‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 7 sur 81 · Voir la quatrième partie, ch. II, section v · texte numérisé non relu

Voir la quatrième partie, ch. II, section v

L’idée de cheval est naturellement suggérée par la course du soleil, celle d’oiseau par la course à travers le ciel.

Ailleurs le soleil n’est plus un cheval, mais il guide des chevaux, IV, 45, 6, ou des cavales attelées, I, 50, 9, de même qu’au soleil, oeil des dieux, nous voyons substituer l’œil du soleil, I, 164, 14, et le soleil voyant, VII, 60, 2 ; 3 ; on saisit ainsi le passage du zoomorphisme à l’anthropomorphisme, ou plutôt à la notion d’un être distinct de l’astre lui-même. Dans l'ordre purement naturaliste, les chevaux du soleil sont ses rayons comme le montre ce vers, I, 50, 1 : « Le dieu qui connaît les êtres s’élève traîné par ses rayons, pour tout voir, lui, le soleil. » Quant au disque du soleil, il parait assimilé, comme nous l’avons vu déjà, à un char : c’est en ce sens que la qualification bizarre de filles du char, donnée aux cavalesrayons, I, 50, 9, trouve son explication la plus naturelle. Ces cavales nommées ha rit, I, 50, 8 et passim , sont quelquefois remplacées par un cheval unique nommé etaça , VII, 63, 2 ; nous reviendrons plus loin sur les Harits, particulièrement sur leur nombre, et sur Etaça, ces mythes ayant subi selon nous l’influence de la liturgie.

Il semble à première vue inutile de relever les passages qui présentent le soleil comme faisant les jours, I, 50, 7 ; roulant les ténèbres ainsi qu’une peau, VII, 63, 1 ; chassant l’obscurité avec son éclat, X, 37, 4; triomphant des êtres ténébreux, 1,191, 8 et 9 ; cf. VII, 104,24, qui au rebours des autres êtres, s’éveillent le soir, I, 191, 4 et 5. Ces citations ont pourtant leur intérêt; en nous montrant le soleil agissant, elles nous préparent à le reconnaître dans la mythologie sous la figure d’un héros. Au vers X, 139, 3 il est comparé à Indra, le héros céleste par excellence1.

1. Si toutefois la divinité de ce vers est bien le soleil comme l’entend l’Anukramawî.

SECTION III l’éclair

Au soleil dans le ciel correspond l’éclair dans l’atmosphère ou le nuage*. Le rôle de l’éclair, comme celui du soleil, est, sinon exclusivement, au moins principalement bienfaisant. C’est qu’on considère son apparition comme la condition de la chute des eaux célestes, et cette idée est fondée sur une observation réelle qui a pu être faite même sous un climat tempéré, alors du moins que la pluie est le plus impatiemment attendue, c’est-à-dire apfès une longue sécheresse. Il est à peine utile de recourir aux citations pour prouver que les rishis reconnaissaient ici une connexion étroite entre l’idée de l’éclair et celle de la pluie. Aussi ne ferons-nous que renvoyer aux vers I, 39, 9; V, 84, 3 ; VII, 56, 13 ; X, 91 ,5 et au vers V, 83, 4 qui nous montrent l’essor de la végétation succédant à la manifestation de l’éclair. Mais nous citerons dans le texte même une expression des plus caractérisques et presque intraduisible, II, 34, 2 : vy abhriyâ na dyutayanta vrishtayah, « Ils (les Maruts) ont éclairé comme les pluies du nuage. »

La même question que nous avons soulevée pour le soleil se posait également pour l’éclair, cet élément dont l’apparition d’ailleurs est si courte, et le retour irrégulier. Quel est son séjour, son réceptacle, quand il reste caché aux yeux des hommes? Le nuage? Mais le nuage lui-même disparaît souvent. Ici encore les Aryas védiques rencontraient le mystère, ici encore leur était suggérée l’idée du monde invisible, I, 105,1: « O éclairs aux jantes d’or! on ne connaît pas votre séjour. »

