‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 43 sur 83 · Voir plus haut, p. 21 S · texte numérisé non relu

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Agni selon ses dhâman VIII, 19, 14, soit qu’il faille entendre par là les lois d’Agni, ou les actes conformes à la loi du sacrificateur lui-même. Le sacrifice est offert à Agni pour le dharman, c’est-à-dire pour que la loi soit observée, X, 50, 6. Agni est allumé selon les premiers dharman, III, 17, 1. C’est sous le dharman d’Agni qu’on honore « la mamelle de la mère », c’est-à-dire la mère dont la mamelle laisse couler tous les biens X,20, 2. « Observons», dit l’auteur du vers III, 3, 9, « les vrata d’Agni». D’après le vers 3 de l’hymne VI, 14 à Agni, c’est par les vrala qu’on triomphe de ceux qui n’observent pas le vrata. Ceux qui n’honorent pas Agni sont exposés aux pièges de celui qui suit d’autres vrata, V, 20, 2. Cette dernière expression désigne peut-être les Rakshas ou les Yâtudhânas. Le vers V, 2, 8 [id. X, 32, 6) fait intervenir entre Agni et le suppliant qui l’a irrité un personnage « gardant le vrata des dieux». Une interprétation morale de cette citation et des deux précédentes est admissible ; mais elle ne s’impose pas avec évidence. Au vers X, 115, 7, les sacrifiants que le prêtre associe à Agni dans ses louanges reçoivent l’épithète r itâyu « fidèle à la loi ». On donne celle de r ilâvan (même sens) à l’homme chez lequel ce dieu séjourne comme un ami VIII, 23, 8. Agni donne la sagesse à celui qui agit selon la loi V, 27, 4 (ritàyat), il remplit pour lui les fonctions de prêtre, II, 1, 2; X, 91, 10. Il est prié d’ « aiguiser tous les prêtres dans le r ita », c’est-à-dire de leur apprendre à observer la loi, VII, 16, 6. Levers 8 de l’hymne I, 67 à Agni promet des richesses à ceux qui observent les vita. Dans un autre vers adressé à Agni sous le nom de Tanûnapât, il est dit que le sacrifice reçoit une onction de liqueur, c’est-à-dire fait pleuvoir les dons du ciel pour celui qui suit le r ita I, 188, 2. Les sacrificateurs excitent Agni par le chemin du vital, 128, 2, ils l'allument en attelant le rita III, 27, 11. On lui donne l’épithète r itacil « qui surveille l’observation de la loi » I, 145, 5, particulièrement dans deux passages où ce terme est expliqué par le contexte : « Quand feras-tu attention à nous ? » V, 3, 9, et avec répétition du mot r ita « Prends connaissance de notre r ita » IV, 3, 4, c’est-à-dire de l’œuvre, vraisemblablement du sacrifice, que nous accomplissons selon la loi. Au vers V, 20, 4, les suppliants d’Agni lui demandent des vaches « pour la richesse» et « pour que le r ita s’accomplisse », c’est-à-dire peut-être, pour offrir leur lait en sacrifice.

Le morceau suivant où le mot r Un est répété avec une singulière insistance, est tiré de l’hymne IV, 3 à Agni. Les sacrificateurs mythiques y interviennent aussi bien que le sacrificateur actuel, et notre terme désigne successivement la loi du sacrifice et celle des phénomènes célestes, ou ces phénomènes eux-mêmes. Après un emploi du mot rila dans le sens moral au vers 8, où le poëte demande à Agni quel témoignage il portera sur ses suppliants devant les Maruts, pour que le ri ta s’accomplisse, on lit aux vers 9 et suivants :

« 9. Par le rit a j’implore le r ita arrêté de la vache. La crue s’est gonflée, ôAgni, d’un (lait) doux etcuit; étant noire, elle s’est gonflée d’un lait brillant, d’un lait (? jàmarya). —

10. Par le ri ta, certes le taureau, le mâle Agni, oint du lait des montagnes, a marché sans trébucher, lui qui donne la force. Le mâle tacheté a laissé couler sa mamelle brillante. —

