‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 21 sur 83 · Qu’accompagne la chute des eaux · texte numérisé non relu

Qu’accompagne la chute des eaux

Parjanya ?) se revêtent des nuages. Faites pleuvoir le ciel brillant, sans tache.

« 7. Selon la loi ( dharman ), ô Mitra et Varuna, dieux sages, vous gardez les lois ( vrata ) par la magie de l’Asura ; selon la loi (r ita) vous régnez sur le monde entier; vous placez le soleil dans le ciel comme un char brillant. »

Tout personnage divin qui dispose à son gré des eaux du ciel peut devenir suspect de les retenir par malveillance. Mais cette conséquence de la conception unitaire de l’ordre du monde ne s’est produite que pour l’un des deux personnages qui composent le couple Mitra et Varuna, et c’est encore Varuna qui par opposition à Mitra, de même que dans l’ordre des phénomènes solaires il représentait la nuit, représente dans l’ordre des phénomènes météorologiques la sécheresse.

Il va sans dire pourtant qu’ici comme là, ce caractère n’a rien d’exclusif. Varuna en somme, loin d’être un pur démon, étant le plus auguste des dieux, est présenté, non-seulement dans son union avec Mitra, mais aussi pour son propre compte, comme le distributeur des eaux célestes : II, 28, 4, « Il les a lancées, lui, l’Aditya distributeur; les rivières suivent la loi de Varuna. Elles ne se fatiguent pas, elles ne se reposent pas ; comme des oiseaux, elles volent rapidement en suivant leur voie » ; — VII, 87, 1 (Hymne à Varuna), « Les flots des rivières, coulant de la mer céleste, se sont élancés comme des cavales d’un élan rapide » ; — X, 75, 2, « Varuna, ô Sindhu, t’a ouvert les chemins pour que tu les suivisses » ; — V, 85, « 3. Varuna a répandu dans les deux mondes et dans l’atmosphère l’outre renversée. Avec cette outre, le roi du monde entier humecte la terre comme la pluie humecte le champ d’orge. — 4. Il humecte la large terre et le ciel, quand il veut que le lait coule, lui Varuna. Les montagnes se revêtent de nuages. L'éclat des puissants héros (des Maruts) est voilé. »

Mais d’abord, ce que nous avons dit plus haut du couple s’applique tout particulièrement à Varuna. Au vers X, 124, 7, il est dit expressément que Varuna a répandu les eaux sans violence aprablmtî, ce qui signifie tout au moins qu’il n’apaseuàles conquérir sur le démon, si même il ne faut pas entendre « sans qu’on usât sur lui de violence ». Nous reviendrons plus bas (F) sur ce passage. Plus bas aussi (E) nous citerons ceux qui nous montrent Varuna rési-

dant au sein des eaux. Au vers VII, 34, 10, nous lui voyons jouer le rôle d’un gardien des eaux: « Le puissant Varuna aux raille yeux surveille la voie de ces rivières. »

Le passage suivant est plus significatif : VIII, 58, 12. « Tu es un grand dieu, ô Varuna ; par ta bouche coulent les sept rivières, comme par un canal profond. » Si les eaux coulent de la bouche de Varuna, c’est qu’elles étaient d'abord enfermées en lui, retenues par lui. Il est même douteux que dans ce passage le poëte ait voulu nous montrer Varuna vomissant les eaux. Le texte pourrait aussi bien signifier qu’il les avale, et la seconde interprétation s’accorderait mieux avec la fin du vers précédent : « Les eaux ont mugi après lui comme des vaches après leur veau. » Je suis bien tenté d’interpréter dans le même sens le vers V, 85, 6 : « Nul ne peut rien contre cette grande magie du dieu très-habile : les rivières rapides, versant en lui seul leurs eaux comme dans une mer, ne peuvent le remplir L » Varuna est ailleurs appelé lui-même une mer, et ce qui est caractéristique, une mer cachée VIII, 41 , 8.

Or, la notion d’un être qui avale les eaux, ou ce qui reviendrait au même pour le cas où nous devrions nous en tenir à la première interprétation du vers VIII, 58, 12, qui les a un certain temps retenues enfermées en lui, est à un point de vue purement naturaliste, identique à celle du démon Vritra qui enveloppe les eaux. Cette assimilation de Vritra et de Varuna, déjà suggérée par l’étymologie, se trouverait donc ici confirmée par un attribut mythologique de la plus haute importance. Nous avons d’ailleurs à citer dans le même ordre d’idées un nouveau passage qui parait absolument décisif : IX, 73, 3. « Le grand Varuna a caché la mer ; les habiles seuls ont su la ressaisir dans les réservoirs. » Ajoutons d’ailleurs immédiatement, pour ne pas perdre de vue la différence des conceptions religieuses en constatant la ressemblance des conceptions naturalistes, que dans le même vers où nous lisons qu’il cache la mer, Varuna, appelé le père antique des Somas, est présenté comme le gardien de la loi. Au vers suivant, il est fait mention de ses espions toujours diligents, en

1. Une autre traduction est possible : « Les rivières ne peuvent remplir une mer unique (l'océan terrestre). « Mais elle rentrerait dans un ordre d’idées tout a l'ait etranger aux préoccupations ordinaires des chantres védiques.

mèmè temps que de ses digues et de ses lacets qui rappellent à la fois son caractère quasi démoniaque dans l’ordre naturaliste, et son rôle de divinité vengeresse dans l’ordre religieux. Peut-être les deux mythes du dieu Varuna et du démon Vritra, l’un et l’autre maîtres et gardiens des eaux, sont-ils expressément rapprochés dans l’hymne X, 124, sur lequel nous reviendrons.

Page 1