IX
Passons maintenant à d’autres citations concernant les sacrificateurs mythiques. Ils ont trouvé le dhâman suprême du sacrifice qui était caché X, 181, 2. On peut encore chercher une allusion à l’institution céleste du culte dans le vers X, 56, 5, d'après lequel les pères se sont répandus dans l’atmosphère, faisant les anciens dhâman qui n’étaient pas faits encore, cf. I, 164, 15.
L’invention du premier dhâman du sacrifice est au vers
X, 67, 2 attribuée particulièrement aux Angiras. Les vers I, 164, 50 (id. X, 90, 16 et I, 164, 43 appliquent au premier sacrifice, célébré par des prêtres divins, cette formule : « Tels furent les premiers dharman. » Ce sont, à ce qu’il semble, les règles établies , littéralement les directions données par les sacrificateurs mythiques, que le vers III, 38, 2 présente comme « allant dans le dharman », c’est-à-dire comme « suivant la loi». C’est aussi selon le dharman, X,16,3, que les morts arrivent dans leur nouvelle demeure, où ils se confondent avec ces anciens sacrificateurs. Les prêtres célestes célébrés dans l’hymne VII, 103 sous le nom de grenouilles, y reçoivent auversl,répithèteurafacrirm « quisuitleiTrtta w.Lesüçij dont Agni suit le vrata, en même temps que le sien propre, d’après le vers I, 128, 1, sont ordinairement des sacrificateurs mythiques. Il peut en être de même des Ayus au vers VI, 14, 3, qui nous montre ces personnages triomphant par les vrata de celui qui n’observe pas le vrata. On donne aux anciens sacrificateurs qui ont allumé Agni l’épithète ritâyu « fidèle à la loi » V, 8, 1 , cf. VIII, 23, 9. Les pères reçoivent celles deritâvvidh « qui agrandi selon la loi » X, 16, 11, et der itasap « qui observe la loi » I, 179, 2. Ils reçoivent les deux à la fois, et en même temps celle de ritâvan « fidèle à la loi » au vers X, 154, 4. Ils sont appelés aussi ritajnâ « connaissant la loi » X, 15, 1. Ce dernier terme désigne au vers I, 72, 8 les anciens prêtres qui ont découvert les sept portes de la richesse. L’épithète ritâvan est encore donnée aux pères dans un passage d’après lequel , devenus les convives des dieux, ils ont trouvé la lumière cachée et engendré l’aurore VII, 76, 4. Il en faut rapprocher les vers IV, 1, 13; 2, 14 et 16 où le lever de l’aurore est aussi présenté comme le résultat de l’œuvre des pères, accomplissant avec zèle le rita, dirigeant le rita comme un char (IV, 2, 14). Dans ces der-
nières formules notre mot paraît désigner le sacrifice luimême. C’est selon le r ita que les pères Angiras ont fendu la caverne et fait monter le soleil dans le ciel X, 62, 2 et 3 et que les sacrificateurs mythiques dont il est parlé au vers III, 31, 9 ont conquis les mois. Des formules plus ou moins obscures attribuent encore l’observation du r ita aux NavagvasX, 61, 11, qui, d’après le vers précédent (10), disent le r ita et attellent le r ita, et à des personnages équivalents X, 13, 5. Les compagnons de Brihaspati reçoivent l’épithète vitaspriç « attaché à la loi » au vers IV, 50, 3 qui nous les montre venant d’un lieu très lointain, et celle de r itàvan « fidèle à la loi » au vers II, 24, 7 d’après lequel ils sont retournés après avoir observé les anrita, c’est-à-dire les actes contraires à la loi. D’autres allusions à cette apparition et à cette disparition des prêtres célestes, assimilés aux phénomènes naturels, se rencontrent encore dans les formules suivantes : « Ils sont revenus selon le ri ta » III, 4, 5 ; « Ils sont revenus du séjour du r ita » I, 164, 47. Ce séjour du r ita est le lieu qu’ils gardent lorsqu’ils prennent leurs formes suprêmes et cachées X, 5, 2. On