‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 44 sur 83 · GUERRIER · texte numérisé non relu

GUERRIER

Je n’ai compris, dans les nombreuses citations qui précèdent, que des formules où ne figurait le nom d'aucune divinité particulière, autre que les dieux du sacrifice, Agni et Soma. Je passerai maintenant successivement en revue les autres divinités, en commençant par Indra, et j’étudierai le rôle que joue l’idée de loi dans les hymnes ou les vers isolés qui leur sont consacrés.

En dépit du caractère primitif du culte qui s’adresse à Indra, et bien que le sacrifice célébré en son honneur ait été conçu d’abord uniquement, soit comme une sorte de marché conclu avec lui, soit comme un secours que le sacrifiant lui prête contre l’ennemi commun de l’homme et du dieu, — dans l’un et l’autre cas, comme un acte, à ce qu’il semble, essentiellement libre de la part de celui qui l’accomplit, — on ne saurait s’étonner que la régularité* de ce culte, justifiée, même dans l’ordre purement naturaliste, par son action supposée sur des phénomènes dont il devait assurer le retour régulier, ait introduit l’idée de loi dans la conception des rapports qu’il établit entre la terre et le ciel.

On honore Indra selon cent dhâman 111,37, 4. On l’invoque pour le dhâman régulier, c’est-à-dire pour que la loi soit observée, VIII, 52, 11. Quelque soit le rf/iâi/wni que Soma observe en coulant, c’est-à-dire peut-être, quel que soit celui des mondes où il coule, il ne le fait pas sans Indra, autrement dit, Indra en a sa part IX, (19, 6. L’auteur du vers IV, 23, 4 prie Indra de faire attention à ses r ita, c’est-àdire à ses œuvres conformes à la loi, à ses sacrifices. Le mot r ita semble désigner l’offrande elle-même au vers X, 179, 3 : « Je crois ce ri la nouveau bien cuit : bois, ô Indra, etc. ». « Que ce r ita me protège ! » lisons-nous ailleurs dans un vers adressé à Indra, VIII, 86, 15, ou encore: « Que les Çiçnadevas (démons) n’attaquent pas notre re7«/»VII, 21, 5. Au vers 1 de l’hymne I, 133 au même dieu, le prêtre se vante de brûler selon le r ila les dru/i ennemies d’Indra. C’est encore dans un hymne à Indra que le poète dit avoir reçu de son père la science du rüa VIII, 6, 10. Indra s’enivre selon le r ila X, 73, 5, il déclai'e lui-même que les prescriptions du vita le fortifient VIII, 89, 4. Les sacrificateurs honorent Indra d'une façon conforme au r ita (yitayà II, 11, 12). On le questionne sur la manière d’agir conformément au r ila VIII, 3, 14. Indra a des richesses pour celui qui est fidèle au r ita, ritdyu, I, 169, 5. L’homme dont Indra récompense la piété est aussi appelé ritapd « qui garde la loi » et r itejà « né dans l’ordre », VII, 20, 6. Il est prié de faire heureusement traverser à ses suppliants tous les dangers par le chemin du r ita X, 133, 6. Les anciens sacrificateurs, désignés par le nom d’Uçij, qu’il a secourus, reçoivent l’épithète ritajnà « qui connaît la loi » X, 104, 4.

Il est dit de ceux qui, dans son alliance, ont fendu la ca-

verne, qu’ils ont inventé le r ita X, 138, 1 , et l’œuvre conforme au r ita au milieu de laquelle, selon un vers adressé à Indra, X, 55, 7, « sont nés les dieux », est probablement aussi le sacrifice des anciens prêtres (cf. IV, 2, 17), alliés de ce dieu. Les Maruts reçoivent l’épithète ritâvridh « accru selon la loi » dans un vers où ils sont considérés comme les chantres d’Indra VIII, 78, 1. L’épithète r itâoan « fidèle à la loi » est appliquée à Soma en tant qu’il est la boisson d’Indra IX, 96, 13, coulantpour Indra IX. 110, 11. Pour Indra, Soma prend place dans la matrice du r ita IX, 12, 1 ; 64, 22, cf. I, 84, 4; IX, 8, 3. Il a été bu par Indra sur le chemin du rita VI. 44, 8. C’est avec la parole du r ita, avec une parole vraie, qu’il coule pour Indra IX, 113, 2. La prière a « brillé » pour Indra du séjour dur«7«X,lll,2.Les prières vont vers Indra et Agni sur les chemins du r ita III, 12, 7. C'est encore dans des hymnes à Indra que nous voyons la parole « à huit pieds » recevoir l’épithète rilaspriç « attachée à la loi » VIII, 65, 12, les prières briller en roulant le torrent du rita VIII, 6, 8. Adressée à Indra selon le rita VIII, 13, 26, la prière prend le nom de prière du r ita VIII, 84, 5. Les nombreuses prières du r ita retentissent pour Indra, Vâl., 4, 9. Ce dieu les appelle lui-même les « amantes » du rita qui montent jusqu’à lui VIII, 89, 5. Les prières sont peut-être aussi représentées au vers VIII, 6, 19, par ces vaches qui laissent couler pour Indra le mélange du r ita. Peut-être encore l’épouse d’Indra qui est appelée la mère ( virini ) du rita X, 86, 10, est-elle la prière. Enfin au nombre des lieux qui peuvent retenir Indra, l'auteur du vers IV, 21, 3 comprend « un séjour éloigné du r ita », c’est-à-dire sans doute la place d’un autre sacrifice. Citons encore le refrain postiche r itasya yat des vers 13, 14 et 15 de l’hymne VIII, 12 à Indra.

