‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 19 sur 83 · La comparaison açvâjaniva sera expliquée plus bas · texte numérisé non relu

La comparaison açvâjaniva sera expliquée plus bas

2. Il est vrai que si au vers V, f>2, 8 le lever de l’aurore était intentionnellement opposé à celui du soleil, une allusion aux rougeurs du crépuscule paraîtrait assez déplacée dans la description du second phénomène, alors qu’il n’aurait été question dans la description du premier que de la couleur d’or de « la fosse ». Il ne faudrait voir alors dans la matière de la colonne qu’une indication de sa solidité. En fait, d’après le vers précédent, elle est d’airain et revêtue d’or. Cependant on peut entendre précisément par là qu’elle passe de la couleur de l’airain à celle de l’or, si l’on admet que dans le second vers, où la couleur de l’or et celle de l’airain pourraient n’ètre pas rappor-

tées à deux moments successifs, puisqu'elles le seraient à deux objets diffé-

rents (la seconde appartiendrait à la colonne tandis que la première appar-

tient à la fosse), les expressions « lever de l’aurore » et « lever du soleil » sont à peu près synonymes. Comme la locution uditâ sûryasya désigne, non-

sewlement le lever, mais encore, et probablement en vertu du même usage

qui a fait donner le nom de l’aurore ou du jour à la nuit, le coucher du soleil, on pourrait aussi songer à la prendre ici dans ce dernier sens. La colonne d’airain représenterait alors le crépuscule du soir.

8. Ces rapprochements garderaient leur intérêt, même si l’on adoptait l’in-

correspond dans le rituel le poteau auquel on attache la victime, de même, à la fosse de l'espace répond la cavité qui reçoit le poteau L’idée de l’érection du poteau dans une fosse préparée pour le recevoir a été transportée à la prière du prêtre qui s’élève comme le poteau: VII, 64, 4. «Celui qui vous a fait cette fosse en pensée, qui y a érigé et fixé sa prière. »

A l’idée de fosse s’associe assez naturellement celle d’un liquide contenu dans la fosse. En fait, le mot garla n’est guère employé qu’en relation avec des mots qui expriment ou suggèrentl’idéede lapluie. Au vers VII, 64, 4, laphrase dontnous venons de citer le commencement « Celui qui vous a fait cette fosse en pensée, etc. », se poursuit ainsi : « Arrosez (pour lui cette fosse) de beurre, ô Mitra et Varuna. » Au vers V, 68, 5, le poète, en disant que Mitra et Varuna possèdent la grande fosse, les qualifie de « maîtres d’un ciel qui répand la pluie, d’eaux qui ruissellent, d’un bien qui coule à torrents ». L’auteur de l'hymne auquel nous avons emprunté la description de la fosse, ajoute à cette description le vœu suivant : V, 62, 7. « Puissions-nous obtenir la liqueur de la fosse ! » Cette dernière expression est tout à fait caractéristique. Mitra et Varuna, assis en haut de cette fosse au milieu des breuvages, sont d’ailleurs assimilés à des prêtres ; ils reçoivent la qualification de « pieux », et surveillent en sacrifiant un gazon sacré qui s’étend à l’égal de la lumière immense, et qui n’est autre que le ciel lumineux lui-même, V, 62,5.

Nous avions déjà plus haut rencontré le mot garla dans le mythe de Rudra; nous avions vu ce dieu appelé gartasad

terprétation indiquée à la fin de la note précédente. Comparez encore le vers I, 24, 7, où le poteau <i dressé par Varuna dans l’espace sans fond i> est peut-être identique au faisceau de « rayons dont la base est en haut ».

I. Le poteau et la fosse se retrouvent encore dans la cérémonie qui doit précéder la construction des maisons, et l’un de nos vers (V, 62, 7) a été précisément appliqué à cette cérémonie (B. et R. s. v. tilvila ). — C’est peut-être encore au poteau du sacrifice que l’aurore est comparée dans ce passage : I, 124, 7 « Comme celui qui s’élève sur la fosse pour l'acquisition des richesses », c'est-à-dire « Comme le poteau qu'on érige pour obtenir des richesses par le sacrifice ï. Cependant je crois plutôt que gartùruh « celui qui est monté sur la fosse » désigne le joueur. Cette interprétation m’est suggérée par l'explication que le Nirukta donne ici du mot gnrtn [sabhâsthânu], telle au moins qu'elle est commentée par Durga ( akshanivnpnnapiüta ), explication qui peut d’ailleurs être rattachée au sens primitif de « fosse », le lieu où roulent les dés étant désigné aux vers X, 34, 1 et 9 par un mot à peu près synonyme, irinn.