1 1 . Par le r ita, les Awgiras, fendant la montagne, l’ont ouverte . Ils ont fait retentir leur voix avec les vaches. Les héros ont heureusement assiégé l’aurore. La lumière est apparue après la naissance d’Agni. — 12. Parle r ita, les eaux immortelles, inviolées, en torrents savoureux, ô Agni, comme un cheval qui s’élance au galop, ont jailli pour couler toujours. »

Aucun dieu n’est nommé au vers I, 125, 7, où le poëte demande que les bienfaiteurs qui suivent bien la loi ( suvrata ) ne vieillissent pas, au vers X, 85, 24 qui donne le nom de matrice du r ita au lieu (le foyer domestique) où le prêtre introduit les deux nouveaux époux, enfin au vers X, 166, 4 où le sacrificateur déclare qu’il a triomphé au moyen du dhàman qui opère tout, et qu’il s’empare de la pensée et du vrala des autres, c’est-à-dire peut-être que son sacrifice l’emporte sur le leur.

Sonia est invité à couler sous les dhàman divins IX, 86, 22. Il s’agit certainement du Sonia céleste au vers IX, 66, 5 : « Tes rayons brillants, ô Soma, traversent le tamis au sommet du ciel, selon les dhàman. » Sonia a un séjour mystérieux sous les pierres de Trita (dans le monde invisible), et un séjour aimé selon les sept dhàman du sacrifice (dans les sept mondes) IX, 102, 2. Il découvre, manifeste, le dhàman de Yamrita, c’est-à-dire sans doute la loi qui régit le Soma céleste IX, 94, 2 (cf. plus bas IX, 97, 32). On dit aussi que Soma coule selon les dharman IX, 86, 5. Il est invité à couler selon les dharman autour du ciel et de la terre IX, 107, 24. Soma a établi les dharman IX, 64, 1. Il s’en revêt selon

l’expression hardie du vers IX, 97, 12. Le ciel et la terre se conforment à ses dharman IX, 86, 9. C’est sous son dhariman que les femelles célestes, assez obscurément désignées au vers IX, 86, 4, donnent leur lait. Le dharman de « l’aîné » dont il est question au vers 22 de l’hymne IX, 97 à Soma, suggère l’idée d’un dharman de Soma auquel il serait opposé, ou plutôt peut-être assimilé comme au vers I, 91, 3, où nous lisons que le dhâman de Varuna est aussi celui de Soma. Soma est représenté au vers X, 56, 3, sous la figure d’un cheval qui suit les premiers dharman X, 56, 3. Il garde le nom de breuvage au vers X, 88, 1, d’après lequel les dieux se sont répandus (?) pour lui faire « soutenir » ( dharmane ) le monde. Ce dernier passage est un de ceux où le mot dharman garde, comme nous l’avons vu, sa signification étymologique. Soma reçoit les épithètes mahivrala IX,97,7;jlOO, 9; X,115, 3, mahâmaliivrata IX, 48, 2, vrishavrala IX. 62, 11; 64, 1, puruvrata IX, 3, 10, pouvant signifier, soit « dont les lois (les lois qu’il suit ou qu’il impose) », soit « dont les œuvres conformes à la loi, sont grandes, très-grandes, puissantes, nombreuses ». Il est comparé à un roi suvrata « dont les lois sont bonnes » IX, 20, 5; 57, 3. Il est invité à veiller sur les vrata IX, 61, 24, c’est-à-dire à assurer l’observation des lois que d’après le vers IX, 35, 4, il prend lui-même pour armes. Il garde les vrata de l'ambroisie IX, 70, 4, comme nous avons vu tout à l’heure qu’il en manifeste le dhâman. Le vrata de Soma que suivent les eaux IX, 82, 5, peut être, soit la loi du Soma céleste prenant la forme de l’éclair, soit la loi du Soma terrestre, déterminant par la vertu du sacrifice la chute des eaux du ciel. C’est bien à ce qu’il semble le Soma du sacrifice terrestre qui, au vers IX, 69, 1, se met en mouvement en même temps que la prière « sous ses propres vrata » , c’est-à-dire en suivant ses propres lois. En vertu du vrata caché, le cheval du sacrifice, représentant Soma, est identique à Trita, 1, 163,3. Nous lisons encore au vers IX, 53, 3 que le méchant ne peut rien contre le vrata de Soma, et au vers IX, 102, 5, que tous les dieux sont sous son vrata. Le mot r ila sert, comme adjectif, d’épithète à Soma IX, 62, 30, appelé aussi rilàvan « fidèle à la loi » IX, 97, 48. L’épithète r itaprajâla « né dans l’ordre » lui convient comme à Agni, ainsi que le prouve déjà la comparaison du vers I, 65, 10. Né dans l’ordre, r itajàta, Soma a grandi aussi selon le r ita IX, 108, 8, selon les r ita IX, 70, 1. Il est la progéniture du