L’hymne IV, 23 à Indra se termine par un morceau qui rappelle le fragment déjà cité de l’hymne IV, 3 à Agni, où le r ita est célébré avec une si remarquable insistance. Ici également notre terme paraît désigner, tantôt la loi du sacrifice, tantôt celle des phénomènes célestes dont l'ordre est considéré comme réglé sur celui du sacrifice : « 8. Certes les dons (liquides) du r ita sont nombreux. La prière du r ita détruit les choses tortueuses (les tromperies). Le bruit du r ita a ouvert les oreilles sourdes... — 9. Le rita a des bases solides, de nombreuses et brillantes beautés qui le font resplendir. Par le rita, les breuvages ont coulé longtemps. Par le rita

les vaches sont entrées dans le ri ta. — 10. Celui qui a offert le vita conquiert le rita même. L’élan du r ita est rapide et va à la conquête des vaches. Pour le r ita le ciel et la terre, vastes, profonds, pour le r ita les deux vaches suprêmes donnent leur lait. »

Aux vers VI, 68, 5; VII, 85, 4 ; Val. 11, 4, Indra estinvoqué avec Varuna. Dans les deux premiers, celui qui les honore reçoit les épithètes r itâvan « fidèle à la loi », r itacit « qui fait attention à la loi » . Les sept sœurs que le troisième place dans le séjour du r ita sont sans doute les sept prières.

Dans quelques formules, le terme signifiant « loi » est construit avec un génitif désignant Indra. « Comment », dit l’auteur du vers VI, 21, 3, « les mortels réussiront-ils à ne pas violer ton clhaman? » On lit au vers VII, 23, 4, que les chantres ont atteint, c’est-à-dire ont réussi àobserver le rita d’Indra. Les sages ne violent pas ses v rata VII, 31, 11. Au vers I, 84, 12, les vaches (cf. les vers précédents) qui suivent les nombreux vrata d’Indra paraissent être les prières, cf. I, 62, 10. C’est sous le vrata d’Indra que les prières ont réjoui SomaIX,9, 5. Ce dernier exemple paraît bien prouver que la loi dont il s’agit dans les formules de ce genre n’est autre que la loi du culte du à Indra. D’après les vers I, 83, 3 ; X, 60, 4, l’homme prospère sous le vrata d’Indra. Signalons à ce propos l’épithète anyavrata « qui suit d’autres lois » appliquée à l’impie poursuivi par Indra VIII, 59, 11, à l’ennemi, tantôt terrestre, tantôt céleste , que les hymnes appellent dasyu, X, 22, 8, et ajoutons que le dasyu I, 175, 3, le démon Pipru I, 101, 2, et généralement les adversaires d’Indra I, 33, 5, reçoivent l’épithète avratau. qui n’observe pas la loi ». Elle exprime l’idée contraire à celle qu’implique l’épithète anuvrata, donnée au chantre d'Indra VIII, 13, 19, et à laquelle du reste s’oppose mieux encore le mot apavrata, comme on le voit par le vers I, 51, 9 : « Livrant à celui qui suit le vrata celui qui s’écarte du vrata ». De cette dernière formule, on peut rapprocher celle des vers 1, 51, 8 ; 132, 4 « Livre aux sacrifiants ceux qui n’observent pas 1 e vrata ». J’ai déjà eu l’occasion de citer dans le chapitre précédent le vers VIII, 86, 3 : « Que l’impie, ô Indra, qui n'observe pas le vrata, mais qui dort, périsse par l’effet de ses propres actes ! »

Passons maintenant aux textes qui semblent nous présenter Indra comme suivant des lois divines ou présidant à leur exécution. Ce dieu ne viole pas le dhâman des dieux et parti-

culièrement des /Idityas X 48,' 11, et frappe au contraire ceux qui violent le clhàman de Mitra et Varuna X, 89, 8. Il reçoit l’épithète dhâmasac « qui suit la loi » III, 51, 2. Il règne sur les dharman I, 55, 3. Au vers II, 13, 7, le mot dharman peut être pris encore au sens étymologique : « Tu as soutenu entretenu) les rivières, etc., par un soutien, dhar manà. » Une interprétation du même genre semble possible pour l’instrumental dharmanà dans des formules exprimant la force d’Indra X, 44, 1, la solidité de ses coupes (les mondes?) X, 44, 5. On pourrait cependant aussi dans ces trois passages, comme dans beaucoup d’autres cités plus haut, lui donner le sens de « selon la loi ». En fait, l’action exercée par Indra sur les phénomènes célestes est quelquefois, sans contestation possible, ramenée à l'idée de loi. Cette idée pourrait être rapportée aux fonctions spéciales d’Agni et de Brihaspati quand elle se rencontre dans des formules où Indra forme couple avec l’un de ces dieux : « Les eaux ne violent pas votre vrata » II, 24, 12; — «Les rivières suivent le vrala d’Indra et d’Agni quand ils les ont délivrées » VIII, 40, 8. Mais on la trouve aussi dans des textes où Indra figure seul. Les rivières ne violent pas les mata d'Indra VII, 47, 31 2. Le ciel, la terre, les montagnes sont soumises à son vrala III, 30, 4. Remarquons à ce propos que l’épithète avrata, appliquée aux démons qu’Indra soumet à Manu en même temps que la peau noire, I, 130, 8, c’est-à-dire le nuage qui retient la pluie ou l’obscurité qui cache le soleil, introduit également l’idée de loi dans la conception des œuvres naturalistes d’Indra. On peut rapprocher de ce passage le vers IX, 73, 5, où il est dit des Somas ou des prêtres de Soma, d’une part qu’ils brûlent ceux qui n’observent pas la loi (avrata), de l’autre qu’ils font disparaître du ciel la peau noire odieuse à Indra. C’est enfin dans un vers à Indra que l’obscurité qui cache le soleil est appelée apavrata « contraire à la loi » V, 40, 6. Indra, de son côté, est compris dans l’énumération des dieux qui ne violent pas le mata de Savitri II, 38, 9 a. — Le même dieu reçoit, non-seulement dans les textes