donne aussi le nom de matrice du r ita au lieu qu’occupent les habitants du ciel « croissant selon le r ita », lorsqu’ils instituent le sacrifice pour se l’offrir à eux-mêmes X, 65, 7. C’est sans doute encore l’institution du sacrifice qu’a en vue l’auteur du vers III, 31, 5, lorsqu’il dit des sept prêtres qu’ils ont trouvé le chemin du rita. Les sacrificateurs mythiques ont acquis le caractère divin en observant le rita immortel, I, 68, 4. Dans d’autres formules, deux de nos termes sont réunis ou rapprochés. Le vers IV, 55, 2 donne à ceux qui ont chanté, ou plutôt observé en chantant les premiers dharman *, l’épithète vitadhîlx «. dont les pensées, ou les prières sont conformes au r ita » . Les Awgiras, célébrant levita, ont inventé le premier dharman du sacrifice X, 67, 2. Le vers V, 15, 2 concerne à la fois les prêtres divins et les prêtres terrestres qui les ont rejoints : « Ils ont maintenu* selon le r ita le r ita durable, grâce à leur connaissance du sacrifice, dans le ciel suprême, eux qui ont rejoint, avec ceux
1. Remarquez en outre le rapprochement de la formule vidhâtaro vi te dadhuh « Ordonnateurs, ils ont ordonné », rappelant l’étvmologie du mot dbâman.
2. L’emploi de la racine dhri suggère d’avance l’idée exprimée ensuite par le mot dharman.
qui sont nés, ceux qui ne sont pas nés (les éternels), les héros siégeant dans le dharman 1 durable du ciel. »I1 est dit encore des sept prêtres que « célébrant le r ita. ils n’ont dit que le r ita, priant selon le vratn, eux les gardiens du vrata » III, 4, 7, et des dieux eux-mêmes qu’ils ont suivi (dans le sacrifice céleste) les vrata du r ita I, 65, 3.
Les citations précédentes ont fait passer sous nos yeux les principales formes du mythe des anciens pères. Remarquons qu’en dépit de la confusion finale qui s’est opérée dans ce mythe entre la notion du sacrifice terrestre et celle du sacrifice céleste, l’emploi de nos quatre termes peut suggérer dans quelques-unes des formules en question, non-seulement l’idée de la régularité du sacrifice et des phénomènes célestes qui lui sont assimilés, mais aussi celle d’une action exercée sur ceux-ci par celui-là. Par exemple, une formule comme celle du vers X, 63, 3, portant que les A??giras ont fait monter le soleil dans le ciel selon le r ita, paraît faire allusion à la fois à la régularité du lever du soleil et à celle du sacrifice conçu comme la cause efficiente de ce phénomène. Ajoutons que l’épithète r ilâvan « fidèle à loi » appliquée aux prêtres mythiques semble prendre un sens moral au vers II, 24, 7, qui nous les montre observant les actes contraires au r ita.
Citons encore quelques passages concernant d’anciens sacrificateurs individuellement désignés. Agni est né dans le dhariman de Manus, c’est-à-dire sous la loi, ou dans l’œuvre conforme à la loi, de Manus, d'après le vers I, 128, 1, portant en outre qu’il est né selon le vrata des Ucij et selon son propre vrata. Nous avons déjà vu plus haut qu’il est « né dans le r ita » chez Kanva I. 36, 19. On lit pareillement au vers 11 du même hymne que Medhyâtithi et Kanva ont allumé Agni selon le vita (r itàd adhi). Atri est appelé lui-même r itajur « vieilli dans l’ordre, dans l’observation de la loi » X, 142, 1. Au vers I, 190. 2, il semble dit, quoiqu'en termes assez obscurs, que Mâtariçvan a aussi dans ses œuvres observé le r ita.
Nous arrivons maintenant aux formules qui paraissent concerner les sacrificateurs actuels, et où nos différente termes n’éveillent ordinairement plus d’autre idée que celle de la régularité du culte. La prospérité est promise à celui qui honore