rita, que les prêtres apportent sur le char du rita VIII, 6, 2, ou encore le fœtus du rita, déposé au delà des jumeaux (le ciel et la terre) IX, 68, 5. Gardien du rita , il a été apporté par l’oiseau IX, 48, 4. On donne le nom de matrice du rita, III, 62, 13; IX, 13, 9; 32, 4; 39, 6; 64, II; 17 et 20; 66, 12; 86, 25; 107, 4, au récipient où il coule. Au vers 1 de l’hymne IX, 73 à Sonia, les « nombrils » ou les «. moyeux » qui sont adaptés ensemble dans la matrice du rita, font sans doute allusion aux lieux d’origine de Soma dans les trois mondes, comme les trois têtes mentionnées dans le même vers. On lit au vers 6 du même hymne que les méchants ne peuvent traverser le chemin du rita. Au contraire Soma suit le chemin IX, 95, 2, les chemins du rita IX, 86, 33. Le chemin du rita parait être au vers I, 46, 1 1 , cf. 10, celui du Soma céleste prenant la forme du soleil. Soma monte sur le navire du rita IX, 89, 2. Il forme en coulant le torrent du rita IX, 33, 2; 63, 4 et 14, cf. 21, prend place dans sa demeure « pour être bu » et « pour le rita », c’est-à-dire pour que la loi s’accomplisse IX, 17, 8, cf. I. 137, 2; il observe en coulant le rita pour le rita (même sens), IX, 97, 23. Il porte ou entretient, c’est-à-dire encore observe, le rita « bien porté, bien observé » IX, 97, 24. S’il donne les règles nouvelles du rita IX, 86, 32, il connaît aussi le premier rita céleste IX, 70, 6. C’est peut-être aussi aux lois des phénomènes célestes ou de l’ordre général du monde que fait allusion l’expression de haut rita « Il observe en coulant le hautr<7a»aux vers IX, 56, 1 ; 66, 24. En tous cas les femelles que d’après le vers VI, 39, 4, il a fait briller selon le rita, traîné lui-même par des chevaux attelés selon le rita VI, 39, 4, sont les aurores. Peut-être est-il au vers IX, 108,8 appelé lui-même le haut rita. L'umrita qui n’est autre que le Soma céleste, est appelé le « nombril » du rita, c’est-à-dire le principe même de l’ordre, IX, 74, 4. C’est peutêtre aussi Soma, représenté comme la richesse qui gouverne les deux mondes, qu’on appelle au vers I, 141, 11 «. puissant dans le rita ». Deux de nos termes sont rapprochés dans les passages suivants : les vrata et 1 edhâman de Varuna sont aussi ceux de Soma I, 91, 3; il coule selon le dharman de Mitra et Varuna, observant dans son élan le haut rita IX, 107, 15. Hennissant le long du chemin du rita, il observe en brillant le dhâman de Vamrila IX, 97, 32. Voici maintenant des combinaisons de deux termes : les Somas coulent sous le dharman du rita IX, 7, 1 ; sous le dharman du rita et du

précieux amvila, Soraa a engendré (le soleil) chez les mortels IX, 110, 4; les hommes sont sa postérité sous le dhâman suprême du r ita I, 43, 9.

On peut rapporter aux sacrificateurs mythiques le terme de gardiens du r ita appliqué aux personnages qui gardent les rênes du cheval du sacrifice I, 163, 5. Celui-ci d’ailleurs est, comme je l’ai montré, une représentation de Sonia. Des personnages analogues figurent dans l’hymne X, 123, consacré à Ven a, autre forme de Sonia : ils se sont emparés des eaux en suivant le r ita (4) et leurs prières ont retenti sur le plateau du r ita (2 et 3).