1. Il n’est pas impossible que le vers I, 62, 10 comparé plus haut au vers I, 84, 12, comme pouvant être rapporte aux prières, doive plutôt l’être aux eaux.

2. L'épithète vivrata appliquée à ses hari (chevaux bais) X, 23, 1. à ses deux hari I, 63, 2; VIII, 12, 15; X, 49, 2; 105, 2, cf. 4, parait signifier qu'ils sont soumis à des vrata différents, c’est-à-dire peut-être, d’une part à la loi

où il forme couple avec Agni l'épithète riuivridh « accru selon la loi » VI, 59, 4, mais dans les vers où il est nommé seul celles de r itàvan « fidèle à la loi » III, 53, 8, de r ilayu (même sens), VIII, 59, 10, de ritajnd « qui connaît la loi » IV, 19, 7, à moins que cette dernière ne doive être rapportée aux eaux qu’Indra fait jaillir en abondance. Il a fait prendre aux eaux le chemin du rita VIII, 12, 3. Il a donné les vaches cachées pour le rita, c’est-à-dire pour que la loi s'accomplît I, 121, 4. Au vers X, 43, 9, la « bonne laitière » du rita est sans doute aussi la vache qu’il fait reparaître. Il a annoncé ses bienfaits selon le rita quand il a ouvert les portes (célestes) III, 31, 21. Les eaux qui, d’après le vers X, 139, 4, se sont écoulées selon le rita, paraissent avoir été conquises par Indra. Citons encore pour ne rien omettre le vers 3 de l’hymne I, 132 à Indra, où le mot rita est employé dans une formule obscure.

J’ai réservé les textes où Indra est nommé avec Varuna. Quand on a remarqué au vers VII, 83, 9 l’opposition des œuvres attribuées à ces deux divinités, dont l’une tue les démons ou les ennemis, tandis que l’autre garde les vrata, on est naturellement conduit à voir dans une expression comme celle qui au vers VI, 68, 2, est appliquée au couple « Tueurs d’ennemis selon le rita, » la confusion de deux traits dont chacun n’appartient en propre qu’à l’un des deux personnages. De même, quand l’épithète dhritavrata « qui maintient le vrata » est donnée au couple Indra et Varuna VI, 68, 10, on peut dire que c’est le second de ces dieux (auquel, comme nous le verrons, elle est tout spécialement attribuée), qui la communique accidentellement à son compagnon. Il est vrai qu'Indra la reçoit aussi dans des passages où il figure seul VI, 19, 5; VIII, 86, 11. Mais il ne faut pas oublier qu’il a hérité en effet, dans une certaine mesure, des attributs de Varuna. Je dois rappeler à ce propos le vers 4 de l’hymne IV, 42 où Indra dit en s’identifiant à Varuna : «. J’ai fait jaillir les eaux en abondance; j’ai soutenu le ciel dans le séjour du rita, selon le rita, moi, fils d’Aditi, fidèle au rita, et le triple monde, la terre, se sont étendus. » Il

céleste, de l’autre a la loi du sacrifice terrestre. C’est ainsi qu’au vers X, 55, 3, l’épithète vivrata, jointe à celle de sartipa, indique que l'éclat trentequatre lois répété du dieu omniprésent (Agni ou Soma) est, quoique homogène, soumis à des lois diverses, correspondant à une autre division du monde.

n’est donc pas déraisonnable d'expliquer par la substitution d’Indra à Varuna, par la communication des attributs du second au premier, non-seulement l’application faite à celuici de l’épithète dhvilavrata, mais les autres formules qui introduisent l’idée de loi dans la conception de son action divine. Les textes où nous les avons rencontrées paraissent en effet très-peu nombreux, si l’on tient compte, d’un côté, du nombre des hymnes adressés à Indra, de l’autre, de la place qu’occupe la même idée dans la partie, beaucoup moins considérable, du recueil des hymnes, qui est consacrée à Varuna et aux Adityas.