Nous rangeons l’éclair parmi les éléments mâles, et la suite de ce travail ne laissera aucun doute sur l'exactitude de notre classification ; mais elle semble au premier abord contredite par ce fait que le nom commun de l’éclair, vidyut , est féminin, bien plus, que l’éclair est sous ce nom effectivement

I. Il reste bien entendu que l’éclair peut être aussi conçu comme se manifestant dans le ciel : c’est ce qui résulte des observations présentées plus haut sur les différentes applications du terme « ciels.

représenté comme femelle. C’est que le véritable nom de l’éclair dans le /Îig-Veda n’est pas ce mot vidyul qu’on y trouve employé en tout 34 fois (en comptant les composés), nombre qui n’est nullement en rapport avec l’importance du phénomène et du rôle prédominant qu’il joue dans la mythologie védique. Ce nom véritable est celui d’Agni qui est appliqué en même temps au feu terrestre. L’identification des feux célestes au feu terrestre, que nous constaterons pour le soleil comme pour l’éclair, n’a guère diminué l’importance du nom qui désigne proprement le premier; elle a au contraire relégué tout à fait à l'arrière-plan le nom du second. Il ne faudrait pas se hâter d’en conclure qu’elle ne fût universellement acceptée que pour l’éclair, qu’elle se réduisît pour le soleil à une assimilation capricieuse et passagère. La raison de la différence doit être cherchée plutôt dans l’individualité du soleil, corps céleste aux contours nettement déterminés, opposée au caractère purement phénoménal de l’éclair, illumination brusque et courte du ciel. Cette opposition avait trouvé son expression dans les noms mêmes de l’un et l’autre, celui du soleil étant concret et masculin, sûrya, «soleil », tandis que celui de l’éclair était féminin, et comme la plupart des féminins formés sans suffixe de la racine nue, (accompagnée seulement ici d’unpréfixe,i><-(%u<), avaient selon toute vraisemblance le sens abstrait qui est à l’origine celui de notre mot éclair lui-même, et pourrait se traduire : illumination. En tant que l’éclair était conçu comme un élément, d’essence identique aux autres feux célestes et terrestres, le mot vidyut en exprimait la manifestation, la production, plutôt qu’il ne le désignait lui-même. C’est en ce sens que le rishi Vasishtha, identifié comme nous le verrons au feu de l’éclair, est appelé «la lueur qui sort de la vidyut » c’est-à-dire « del’illumination» VII, 33, 10. Quoi qu’il en soit, c’est seulement dans la section consacrée à Agni que nous pourrons retrouver les traces de la conception de l’éclair comme mâle et de ses diverses représentations. Nous pouvons cependant remarquer dès maintenant que l’assimilation à un cheval et à un oiseau, déjà constatée pour le soleil, ne s’expliquera pas moins bien pour l’éclair par son apparition rapide dans les airs. Ajoutons que le bruit du tonnerre qui accompagne l’éclair, et le fait appeler l’éclair tonnant dans les nuages, IX, 87, 8, suggère non moins naturellement l’idée d’un taureau mugissant.

Quant aux représentations de l’éclair sous son nom de

vidyut, ou plus exactement du phénomène d’illumination considéré comme distinct de l’élément igné lui-même, ce n’est pas ici le lieu d’en traiter, et nous les renvoyons au chapitre consacré aux éléments femelles.

Cependant les emplois de ce mot vidyut, auxquels nous avons emprunté nos premières citations sur la part faite à l’éclair dans les préoccupations des Aryas védiques, peuvent nous renseigner encore sur une représentation non animée de l’éclair. Je veux parler de l’assimilation de l’éclair à une arme. Nous verrons plus tard que les Maruts ont l’éclair à la main, VIII, 7, 25; Y, 54, 11; cf. I. 88, 1; III, 54, 13; V,54,3, et qu’avec l’éclair ils frappent le démon, I, 86, 9. Mais comme arme aussi bien que comme mâle, l’éclair a le plus souvent changé de nom : il est devenu la foudre, vajra, que nous trouverons plus loin dans la main d’Indra. Remarquons cependant encore que, même sous sa forme de flèche, de flèche d’en haut, çarave bvihatyai, IV, 3, 7, l’éclair est compris dans une énumération de dieux auxquels Agni doit rendre compte des actions des hommes.

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