Voici maintenant des passages qui concernent ou peuvent concerner les sacrificateurs actuels. Sonia est loué par les hommes selon le dhâman ancien IX, 97, 5. Le bonheur est promis à celui qui suit les dhâman de Sonia IX, 114,1, qui atteint, c’est-à-dire parvient à observer exactement son premier dhâman IX, 86, 15. Celui qui se conforme au xdharman de Sonia est invité à se réjouir IX, 7, 7. Le vers IX, 86, 37 exprime le vœu que toutes les races soient sous son vrata. Les hommes espèrent sous son vrata, c’est-à-dire sans doute en observant sa loi, obtenir une nombreuse postérité X, 57, 6. Sonia est prié avec Agni de garder 1 e vrata de celui qui l’honore 1, 93, 8, c’est-à-dire sans doute de protéger son sacrifice. Ailleurs les suppliants s’accusent d’avoir violé ses vrata VIII, 48, 9 ; X, 25, 3, ou au contraire se déclarent ses vratya, ses sujets, fidèles à sa loi, VIII, 48, 8. On applique l’adjectif vitâyu « fidèle à la loi » ou le participe r itâyat « agissant selon la loi » aux sacrificateurs qui le pressent IX, 3, 3; 36,4;64,5,à l’homme pieux qu’il protège I, 91, 7; VIII, 68, 6. Deux de nos termes sont rapprochés aux vers IX, 35, 6 et 73, 8. Nous lisons dans le premier que sous le vrata de Soma, maître du dharman} tous les hommes « maintiennent »' c’est-à-dire observent eux-mêmes le dharman, et dans le second que Soma, gardien infaillible du r ita, frappe ceux qui n’observent pas le vrata. Constatons toujours, pour ces applications de nos différents termes à la loi observée ou violée par l’homme, la possibilité d’une interprétation morale.

Après les citations concernant Agni et Soma, ou les sacri-

1. La forme verbale dâdhâra, étant tirée de la racine qui a donné le mot dharman, employé du reste, comme on vient de le voir, dans ce même vers, parait ici signifier à elle seule « observer le dharman ».

ficateurs daus leurs rapports avec l’un ou l’autre de ces dieux, je rangerai celles qui concernent de3 personnages plus ou moins mystérieux pouvant représenter l’un ou l’autre. Tel est le cas pour celui qui reçoit, au vers X, 61, 7, l’épithète vratapâ « gardant la loi », et pour celui qui au dernier vers (5) de l’hymne IV, 40 à Dadhikràvan, est qualifié de r ilasad « qui prend place selon la loi »,de r itajà « né dans l’ordre »,et peut-être est appelé lui-même le vila « la loi » (cf. plus haut, p. 238). C’est sans doute encore, soit Agni, soitSoma, qui, d’après le vers V, 44, 2, triomphe des ruses dans le r ita, c’est-à-dire dans l’observation de la loi. Même remarque sur le vers III, 56, 2, où nous lisons : « Immobile, il porte à lui seul six fardeaux (les six mondes) ; les vaches ont suivi le r ita suprême ». Apùm napât, qui reçoit au vers 8 de l'hymne II, 35 l’épithète vitâvan « fidèle à la loi », et auquel on demande au vers 6 du même hymne sa protection contre les anvila, peut représenter Soma aussi bien qu’Agni. J’en dirai autant des bœufs du r ila dont il est question au vers 1,84,16.

La forme particulière du dieu du sacrifice qui constitue le personnage de Brihaspati ou Brahmanaspati est, au vers II, 23, 6, invoquée en ces termes « Nous chantons pour ton vrala », c’est-à-dire « pour que ta loi soit observée ». Elle reçoit l’épithète r itaprajàta « né dans l’ordre » II, 23, 15, et celle de r itàvan « fidèle à la loi », accompagnée au vers VI, 73, 1 de celle de prathamajâ « premier-né ». Brihaspati est aussi appelé r iladhiti « dont les prières sont conformes à la loi » X, 47, 6. L’arc de Brahmanaspati a pour pour corde le r ita [ritajya II, 24, 8). Brihaspati monte sur le char dun<« II, 23, 3. Il arrose de liqueur « la matrice du vila » X,68,4, soit qu’il faille entendre par là un récipient céleste des eaux ou du Soma, ou bien l’endroit de la terre où s’accomplit le sacrifice que ce dieu récompense. En revanche, on le prie de chasser loin du soleil ceux qui n’observent pas le vrata V, 42, 9. C’est peut-être de démons qu’il s’agit dans cette dernière citation. Au vers X, 108, 11, Brihaspati est nommé avec Soma, les pierres et les rishis, comme conquérant des vaches précédemment retenues par les Pa/tis, et dont il est dit: « Que les vaches se lèvent en mugissant, selon le vital » D’après le vers X, 67, 4, les vaches délivrées par Brihaspati étaient cachées dans la prison de Yanvila. Le mot vita prend une portée morale dans cet autre passage : II, 23, 17. « Brahmanaspati qui fait payer les dettes, qui poursuit les dettes,

