‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 8 sur 81 · SECTION IV AGNI · texte numérisé non relu

SECTION IV AGNI

§ lur. — DIFFÉRENTES FORMES D’aGNI — ORIGINE CÉLESTE DU FEU TERRESTRE

Le nom d’Agni désigne d’abord le feu terrestre. Il s’applique d’une façon générale au feu qui dévore le bois et dont les effets font souvent l’objet de descriptions pittoresques, par exemple, I, 58, 4; IV, 7, 9; 11; V,7, 7; VI, 3, 4; 60, 10; VII, 8, 2 ; VIII, 49, 7 ; puis particulièrement au feu qui cuit les aliments, cf. X, 27, 18; enfin et, surtout au feu du sacrifice, d’ailleurs identique au feu du foyer domestique, ou tout au moins tiré de ce feu.

L’importance du feu terrestre n’est pas moindre dans la vie humaine que celle du soleil et de l’éclair. Par la diversité de ses usages il peut même paraître y jouer le rôle prédominant. Placé à la disposition de l’homme qui « l’engendre »,

I, 60, 3, et dont il est comme le fils, I, 69, 5 ; VIII, 19, 27, s’il semble devoir, par ce fait même, lui inspirer un moindre respect que l’astre du jour et le météore igné de l’orage, il a d’autant plus de titres à son amour. A la différence de l'éclair et du soleil, il brille en tout temps, et la nuit comme le jour : « Il éclaire, même la nuit », dit l’auteur du vers V, 7, 4, « celui-là même qui est éloigné 1 ».

Mais c’est comme feu du sacrifice qu’Agni rend à l'homme les services les plus signalés ; c’est dans l’ordre des idées liturgiques qu'il prend une importance décidément prépondérante.

Nous ne pourrions mettre actuellement ce point en lumière sans anticiper sur des développements qui seront mieux à leur place plus loin. Contentons-nous d’une simple allusion à la formule souvent répétée, et appliquée non pas même au feu du sacrifice en général, mais au feu du sacrifice consommé selon toutes les règles : « Celui-là est le véritable

Agni qui etc. », V, 6, 1 ; 25, 2; VII, 1, 14-16; cf. ibid.

4 et IV, 15, 5, et passim.

Comme le soleil, comme l’éclair, ainsi que nous le verrons plus loin, sous ce même nom d’Agni, le feu du sacrifice est directement divinisé. Établi chez les races humaines, III, 5, 3 ; cf. IV, 6, 2, il y séjourne, immortel parmi les mortels, VIII, 60, 11. C’est un dieu que les mortels allument, III, 10, 1, ou engendrent, IV, 1, 1. Il est invoqué en qualité de feu du sacrifice dans un très-grand nombre d’hymnes. De tous les dieux, il est le plus proche, il est l’allié le plus voisin des hommes, VIII, 49, 10; cf. IV, 1, 5; VII, 15, 1.

L’attribution au feu terrestre du caractère divin s’expliquerait déjà par la puissance effective de cet élément. Elle serait mieux justifiée encore pour le feu du sacrifice par le rôle d'intermédiaire qu’il joue, ainsi que nous le verrons, entre les hommes et les dieux. Mais pour les Jryas védiques elle repose avant tout sur la croyance à l’identité de ce feu avec les feux célestes du soleil et de l’éclair.

Agni est d’abord simplement comparé au soleil, pour son

1 . Il offre aussi cette particularité , qu'il est bon de noter parce qu’elle peut fournir l’explication de certains traits mythologiques, de faire face de tous côtés, I, 97, 6 et 7; 144, 7 ; II, 3, 1 ; X, 79, 5, et, comme ajoute le vers I, 94, 7, d’être beau de tous côtés. C’est donc à lui qu’appartient primitivement la qualification de caturanika s à quatre visages b que nous verrons appliquée à Varu?ia dans un passage, V, 48, 5, où la mention de la langue suggère aussi d’ailleurs l’idée du feu du sacrifice.

