‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 22 sur 83 · LITURGIQUES · texte numérisé non relu

LITURGIQUES

Nous venons de voir que dans ses rapports avec les eaux, Varuna paraît être dans une certaine mesure assimilé à Vritra. Il en est ainsi quand il cache les eaux, ou, ce qui revient au même, quand il les tient renfermées en lui. Mais plus souvent les eaux sont elles-mêmes présentées comme le séjour de Varuna. Il est au milieu des rivières (célestes) entouré des sept sœurs (les rivières elles-mêmes), VIII, 41,2. Il s’avance à travers les eaux de la mer (céleste) I, 161, 14, Il marche au milieu des eaux, observant la sincérité ou la perfidie des mortels, VII, 49, 3. Sur un navire où, comme nous le verrons plus loin, il est accompagné de Vasishfha, il vogue à la surface des eaux, VII, 88, 3, cf. 4. Si au vers II, 38, 8, on doit adopter la correction proposée par M. Roth, le nom de vâruna, dérivé de varuna, donné au « poisson dans les eaux », rappelle au moins par son étymologie que le dieu Varuna a, lui aussi, pour demeure ordinaire l’élément humide.

A un point de vue strictement naturaliste, un dieu habitant au milieu des eaux, ou marchant à leur surface, peut représenter le soleil derrière le nuage, ou l’éclair dans la nue orageuse1. Mais pour les chantres védiques l’un et l’autre phénomènes ne sont que les formes célestes d'une situation qui se produit dans le culte terrestre, non pas à la vérité pour Agni, mais pour Soma, cefeuliquide qu’on mêle aux eaux. Nous ne nous étonnerons donc pas de voir Varuna dans les eaux assimilé à Soma, et même à Agni, puisque l’Agni céleste a le privilège, refusé à l’Agni terrestre, de pouvoir naître et vivre

i. Aussi Varuna est-il appelé l'ornement, peças, des rivières (célestes . VII, 34, 11.

Bergaigne, Dieux souverains.

dans les eaux, ou pour mieux dire, puisque l’Agni et le Soma célestes ne sont distincts que de nom.

Une tendance à cette assimilation se manifeste déjà dans un texte où Varuna est mis avec Soma et Agni Vaiçvânara au nombre des habitants des eaux, VII, 49, 4, et dans un autre où il est dit de Varuna, comme en mille autres passages de Soma, que les eaux ont mugi après lui comme des vaches après leur veau, VIII, 58, 11. Voici maintenant des comparaisons formelles : IX, 90, 2, « Soma qui se revêt des cuves comme Varuna des rivières » ; — VII, 87, 6, « Varuna est descendu sur la mer — comme une goutte brillante. » L’assimilation semble complète quand on attribue à Varuna (et à Mitra qui, comme nous le verrons tout à l'heure, est, lui aussi, assimilé à Soma), des vêtements ( nirnij ) « de beurre» V, 62, 4 ; VII, 64, 1, ou ce qui revient au même des vêtements a gras » I, 152, 1. C’est en effet le même mot nirnij qui désigne constamment le vêtement de lait, ou de vaches, ou de beurre, que prend Soma, c’est-à-dire le lait auquel on le mêle, ou l’eau qui sert à le préparer, le lait et l’eau ne faisant qu’un d’ailleurs pour le Soma céleste. En fait, au vers V, 62, 4, le poète, après avoir dit qu’un vêtement de beurre traîne derrière Mitra et Varuna, ajoute que les rivières coulent sans fin. On dit encore de Varuna qu’il est dans les vaches comme dans un vêtement, VIII, 41, 7 1 , et de Mitra et Varuna qu’ils « nagent dans le beurre » I, 153, 1. Il faut sans doute interpréter de même le vêtement doré de Varuna, 1,25, 13. Dans l’ordre des phénomènes naturalistes, ce vêtement représentera donc moins les rayons du soleil, que les eaux dorées par le soleil ou rougies par l’éclair.

Varuna est clairement identifié au Soma-Soleildans le vers suivant: VIII, 41, 8. « Mer cachée2, il monte en quelque sorte rapidement dans le ciel, quand le sacrifice (l’offrande) a été déposé en elles (dans les vaches3). De son pied rayonnant, il a répandu les illusions, il est monté dans le ciel. » Le pied rayonnant, qui n’est autre que le rayon lui-même, ne peut

1. Le pronom âsu ne peut se rapporter qu’à gâva h du vers précédent. La forme ntka de la sa/whitâ doit être lue atke et non atkah comme le veut le padapàfha (cf. IX, 101, 14; 107, 13).

2. On ne peut éviter de rapporter sa à Varuna : l'emploi de ce pronom ou du relatif ya, au commencement de chacun des vers de l’hymne, ne perme aucune hésitation à ce sujet.

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