détruit la druh (la tromperie) chez (pour) celui qui maintient le grand r ita. »

Le terme r ita se rencontre encore dans une formule concernant les deux sacrificateurs divins, « Je suis exactement les deux sacrificateurs divins, les premiers purohita sur le chemin du rita » X, 66, 13.

J’ai réservé les textes où l’idée de régularité, d'ordre, impliquée par les termes que nous étudions, est particulièrement attachée à la fonction des éléments femelles du sacrifice. Au premier rang de ceux-ci est la prière. C’est de la parole conçue comme principe universel qu’il est dit au vers X, 189, 3 qu’elle règne sur trente dhâman, c’est-à-dire qu’elle a sous ses lois les trente divisions du monde. La prière qui reçoit au vers X, 67, 1 l’épithète r ilaprajàta « née dans l’ordre » est peut-être la voix du tonnerre. L’action du culte sur les phénomènes célestes paraît clairement indiquée dans la formule « Le soleil a brillé grâce au chant né dans l’ordre, c’est-à-dire conforme à la loi » X, 138, 2. Agni connaît la prière du r ita III, 31, 1, et la parole qu’au vers X, 110, 11, il paraît adresser aux dieux pour leur indiquer leur part de l’offrande, est appelée la voix du rita.

Les prières qui mugissent comme des vaches en se dirigeant vers Soma sont qualifiées de r ilàyantî, « agissant selon le r ita » IX, 94, 2. Elles sont appelées les mères du r ita qui purifient le fils du ciel IX, 33, 5, cf. 111, 2. C’est du reste Soma lui-même qui donne en coulant les rita des prières IX, 97, 37, qui excite IX, 102, 1 et 8, cf. IX, 97, 34, qui « fait mugir » IX, 76, 4, la prière du r ita. La liqueur du r ita que distille la langue, selon l’expression pittoresque de l’hymne IX, 75 à Soma (vers 2), est évidemment la prière. Le nom de prière du r ita est donné aux chants des sacrificateurs mythiques I, 71, 3. Le vers I, 68, 5 y joint celui de « souhait du r ita » (r itasya preshâ). Le composé riladhili « qui fait les prières du r ita » paraît désigner les mêmes personnages au vers VI, 39, 2, où il est dit que Soma, attelé selon le rita ( ritayuj ), est attelé par eux. La prière qu’au vers VII, 34, 8, le sacrificateur fait selon le r ita, parait opposée dans le même vers aux incantations des sorciers : « Moi qui invoque ici les dieux, ô Agni, je ne suis pas un Yâtu. » On dit encore des prières assimilées à des vaches, qu’elles reparaissent, c’est-à dire qu’elles se renouvellent dans la matrice, dans le séjour du rita IX, 72, 6. « Que la prière, » dit l’auteur du vers VII, 36,

Bergaigne, Dieux souverains. 1C>

1, « parte du séjour du ri ta! » C’est sans doute de nouveau la prière céleste que les sages gardent, resplendissante, dans le séjour du r ita X, 177, 2. La prière terrestre est opposée à son prototype céleste dans un autre passage où sont rapprochés deux de nos termes : le poète déclare qu’il suit selon le vrata la femelle (céleste) à quatre pieds, qu’il l’imite avec la parole, et qu’il la purifie sur le nombril du rita » X, 13, 3.

Les prières, terrestres ou célestes, paraissent être encore suffisamment désignées aux vers I, 144, 2 et IX, 75, 3 par l’expression de vaches ( dolianâ ) du r ita : il est dit en effet de ces vaches qu’elles mugissent après Agni ou Soma.