Mais l’argument décisif en faveur de l’introduction tardive de l’idée de loi dans le mythe d’Indra, c’est que l’opposition signalée entre le caractère de ce dieu et celui des dieux souverains, opposition qui se traduit même à l’occasion par une hostilité effective, est aussi expressément marquée par l’attitude que prend quelquefois Indra vis-à-vis de ces lois dont la garde est, comme nons le verrons tout à l’heure, confiée tout particulièrement à ses rivaux. Indra, célébré parles Awgiras, a violé les vrata du grand océan, X, 111,4, c’est-à-dire qu’il a fait couler les eaux, en dépit des lois qui les retenaient captives. S’il est dit également des dieux en général qu’ils ont fait couler les eaux en se plaçant au-dessus des vrala X, 66, 9, c’est que leur œuvre est alors sans doute assimilée à celle des sacrificateurs mythiques, et par suite à celle d’Indra lui-même, d’Indra qui,« dans l’ivresse du Soma, brille parmi les dieux, en se plaçant au-dessus de tous les vrata » VIII, 32, 28. Il est vrai que d’après le vers VIII, 1, 27, c’est selon les vrata qu’Indra jouit de sa supériorité, comme c’est dans le ri ta, en accomplissant le rit a, qu’il a triomphé des màyâ du septième frère (Varuna, cf. p. 83, 149) X, 99, 2. Mais ces vrata d’Indra, que les dieux ne violent pas III, 32, 8, semblent être les lois nouvelles, par opposition aux lois anciennes des Adityas. On a pu dire en ce sens que Varuna est sous le vrata d’Indra, en même temps que le soleil, en même temps aussi que les rivières suivent le vrala d’Indra I, 101, 3. Peut-être cette opposition des vrata d’Indra et de ceux des Adityas correspond-elle à une opposition des lois du culte et des lois des phénomènes célestes, dans la conception qui envisage le sacrifice comme une violence faite par la terre au ciel, violence dont Indra, le dieu secourable par excellence, est complice! Ainsi s’expliquerait le vers III, 60, 6

adressé à Indra : « Ces étables » (les étables des vaches célestes) t’ont cédé ; les vrata des dieux t’ont cédé par l’effet des dharman de Manus (ou de l’homme). Au vers VII, 83, 9, Varuna est opposé, comme gardant les vrata, au dieu qui tue les vritra ou les ennemis, c’est-à-dire à Indra.

Le nombre des textes qui intéressent les Açvins, ces divinités essentiellement bienfaisantes comme Indra, à l’idée de loi, est insignifiant en raison du nombre et de l’importance relativement considérable des hymnes qui leur sont adressés. Ceux mêmes qui ne font que mentionner la fidélité de leurs suppliants ou de leurs favoris à la loi, sont rares. Je n’ai à citer dans cet ordre d’idées que l’emploi des épithètes suvrata au vers I, 180, G, anuvrata au vers I, 34, 4, ritàyat au vers VIII, 62, 1 , l’application de cette dernière au sacrificateur mythique Dadhyauc I, 117, 22, celle de r itajur « vieilli dans la loi, dans l’observation de la loi » à. Atri X, 143, 1, la mention du suppliant du r il a (probablement Agni) au vers IV, 44, 3, celles des prières adressées selon le r ita III, 58, 2 aux Açvins, qui, d’après le vers I, 46, 14, aiment les rila, enfin les formules qui les invitent à venir par les chemins du rila VIII, 22, 7, portés par les ailes du r ita, VIII, 8, 23, c’est-à-dire attirés par le sacrifice conforme à la loi. Les Açvins reçoivent l’épithète clliannavat «. fidèle à la loi » VIII, 35, 13. Au vers I, 183, 3, leur char, roulant selon les vrata , pourrait n’ètre autre que le sacrifice, aussi bien que le char « né dans l’ordre », ritajd , et mis en mouvement par les pierres, dont il est question au vers III, 58, 8. Cependant c’est bien à la loi des phénomènes célestes que le terme ri ta doit être rapporté au vers 10 de l’hymne I, 34 aux Açvins : « Savitri envoie votre charavant l’aurore pour le rila », c’està-dire « pour que la loi s’accomplisse ». On donne l’épithète ritayuj « attelé selon le r ita » aux chevaux des Açvins VII, 71, 3, et aux Açvins eux-mêmes celles de ritàvvidh « accru selon le rita » I, 47, 1 ; 3 et 5 et de r itapsu « ayant l’apparence du rila » (cf. le soleil, face du rita, VI, 51, 1) I, 180, 3. Ils reçoivent aussi celle de çucivrata « dont les lois, ou les œuvres conformes à la loi, sont brillantes » 1,15,11; 182, 1. Enfin le terme rita paraît leur être appliqué comme adjectif au vers X, 106, 5.