« qui s’assied sur la fosse » 11,33,11, et nous avions conclu qu’il était, selon toute vraisemblance, l’archer désigné au vers VI, 20, 9, d’après lequel Indra « se tient sur ses deux chevaux comme l’archer sur la fosse ». L’archer céleste étant une des principales formes mythiques du gardien de Sonia, ce passage peut être ajouté à ceux qui témoignent d’une relation entre l’idée de fosse et celle de liqueur. Mais en même temps, il nous permet de saisir l’une des causes de l'erreur qui a fait attribuer au mot garta le sens de « siège sur un char ». Il est incontestable en effet que la fosse de l’archer est ici comparée au véhicule d’Indra. De même la fosse sur laquelle montent Mitra et Varuna remplace pour eux le char des autres divinités. Cela revient à dire que leur char est immense et sê confond avec l’espace. On peut s’expliquer dès lors un détail que j’avais omis plus haut en citant le vers V, 62, 7 : « Elle (la fosse) est revêtue d’or ; sa colonne est d’airain et brille dans le ciel comme le /ouel. » En effet, si la fosse est assimilée à un char, le poteau de la fosse ne peut représenter que le fouet. Les bizarreries, en se répétant, se confirment par leur concordance. Remarquons d’ailleurs qu’on n’y échappe pas par l’hypothèse qui donne au mot g aria un sens différent ; que serait-ce en effet que la colonne d’un char ?

Cette longue discussion des emplois du mot garta pourrait sembler un hors-d’œuvre, si elle ne faisait qu’apporter une preuve de plus à l’appui du fait incontestable que Mitra et Varuna, réunis en couple, sont considérés comme faisant couler les eaux du ciel sur la terre. Mais le rapprochement de Mitra et Varuna « sur la fosse », et de Rudra gartasad, de l’archer « sur la fosse », adhi garte, auquel elle nous a conduits, a une autre portée. Il tend à prouver que Mitra et Varuna sont, de même que Rudra, conçus comme des gardiens des breuvages célestes, du Soma sans doute avant tout, mais aussi des eaux auxquelles il est mêlé, ce qui les oppose immédiatement à un dieu comme Indra, qui, pour faire couler les eaux, doit d’abord les conquérir. On peut interpréter dans ce sens le texte suivant: I, 71, 9. « Les deux rois Mitra et Varuna aux belles mains, gardant dans les vaches l’ambroisie aimée. » Enfin, ce qui est certain en tout cas, c’est que Mitra et Varunane sont jamais présentés comme des conquérants des eaux. Quoique purement négatif, ce caractère qui doit servir a les distinguer d'Indra emprunte une

valeur particulière aux textes qui, en attribuant à Mitra et Varuna l’écoulement des eaux célestes, décrivent le phénomène comme un orage sans faire de cet orage un combat, mentionnent le bruit du tonnerre sans mettre la foudre comme une arme dans les mains des deux divinités, ignorent en un mot, et c’est là le point capital, la présence de démons pareils à ceux qui sont frappés par le dieu guerrier. Les plus caractéristiques à cet égard sont contenus dans l’hymne V, 63, où Mitra et Varuna paraissent d’ailleurs dans toute leur majesté de dieux souverains et de gardiens de la loi. Je crois devoir traduire cet hymne en entier.

« 1. Gardiens de la loi (r ita), vous dont les lois (dharman) sont maintenues, vous montez sur votre char dans le ciel suprême. Pour celui que*vous favorisez ici, ù Mitra et Varuna, une pluie abondante et douce coule du ciel.

« 2. Souverains rois, vous régnez sur ce monde, ô Mitra et Varuna, voyant la lumière du ciel, dans l’assemblée (des dieux). Nous implorons de vous vos dons, la pluie, l’immortalité. Les bruyants (Maruts) s’élancent entre le ciel et la terre.

« 3. Souverains rois, taureaux puissants, maîtres du ciel et de la terre, Mitra et Varuna, dieux actifs, vous faites retentir les nuages brillants, vous faites pleuvoir le ciel par la magie de l’Asura1 2.

« 4. Votre magie, ô Mitra et Varuna, s’exerce dans le ciel : le soleil brille, arme étincelante - ; vous le cachez dans le ciel avec le nuage, avec la pluie; les gouttes savoureuses coulent, ô Parjanya3 4.

« 5. Les Maruts attellent leur char aux bons moyeux, pour manifester leur splendeur, pareils, ô Mitra et Varuna, au héros dans les combats *. Ils traversent avec bruit les espaces brillants. O rois souverains, arrosez-nous du lait céleste.

« 6. Parjanya, ô Mitra et Varuna, prononce une parole savoureuse5, brillante, forte. Les Maruts, par la magie (de

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