éclat, I, 149, 3; YI, 2, 6; 4, 3; 12, 1 ; VII, 3, 6; 8, 4; VIII, 7,36, pour sa beauté, VIII, 91, 15; cf. I, 66, 1, pour sa pureté tans tache, VI, 3,3 ; X, 91, 4, et comme lui il chasse les ténèbres de ses rayons, VIII, 43, 32. Le fait meme dont nous entreprenons la constatation, à savoir l’identité d’Agni sous les différentes manifestations de la chaleur et de la lumière, rend souvent fort difficile ou même impossible, dans les cas particuliers, l’application exclusive de son nom à telle ou telle de ces manifestations. Mais le feu du sacrifice parait clairement désigné dans plusieurs des passages cités; il l’est en tout cas dans le vers X, 69, 2, où Agni est comparé au soleil pour l’éclat qu’il prend après avoir reçu l'offrande du beurre. Au vers V, 1, 4, on lit que les esprits de ceux qui offrent le sacrifice sont tous ensemble tournés vers lui comme les yeux convergent sur le soleil. Ces comparaisons 1 sont déjà plus significatives qu’on ne pourrait le croire. Nous aurons en effet plus d’une fois l’occasion de constater que pour les poètes védiques la comparaison n’est pas éloignée de l’assimilation, que les deux termes d’une comparaison peuvent même être identiques. Réciproquement d’ailleurs les i*ayons du soleil sont comparés à des feux, I, 50, 3, et au vers VIII, 25, 19, le soleil est lui-même expressément comparé au feu du sacrifice, au feu allumé et honoré d’une offrande.

Il est telle formule de comparaison du feu au soleil où le premier parait jouer effectivement le rôle du second, en sorte qu’à la traduction « comme le soleil » on pourrait être tenté de substituer l’interprétation « en qualité de soleil », comme au vers VI, 4, 6 : « En qualité de soleil, avec tes rayons brillants, Ô Agni, tu as, par ton éclat, étendu et séparé les deux mondes. »

Quoi qu’il en soit, nous lisons au vers Vâl. 8, 5, cette fois sans aucune particule comparative : « Agni, avec un éclat brillant, a resplendi, soleil, bien haut, a resplendi, soleil, dans le ciel » ; et dans le vers III, 14, 4, dont nous retrouverons plus loin le premier hémistiche : «... lorsqu’avec ton éclat, ô fils de la force (Agni), tu t’es étendu, soleil, audessus des races des hommes2. » Ici, c’est bien décidément

1. On peut y ajouter la comparaison d'Agni à Savitri, dieu qui préside au cours du soleil, et qui est quelquefois confondu avec lui. IV, 6, 2; cf. I, 36, 13; 73, 3; 95, 7.

2. Les accusatifs kshitih et nvin sont construits paratactiquement.

le soleil qui est désigné à la fois par son propre nom et par celui d’Agni *.

Ailleurs, à défaut du nom même du soleil, certains traits ne permettent guère de douter que cet astre ne soit encore désigné sous le nom d’Agni. Il en est ainsi, par exemple, au vers III, 2, 14, où Agni est invoqué comme « la lumière du ciel qui s’éveille à l’aurore », et «la tête du ciel », et aux vers X, 187,

4 et 5, où il est dit, dans le second qu’Agni est né brillant de l’autre côté de l’atmosphère, et dans le premier qu’il voit tous les êtres. Nous avons relevé plus haut l’assimilation du soleil à un œil, et il n’est guère douteux qu’Agni ne soit redevable à son identification au soleil de l’épithète jâtaveclah « connaissant les êtres», qui est devenue son bien propre, mais que nous trouvons encore appliquée à l’astre lui-même au vers I, 50, 1. Lors donc qu’avec le don de longue vue, une origine céleste est attribuée à Agni, il semble légitime de le considérer comme représentant alors principalement le soleil. C’est en qualité de soleil qu’Agni accomplit une course circulaire ( parijman ), en contemplant (ou en éclairant?) les êtres, VII, 13, 3. Le vers VIII, là, 16, d’après lequel c’est par Agni que voient les dieux, et particulièrement Mitra et Varuna, rappelle la formule qui fait du soleil l’œil de ces divinités. Ailleurs ce n’est plus Agni lui-même qui est l’œil, mais bien le soleil qui est l’œil d’Agni, I, 115, 1. C’est évidemment avec le même œil qu’Agni voit les démons, X, 87, 12, puisqu’il est prié de le rendre au chantre, c’est-à-dire de faire reparaître le jour. Nous retrouvons ici le passage de l’idée « d’œil » à celle de « voyant » que nous avions constatée pour le soleil luimême.

Les citations précédentes ne forment qu’une très-petite partie des textes qui concourent à prouver que le soleil est bien réellement, et dans un grand nombre de cas, désigné par le nom d’Agni. Les autres seront successivement produits dans l’ordre où les appellera le développement des idées dont nous entreprenons l’exposition. La même observation sera applicable aux premières preuves que nous allons apporter à l’appui de l’identification d’Agni et de l’éclair.

Les rayons d’Agni, III, 1, 14, ses splendeurs, V, 10, 5, ses beautés, X, 91, 5, sont comparés à des éclairs. Lui-même

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