Je signalerai également pour mémoire les textes où l’un de nos quatre termes est rapproché du nom de quelqu’une des divinités secondaires qui ne paraissent pas rentrer dans la

catégorie des dieux souverains. C’est selon le dharman que le Soma pénètre en Vàyu IX, 25, 2 ; 63, 22, quand il le boit. Les suppliants du même dieu, ou leurs prières, reçoivent au vers V, 41 , 6 l’épithète ritasap « qui observe la loi ». Vàyu luimême protège selon le dharman I, 134, 5; il est le maître du ri ta VIII, 26, 21. Le vent, sous son autre nom de vàla, est appelé le premier-né, fidèle à la loi, r itàvan X, 168, 3. Après Vàyu, personnification du vent, citons Sûrya, personnification du soleil. Les hommes célèbrent le r ila en son honneur X, 37, 1. Les autres personnages divins qu'il me reste à citer sont dans une large mesure assimilés à Agni ou à Soma. Vishnu maintient ( dhàrayan ) le dharman en qualité de gardien infaillible, I, 22, 18 ; il surveille les vrata, c’est-à-dire l’exécution des lois, ibid 19. On l’appelle le fœtus du rita I, 156, 3 comme Agni ou Soma. Il donne au sacrifiant sa part du rita, ibid. 5, c’est-à-dire des récompenses conformes à la loi. Les suppliants de Pùshan espèrent ne subir aucun dommage sous son vrata VI, 54, 9, et ils le prient de se faire le cocher de leur r ila VI, 55, 1, c’est-à-dire, à ce qu’il semble, de porter aux dieux leur sacrifice, comme pourrait le faire Agni lui-même. Dadhikrâvan enfin reçoit l’épithète r itàvan « fidèle à la loi » IV, 38, 7, et on lui fait cette prière analogue à celle que nous venons de voir adressée à Pùshan, VII, 44, 5: a Que Dadhikrâvan oigne notre chemin (le chemin de notre sacrifice), pour que nous suivions le chemin du r ila! »

SECTION V

l’idée DE LOI DANS LE CULTE ET DA.NS LE MYTHE DES DIEUX SOUVERAINS AUTRES QUE LES 4DITYAS.

Passons maintenant aux dieux souverains, et à ceux qui participent accidentellement de leur caractère, comme les Maruts.

Sur Rudra, père des Maruts, je n’ai à citer outre un texte assez obscur, VIII, 13, 20, où je crois comprendre que l’esprit de Rudra veille sous les lois, dans l’observation des lois anciennes, que le vers VII, 36, 5, d’après lequel ses suppliants l’honorent « dans, selon, leur dhàman du rita ». Les Maruts, ses fils, donnent, comme les Somas, une protec-

tion sûre à celui qui suit le rita X, 78, 2. « Prenez connaissance de mes rita », leur dit l’auteur du vers I, 165, 13. Ils satisfont eux-mêmes le désir du prêtre selon les dhâman I, 85, 11. Dans le sein de Priçni leur mère, ils maintiennent, dhàrayanle, tous les vrala (cf. le composé dhritavrata ) VIII, 83, 2. Ils reçoivent l’épithète dhunivrata V, 58, 2; 87,1, qui paraît signifier que la loi de leur nature est d’être impétueux. On leur applique aussi celle de r itajâta « né dans l’ordre » III, 54, 13 ; V, 61, 14, celle de vilâvvidh I, 44, 14, expliquée tout particulièrement pour eux par la formule du vers II, 34, 13 « Ils ont grandi dans les demeures du rita », celles enfin de vitajnà « qui connaît le rita V, 57, 8, vitasap « qui observe le rita » VII, 56, 12, ritâyu « fidèle au rita » V, 54, 12. Les Maruts font couler l’offrande sur le lieu du rita IX, 34, 5. Le mot rita prend un sens moral au vers IV, 3, 8, où l’on demande à Agni comment il rendra compte aux Maruts des actions des hommes « pour que 4e rita s’accomplisse » .

Au vers III, 38, 6, le poète déclare avoir vules Gandharvas dans le vrala, c’est-à-dire occupés à l’exécution de la loi. Il est question ailleurs du chemin « Gandharvien » du rita X, 80, 6.

Le mot rita désigne le sacrifice de l’homme dans cette prière à Parjanya : VII, 101, 6. « Que ce rita me protège pour que je vive cent ans! » D’après le vers V, 83, 5, la terre, les animaux, les plantes sont sous 1 & vrala du même dieu.

Le dieu ka ou Prajûpati, dont le nom paraît avoir appartenu d’abord à Savitri (voir plus haut, p. 40) reçoit l’épithète satyadharman « dont la loi s’accomplit » X, 121, 9.

Je mentionne aussi en passant le vers VII, 34, 17, formule de déprécation adressée à Ahi Budhnya en faveur de celui qui est fidèle à la loi, ritâyu.

Tvashtri reçoit l’épithète rilâvan « fidèle à la loi » III, 54, 12. Avec la forme bienveillante du même dieu, c’est-à-dire Savitri, nous nous rapprochons des Adityas, et nous abordons décidément la série des divinités augustes à l’opération desquelles l’idée de loi a été le plus fréquemment, et sans doute aussi le plus anciennement attachée. Les hymnes et les vers isolés adressés à Savitri, quoique fort peu nombreux, vont fournir un appoint notable à cette longue énumération. Et je n’entends pas par là des passages où le dieu paraîtrait simplement s’intéresser à l’observation de la loi par son suppliant,

comme le vers VII, 38, 2: « Lève-toi, ô Savitri, écoute, ô toi qui a des mains d’or, quand je t’offre ce r ita. » C’est des lois célestes, et particulièrement des lois de Savitri lui-même, qu’il s’agira dans les citations qui vont suivre.

