans sa demeure qui est la cuve, IX, 96, 19. Cette cuve étant de « bois », la comparaison trouve dans ce détail un point d’appui, comme la comparaison semblable appliquée à Agni, dans le bois du bûcher : Soma se pose dans les cuves de bois, IX, 67, 14; 65, 19, sur le bois, IX, 57, 3 ; 86, 35, comme un aigle, comme un oiseau, IX, 96, 23 ; il se pose dans les cuves comme un oiseau qui se pose sur le bois, IX, 72, 5; cf. X, 115, 3. On connaît déjà le vers X, 43, 4, où les Somas bus par Indra sont comparés à des oiseaux qui se réfugient dans un arbre feuillu. Le mélange du suc de la plante avec l’eau devait aussi suggérer la comparaison de Soma à un oiseau d’eau, IX, 32, 3. Mais il est l’aigle avant tout, l’aigle, c’està-dire le premier parmi les oiseaux de proie, IX, 96, 6. Nous avons vu qu'il descend comme un aigle chez les races humaines, IX, 38, 4, et reconnu l’identité de l’aigle qui apporte le Soma avec le Soma lui-même. Les Somas sont encore appelés au vers IX, 86, 1, des oiseaux divins. Le vers IX, 85, 11, qui oppose l’un à l’autre les deux Somas, céleste et terrestre, l’un sous la forme d’un oiseau qui vole dans le ciel, l’autre sous celle d’un oiseau qui se tient sur la terre, a été déjà cité, ainsi que le vers IX, 71, 9, où l’oiseau divin qui regarde d’en haut la terre, cf. IX, 97, 33, est le Soma-soleil. C’est sans doute encore Soma qui est désigné au vers V, 44, 11, par le double nom de breuvage et d’aigle. La figure de l’oiseau peut d’ailleurs se combiner avec quelque autre des représentations de Soma pour former des monstres mythologiques. Ainsi au vers IX, 86, 43, Soma est appelé le taureau qui vole.
BergaiüNE, Religion védique.