VI, 67, 8 ; X
Nous avons eu déjà, tout en recherchant dans certains emplois de nos quatre mots, les traces de leur signification étymologique, plus d’une occasion de reconnaître qu’ils pouvaient y être pris aussi dans le sens de loi. Il nous reste à passer en revue ceux de leurs emplois où ce sens paraît hors de doute. Mais nous retiendrons de la discussion précédente cet enseignement, qu’appelés par leur sens primitif à exprimer une action, ils pourront souvent désigner l’œuvre conforme à la loi aussi bien que la loi elle-même. Leur construction avec le génitif du nom de l’agent nous aura aussi fait comprendre qu’ils poissent se construire, dans le sens de loi, avec le génitif du nom du personnage considéré comme législateur ou comme gardien de la loi.
Des quatre mots, r ita est certainement celui qui exprime l’idée d’ordre, de loi, sous sa forme la plus arrêtée, la plus mythique, s’il m’est permis de parler ainsi. Tl peut être régi au génitif par l’un quelconque des trois autres. Ainsi on dit le dharman, proprement l’institution, durûal,43,9; VII, 36, 5, 1 edharman, proprement le maintien, durtfaIX, 7, 1 ; 110, 4 1 . Ce qui prouve toutefois que, dans les combinaisons de ce genre, le sens étymologique tend à s’effacer, même dans le terme qui régit le mot vita, c’est que ce terme peut s’y construire au pluriel, comme au vers X, 124, 3, où sont mentionnés les dhâman du vita, et au vers I, 65,3 qui parle des l 'rata du r ita. Ces dernières locutions peuvent se traduire à peu près indifféremment « les lois de l’ordre » ou « l’ordre de la loi ». Mais il reste toujours cette différence entre le mot r ita et les trois autres, qu’il ne régit jamais aucun de ceux-ci au génitif.
D’ailleurs les combinaisons mêmes qui viennent de nous révéler cette différence d’emploi nous fournissent en même temps la preuve que les quatre mots expriment des idées
1 . Citons encore à ce propos la construction du mot r ita avec des verbes, des adjectifs ou des substantifs tirés de la même racine que les mots dhâman et dharman , dans les locutions « établir, dhd, le r ita » I, 71, 3; VIII, 27, 19), « maintenir, dhri, le r ita permanent, dharunanV, 13, 2, le j mainteneur, dhartri, du grand rita t> II, 23, 17, les « bases solides, dharuna, du rite » IV, 23, 9, la manifestation régulière, dharnasi, du r ita » I, 105, 6. — On dit du reste aussi j établir, d-dhâ, les vrata » VIII, 92, 1, « maintenir, dhri, les vrata » VIII, 83, 2, locution qui s’est fixée dans le composé dhrila-vruta , et « établir, dhd , les dharman v IX, 64, 1. Sur la construction des mots dhâman et dharman avec des formes tirées de leur propre racine, voir plus haut, p. 216.
fort voisines. On en trouvera une autre dans les textes pareils au vers V, 63, 7 « Selon le dharman, o Mitra et Varuna, dieux sages, vous gardez les vrata par la magie de l’Asura, selon 1er ila vous régnez sur le monde entier », où le rapprochement de deux ou trois de nos termes équivaut à peu près à la répétition de l’un d’eux, par exemple du mot rita ou de ses composés, dans celui-ci « O Mitra et Varuna qui, selon le r ila, avez grandi dans le l 'ila et êtes attachés au rita » I, 2, 8. J’aurai le soin, dans chacune des sections suivantes, de réunir) pour les signaler à l’attention du lecteur, les textes de ce genre.
Dans les passages mêmes où les termes en question figurent isolément, la synonymie en est confirmée par la similitude de leurs emplois. C’est ce que nous constaterons plus loin en étudiant ces emplois dans leurs rapports, soit avec différents ordres d’idées, idées naturalistes, idées liturgiques, idées morales, soit avec les mythes de divers dieux. C'est ce que nous allons constater dès à présent en passant en revue les locations d’où ressort le plus clairement le sens de «.loi », attribué en commun aux quatre termes.
Il n’y en a pas de plus décisives que celles qui signifient « violer » la loi ou les lois. On trouve cette idée exprimée, avec le mot dharman, par la racine yup VII, 89, 5, et par la racine dmh III, 3, 1. Elle l’est très-souvent par la racine mi, accompagnée ou non du préfixe pra, et dans des phrases, soit affirmatives, soit négatives, avec le mot dhàman IV, 5, 4 ; VI, 21, 3; 67, 9; VII, 63, 3; X, 48, 11 ; 89, 8, et avec le
mot vrata I, 25, 1 ; 69, 7 ; 92, 12; 124, 2 ; II, 8, 3 ; 24, 12 ;