On a déjà vu que le soleil, en tant que ne violant pas le d/iàman commun, est assimilé à Savitri VII, 63, 3. Le même dieu est prié, en même temps que Soma et Agni, de purifier ses suppliants selon les trois dhàman IX, 67, 26. Il est invité à mettre en mouvement selon le dharman les pierres à presser X, 175, 1 et 4, probablement les pierres du sacrifice qu'il accomplit lui-même dans le ciel. C’est à ce même sacrifice que fait allusion le vers IV, 53, 3, « Le dieu fait entendre un chant pour son dharman », c’est-à-dire « pour que sa loi, l’oeuvre conforme à sa loi, s’accomplisse ». Il devient Mitra selon les dharman V, 81, 4, et c’est selon son dharman qu’est né son propre oiseau, Garutmaut X, 149, 3. Savitri reçoit l’épithète satyadharman « dont la loi s’accomplit » X, 34, 8; 139, 3, et celle de dkrilavrata « qui maintient la loi » IV, 53, 4. Comme il purifie selon les trois dhàman, il garde selon les trois vrata IV, 53, 5. Infaillible, observant les êtres, il garde les vrata, ibid., 4. Nul ne viole ses vrata X, 10, 5. D’après le vers 9 de l’hymne II, 38, ils ne sont violés, ni par Indra, ni par les trois Adityas, ni par Rudra. Le même hymne nous montre ce qu’il faut entendre par les lois de Savitri. Les eaux se soumettent à son vrata (2). C’est selon son vrata que la nuit vient (3), et que chacun abandonne l’œuvre commencée (6). Une énumération des séjours assignés aux différents êtres, poissons, oiseaux, est suivie au vers 7 de la formule : « Nul ne viole les vrata du dieu Savitri. » Les vrata de Savitri, objets des désirs des hommes I, 22,6, sont sans doute les œuvres qu’il accomplit selon sa loi. Une nouvelle allusion à son sacrifice céleste se rencontre au vers VIII, 75, 5 : « Savitri déploie son zèle selon le rita : la corne (le sommet) dur ita s’est étendue au loin ; le r ita triomphe même de combattants redoutables. » Au vers II, 30, 1, l’écoulement des eaux est rapporté à la fois à l’opération de Savitri et à celle d’Indra. Mais tandis que ce dernier y reçoit la qualification de « meurtrier du serpent », Savitri y est présenté comme « faisant le rita ». Nous retrouvons donc ici de nouveau bien marquée l’opposition du dieu guerrier et du dieu souverain.

Avant de passer aux .ldityas, par lesquels il importe de

clore cette éuumération, je citerai les textes concernant les dieux eu général, et le ciel et la terre, père et mère de tous les dieux. L’assimilation fréquente des dieux réunis en troupe aux Adityas d’une part, la conception qui fait du ciel l’un des prototypes des dieux souverains de l’autre, nous autorisent, ce me semble, à leur assigner cette place. Nous commencerons par ceux où figurent le ciel et la terre.

L'auteur du vers VII, 53, 2 invite ses compagnons à appeler le ciel et la terre, distingués ici des mondes matériels, dans le séjour du rit a. Leur suppliant se donne l’épithète ritàyat « agissant selon la loi » II, 32, 1 ; il les invoque selon le r ita I, 185, 6 ; il leur offre le r ita V, 59, 1. En revanche, celui qui les honore obtient une nombreuse postérité selon le dharman VI, 70, 3. Ils doivent l’écouter les premiers selon le r ita X, 12, 1. Au vers X, 66, 4, le « grand r ita » personnifié est invoqué avec le ciel et la terre.

Agniorne, c’est-à-dire observe, le vrala des dieux I, 31,2; il connaît les vrata divins I, 70, 2. Les sacrificateurs mythiques réunis aux dieux ne violent pas leur vrata VII, 76, 5. Le sacrificateur actuel déclare aussi qu’il observe (liltér. orne) les vrala des dieux, III, 55, 1. Agni est prié de réparer les fautes que commettent les hommes en violant dans le sacrifice les vrala des dieux X, 2, 4. Le flot du Soma appelle les dieux du haut du ciel selon le r ita IX, 80, 1. Ils prêtent attention au r ita de l’homme VII, 7, 6. Ils ont pris plaisir au sàman (chant) du r ita I, 147, 1. Dans un vers adressé à tous les dieux, I, 90, 6, nous lisons que les rivières coulent pour celui qui agit selon le r ila. La même qualification est donnée à celui dans la maison duquel Agni sait amener les dieux

IV, 8, 3. Leur suppliant reçoit encore X, 64, 16, ou prend lui-même l’épithète ritajnâ « qui connaît la loi » X, 65, 3. Les dieux ne sont pas les amis de celui qui se fatigue dans le r ita, IV, 33, 11, c’est-à-dire qui se lasse d’observer la loi. C’est par le chemin du r ita qu’il faut les honorer pour acquérir la richesse X, 31, 2. On leur demande la richesse gardienne du grand r ita VI, 49, 15, c’est-à-dire peut-être les ressources nécessaires pour accomplir le sacrifice selon la loi. Deux de nos termes sont combinés dans la formule du vers IV, 7, 7, « Les dieux ont pris plaisir au dhâman du r ita » (cf. plus haut, I, 147, 1, au s aman du r ila). Signalons encore le rapprochement au vers

V, 51, 2, des épithètes r itadhiti « faisant les prières de la

loi » et satyadharman « dont les lois s’accomplissent », appliquées aux dieux.