L’auteur du vers I, 144, 1, après avoir dit qu’Agni suit, comme sacrificateur, son propre vrata, ajoute que les cuillers saluent son premier dhânian. Le vers X, 114, 2 soumet à des vrata secrets trois femelles, d’ailleurs assez obscurément désignées. C’est peut-être aux pierres du sacrifice, considérées en cette occasion comme femelles, qu’est appliquée au vers Y, 44, 4 l’épithète vitâvvidh « qui s’accroît selon la loi ». Signalons, par la même occasion, bien que le nom en soit masculin, le breuvage de lait chaud qui reçoit au vers V, 43, 7 l’épithète rilâyat « qui suit la loi ».

J’ai omis à dessein plus haut, dans l'énumération des passages où le mot r ita s’applique le plus évidemment à la loi des phénomènes célestes, ceux où les eaux paraissent bien désignées, mais ne le sont qu’en des termes qui pourraient convenir aussi aux prières, ou à quelque autre forme de la femelle mythologique. Je range dans cette catégorie deux vers tirés d’hymnes à Agni, 1,73, 6; 141, 1, où il est parlé des vaches du |rt7a, cf. X, 31, 11. Au vers IX, 77, 1, les vaches bonnes laitières du r ita, qui coulent pour Soma, pourraient être aussi les eaux avec lesquelles on le prépare sur la terre. Cette interprétation parait convenir aux vaches qui dans le séjour du vita, appelé aussi une cuve, sont « ointes », apparemment de la liqueur du Soma à laquelle on les mêle, X, 100,10.11 est difficile de préciser la signification des femelles brillantes que le vers X, 8, 3 place dans la matrice du r ita. Les « chemins » du r ita qui « suivent» Agni, X, 5, 4, peuvent figurer l’épanchement des dons célestes en général, aussi bien que celui des eaux en particulier. Les portes du ciel, par lesquelles passent tous ces biens, reçoivent aussi l’épithète ritâvridh « qui s’accroît selon la loi » I, 13, 6 ; 142, 6.

Ailleurs les femelles dans les fonctions desquelles inter-

vient l’idée de loi, sont désignées par des noms propres. Sarasvatî reçoit l’épithète ritâvarî « fidèle à la loi » II, 41, 18, au vers VI, 61, 9 en qualité de rivière. Vasish/ha a ouvert les deux portes du rita de Sarasvatî VII, 95, 6. C’est en suivant le rita V, 45, 7, c’est par le chemin du rita, ibid., 8, que Saramâ a trouvé les vaches. Au vers 13 de l'hymne 111,55, 1/à, représentant d’ailleurs ici certainement la prière ou l’offrande terrestre, nous apparaît gonflée du lait du rita. C’est sans doute encore elle qui, au vers 12 du même hymne, est appelée la vache « fille », et est honorée avec la vache«mère » dans le séjour du rita par le prêtre, qui dit de lui-même au vers 14 :

« Je parcours le séjour du rita. » Une autre divinité femelle du culte, Aramati, reçoit, au vers V, 43, 6, l’épithète, rîtajnâ « qui connaît la loi ». On peut voir encore la personnification d’un élément femelle du sacrifice dans la Subhara, protégée des Açvins, qui reçoit l’épithète rilastubh « louant selon la loi » I, 112, 20, dans la femme qui cherche à distinguer Indra et Kutsa, et à laquelle est appliquée la qualification de ritacit « qui prête attention à la loi » IV, 16, 10, enfin dans la mère qui donne au père sa part du rita I, 164, 8, c’est-à-dire sans doute du sacrifice conforme à la loi.

Signalons encore l’application de l’épithète ritâvarî aux trois jeunes femmes qui reçoivent en même temps, au vers III, 56, 5, la qualification d' « aquatiques ».

Au vers X, 30, 11, ce sont bien les eaux elles-mêmes qui sont invoquées; seulement dans la formule « Ouvrez votre mamelle quand le rita est attelé », le rita désigne sans doute, non la loi céleste que suivent les eaux, mais la loi du sacrifice qui les fait couler, ou ce sacrifice lui-même.

SECTION IV

l'idée de loi dans le culte et dans le mythe du dieu

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