‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 76 sur 81 · LES PRIÈRES · texte numérisé non relu

LES PRIÈRES

Les offrandes ne sont pas les seuls éléments femelles du sacrifice. Le même sexe est attribué aux prières dont le rôle dans la mythologie du culte est plus important encore que celui des offrandes femelles, du moins si l’on en juge par le nombre et la fréquence des formules où ce rôle est indiqué. Par le terme de prières que j’emploierai le plus souvent par abréviation, il faut d’ailleurs entendre toutes les formes de la parole et même de la pensée dans leur application au sacrifice. Cependantles pensées pieuses ne peuvent jouer un rôle dans la mythologie que comme équivalentes aux paroles. C’est à ces dernières, soumises ou non aux lois durhythme et désignées par les noms les plus divers, vâc, vacas , vùka, uktha, sùkla de la racine rac« parler », stuti et ses composés, stotra, stoma, de la racine slu « louer », shibli de la racine slubh « louer », hïiti (en composition), liava, hotrâ, havîman, de la racine hù «invoquer », kâru et sukirti de la racine kar « louer », ram sa, praçasli, de la racine çams « prononcer solennellement », gir et gâgatra des racines gar et gâ « chanter », arka et suvrikli, de la racine arc , vie, « chanter, célébrer » ', sans compter le mot rie, vers, qui a donné son nom

1. La racine arc, rie, a dù avoir primitivement, outre le sens de s chanter, célébrer », celui de « briller ». C’est ce que prouve avec évidence l'existence de mots formés de cette racine, qui, comme arci, arcis, ont indubitablement le sens de « rayon, flamme, éclat >:. Mais pour les formes personnelles de la même racine, c’est à peine si on peut trouver un ou deux exemples certains du sens de a briller », dans l’Atharva-Veda, au vers II, 19, 3, où le poëte d’ailleurs ne fait que jouer sur l'étymologie de arcis, et dans le Rig-Veda, au vers III, 44, 2, où la traduction a Tu as fait chanter l’aurore » (voir p. 286), serait très-admissible si le causal arcayah n’etait construit parallèlement au causal arocayab. Je ne vois pas que dans aucun autre passage du Rig-Veda on puisse alléguer une raison valable pour écarter le sens de « chanter, célébrer », que la racine arc, rie, a seule gardé dans la langue classique, tout en le modifiant en celui de i honorer, saluer ». Nous savons qu’Agni ne brille pas seulement, mais qu’il chante aussi, V, 25, 7, et nous verrons qu’Indra accomplit souvent ses exploits en chantant, I, 80, 1,

au Æig-Veda, vip, de la racine vip « être agité, inspiré puis, outre rie, chandas , sâman , traishtubha qui ont pris des sens techniques, enfin vâni , çusha et surtout brahman, c’est aux paroles, ou à la parole sacrée, qu’ont été d’abord assignés des prototypes célestes. D’ailleurs les mots signifiant proprement pensée, comme dliî, dhiti, didhiti , de la racine dhî , mati et sumati , manîshâ, manmcin de la racine man, semblent dans la plupart des cas ne désigner les pensées qu’en tant qu’elles sont manifestées par la parole. L’une des formations de la racine man, le mot munira , est même devenu le nom technique des formules sacrées.

Les prières sont comprises au vers VIII, 35, 2 dans une énumération de divinités qui commence au vers précédent et se continue dans le suivant. Cependant un pareil texte ne prouve pas encore l’existence déformés célestes de la prière, car un caractère divin est attribué même à la prière de l’homme, III, 18,3 ; IV, 43, 1 ; VII, 34, 1 et9 ; VIII, 27, 13. Mais il en est d’autres plus précis qui vont nous expliquer le carac-

Page 1