Dans les passages suivants, il s’agit des lois observées dans le ciel. On lit au vers I, 22, 16 : « Que les dieux nous protègent du lieu d’où Vishwu est parti pour faire ses (trois) pas (c’est-à-dire du ciel), et de la terre^ selon les sept dhàman. » Les dieux reçoivent l’épithète priyavrata « qui aime les lois » X, 150, 3. Ils ont eux-mêmes suivi les vrata des dieux III, 7, 7. Nul ne peut, eût-il cent souffles (cent vies), vivre contre le vrata des dieux X, 33, 9. Les lois des dieux sont celles auxquelles obéit l’aurore aux vers I, 92, 12; 124, 2, où il est dit de ce phénomène qu’il ne viole pas les vrata divins. Les premiers vrata durables des dieux, que ne violent ni les sages, ni les rusés III, 56, 1, sont aussi les lois naturelles comme le montre la suite du vers : « Ni les deux mondes, ni les montagnes ne peuvent être ébranlées. » Les vrata vénérables que les dieux répandent sur la terre en faisant monter le soleil dans le ciel, X, 65, 11, sont-ils les phénomènes de la lumière obéissant à la loi? Signalons encore le vers III, 54, 5, portant que les demeures inférieures des dieux sont soumises à des vrata secrets. — Les dieux font couler les flots du ri ta VII, 43, 4. Les troupes du r ita auxquelles les Maruts adressent leurs hymnes de louange VIII, 7, 21, ne peuvent être que les dieux. On donne, en particulier, aux dieux des champs honorés dans l’hymne IV, 57, le nom de maîtres du r ita (2). Les dieux en général, désignés ou non par l’appellation de Viçve devas, reçoivent l’épithète vitàvridh « qui a grandi selon la loi » aux vers I, 14, 7 ; VI, 15, 18 ; 50, 14 ; 52, 10 ; 75, 10; IX, 42, 5; 102, 6 ; X, 65, 7; 66, 1, et au vers X, 65, 3 où leur suppliant reçoit en même temps celle de ritajnâ « qui connaît la loi », Cette dernière leur est appliquée aux vers VII, 35, 15; 38, 8; X, 65, 14, ainsi que celle de rilasap « qui observe la loi » au vers VI, 21, 11. L’épithète r itadhîti qui leur est donnée au vers IV, 55, 2, les assimile à des sacrificateurs, si elle doit être prise dans son sens ordinaire « qui fait les prières du r ita ». Elle est accompagnée au vers V, 51, 2 de celle de satyadharman, dont les dharman s’accomplissent ». Celle de rilasap a qui observe la loi » est au vers X, 66, 8 accompagnée de la qualification de dhritavrata « qui maintient la loi ». Nous retrouvons une combinaison de deux termes dans la formule du vers I. 65, 3 : « Les dieux ont suivi les vrata du r ita. »

SECTION VI

l’idée de loi dans le mythe des Adityas.

Nous arrivons enfin aux .ldityas. Le vers VII, 61,4 renferme une exhortation à célébrer le dhàman de Mitra et Varuna, VII, 61, 4. Ces deux divinités protègent selon les dhàman X, 93, 6. Indra ne viole pas le dhàman des ldityas X, 48, 1 1 . L’application du mot dhàman aux lois naturelles ressort clairement de cette formule : I, 123, 8. « Semblables aujourd’hui, semblables demain, les aurores suivent le dhàman durable de Varuna. »

Le même mot paraît au contraire prendre un sens moral au vers X, 10, 6 où Yama, repoussant les propositions incestueuses de sa sœur Yami, lui dit : « Le dhàman de Mitra et Varuna est grand. »

Celui qui honore Mitra et Varuna VIII, 27, 16, le mortel qu’ils conduisent X, 63, 13, obtient une nombreuse postérité selon le dharman. C’est selon les dharman de Mitra que Vishnu a fait ses trois pas pour Indra, Vâl, 4, 3. On peut rapprocher de ce passage celui d’après lequel Savitri devient Mitra selon les dharman V, 81, 4. Le mot dharman peut être pris rigoureusement au sens étymologique dans cette formule : VI, 70, 1 . « Le ciel et la terre séparés et étayés par le dharman de Varuna », c’est-à-dire « par l’acte de Varuna qui consiste à les soutenir ». Au vers X, 167, 3, le parallélisme de la locution brihaspateh... çarmani « sous la protection de Brihaspati » doit nous déterminer à donner un sens analogue à la formule : « Sous le dharman du roi Sonia, de Varuna. »

Mitra et Varuna reçoivent l'épithète çucivrata « dont les lois, ou les œuvres conformes à la loi, sont brillantes » III. 62, 17 ; VI, 16, 24, Varuna celle de mahivrata « dont les lois, ou les œuvres conformes à la loi, sont grandes » VI, 68, 9. La qualification beaucoup plus caractéristique de dhvitavrata « qui maintient la loi » est donnée aux Adityas, II, 29, 1, à Mitra et Varuna, I, 15, 6 ; VIII, 25; 2 et 8, mais surtout à Varuna I, 25, 8 et 10; 44, 14; 141, 9;

II, 1, 4; VIII, 27, 3; X, 66, 5. Le groupe entier des /ldityas paraît désigné au vers VI, 49, 1 en même temps que

Mitra et Varuna par l’expression janam suvralam « race qui a de bonnes lois ». Les dons célestes de Mitra reçoivent l’épithète ishtnvrata « dont les lois sont désirées » III, 59, 9. Varuna et Mitra, joints à Savitri, suivent le vrala quand ils font monter le soleil dans le ciel, IV, 13, 2. « Où sont allés pendant le jour », lisons-nous au vers I, 24, 10, « ces ours (les étoiles delà grande ourse), qu’on aperçoit la nuit placés là-haut? Les vrala de Varuna sont immuables 1 ; la lune s’avance brillante pendant la nuit. » Les vrala de Varuna, ses œuvres conformes à la loi, sont ainsi énumérées ailleurs : VIII, 42, 1. « L’Asura qui sait tout a étayé le ciel ; il a mesuré l’espace de la terre; il s’est établi sur tous les mondes comme roi universel : tous ces vrala sont ceux de Varuna. » C’est selon son vrala que les amantes (les prières) ont accru, c’est-à-dire honoré, ou mieux, fait apparaître, les trois aurores VIII, 41, 3. On peut citer encore parmi les applications naturalistes du terme vrala l’emploi qui en est fait dans un passage où il s’agit d’Agni, mais d’Agni représentant le soleil ou l’éclair en même temps que le feu du sacrifice : III, 55, 6. « Le veau unique, à deux mères, (d’abord) gisant là-haut, s’avance débarrassé de ses liens : tels sont les vrala de Mitra et Varuna. » Si dans ce dernier texte, comme dans tel autre des précédents, l’accomplissement de la loi se trouve être en même temps la réalisation des vœux de l’homme par la manifestation de l’élément mâle des phénomènes célestes à laquelle est lié le retour de la lumière ou la chute de la pluie, il en est autrement au vers IX, 73, 3, « Leur père antique (le père des Somas) garde le vrala: Varuna a caché la grande mer » (voir plus haut, p. 128). — Les trois vrala que le vers II, 27, 8, rattache à 1’ « assemblée » des Adityas, paraissent correspondre aux trois mondes où leur loi est observée, soit par eux-mèmes, soit par leurs suppliants. C’est selon le vrala que Mitra et Varuna gardent leur pouvoir royal V, 69, 1. — Les formules portant que Varuna VII, 83, 9, que les Adityas I, 90,2; VIII, 56, 13, gardent les vrala peuvent s’entendre en ce sens qu'ils les observent, comme le prouve cette autre formule du vers V, 67, 3, Ils suivent les vrala comme avec le pied », c’est-à-dire « comme on suit un chemin ». Les trois Adityas sont même nommés

Adabdlia, littéralement « qu'on ne peut tromper » (voir plus haut, [). 181)

Bergaigne, Dieux souverains.

dans une énumération de dieux qui suivent le mata de Savitri II, 38, 9. Mais il est dit aussi que les Adityas sont les maîtres du mata immuable, VII, 66, 6. Les dieux ne violent pas les mata durables de Mitra et Varuna, V, 69, 4. Tous les dieux sont sous le mata de Mitra et Varuna en même temps que sous celui de Savitri, X, 36, 13. Ils suivent le mata de Varuna, VIII, 41, 7. L’idée que les mata de V aruna sont immuables, III, 54, 8, est exprimée sous une forme pittoresque au vers 8 do l’hymne II, 28, adressé à ce dieu : « Les mata inébranlables reposent sur toi comme sur une montagne. » On remarquera le vers V, 66, 2, où la royauté de Mitra et Varuna est comparée à la royauté humaine avec ses mata 1 : il suggère naturellement un rapprochement des lois humaines et des lois divines. Signalons encore un emploi, resté pour nous obscur, du mot mata dans un vers où sont nommés Mitra et Varuna, X, 64, 5. On dit aussi « le mata, le long, c’est-à-dire le durable mata, d’Aditi » I, 166, 12, et la mère des Adityas est au vers VII, 35, 9, invoquée en compagnie des mata 1 2.

Le dernier exemple que j’aie à signaler du mot r ita avec la fonction d’adjectif est celui du vers VI, 67, 4, où j’en fais, non comme MM. Roth et Grassmann un féminin se rapportant à Aditi, mais un duel que j’applique à Mitra et Varuna. Les Adityas, VII, 66, 10, cf. VII, 82, 10, et particulièrement Mitra et Varuna II, 41, 4 ; III, 62, 18 ; VII, 66, 19, reçoivent l’épithète vitâvridh dont l’interprétation dans le sens de « grandi dans la loi, dans le séjour, et par suite dans l’observation de la loi » est confirmée par le vers VII, 60, 5 où il est dit que les fils d’Aditi ont grandi dans la demeure du r ita, et aussi par cette autre formule X, 85, 1 : « C’est par le r ita que subsistent les /ldityas. » L’épithète ritaspriç « attaché à la loi » est jointe à la précédente dans une formule qui insiste encore sur l'idée au moyen de l’instrumental r itena : I, 2, 8. « Mitra et Varuna, grandis dans le r ita selon le r ita, attachés au r ita ». On peut rapprocher de cette formule celle du versl, 23,5, où l’épithète ritaspriç est remplacée par un second emploi du mot r ita lui-même : « Grandis dans le r ita selon le rita, maîtres du rita, de la lu-

1. Vrateva mdnusham. Sur cette construction, voir Revue critique , 1875, II, p. 376.

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