‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 5 sur 83 · Cf. T. Br. III · texte numérisé non relu

Cf. T. Br. III

Indra, sont des détails qui suggèrent inévitablement l’idée de l’assaut donné par ce dieu à l’étable ou à la caverne céleste. Quant aux « têtes de chevaux » qui lui sont apportées comme tribut, elles rappellent immédiatement la tête de cheval, identique au Sonia céleste, qui figure dans le mythe des Açvins et de Dadhyanc, et qu’Indra a trouvée chez l’archer I, 84, 14, c’est-à-dire chez un gardien céleste du Soma, dont l’attitude, comme nous le verrons plus loin, est souvent hostile. Ici, il ne s’agit que d’ennemis soumis , mais toujours en définitive d’ennemis. Les tributaires d’Indra reçoivent, outre les noms de Çigrus et de Yakshus celui d’Ajas. Je n’insiste pas sur le mot Çigru, quoique l’emploi de la racine çinj au vers I, 164, 29, suggère aussi pour lui la possibilité d’une interprétation mythologique. Mais le nom de yakshu ne peut être rapproché que de celui de yaksha, désignant des démons que l’épithète yakshin, donnée à Varuna VII, 88, 6, nous montre soumis à ce dieu.

Il est naturel de supposer un rapport analogue entre les Ajas et le « non né » auquel Varuna est, ainsi que nous l'avons vu, comparé ou assimilé. Nous aurions donc ici une trace du caractère équivoque qui aurait été attribué à ce personnage comme à la plupart des autres formes du père. Enfin, l’attribution à Indra du nom d’Aja des eaux que j’ai signalée en commençant, serait un premier exemple du fait que nous aurons à constater plus loin, à savoir l’usurpation par le dieu guerrier des titres, et même du nom, des dieux souverains qu'il a vaincus, ou du moins réduits à reconnaître sa suprématie.

Un autre indice du caractère équivoque d’Aja Ekapâd peut être cherché dans le rapprochement qui est fait de son nom et de celui d’Ahi Budhnya, dans cinq des six passages où il se rencontre sous cette forme complète, et qui sont précisément les cinq derniers cités.

Ce n’est pas que ce nouveau personnage, qu’on rencontre encore dans d’autres énumérations I, 186, 5; IV, 55, 6; 49, 14; VII, 38, 5; X, 92, 12, et dont le nom est en quelque sorte commenté aux vers X, 93, 5 (Ahi Budhnya dans les fonds, budhneshu), et VII, 34, 16, cf. 17 (Ahi Budhnya né des eaux, au fond budhne des rivières) ; ce n’est pas, dis-je, que ce « serpent habitant le fond (du ciel) » affecte, dans les passages où il est invoqué comme une divinité, un caractère particulièrement malveillant. Car

la formule de déprécation répétée aux vers V, 41, 16 et VII, 34, 17 : « Qu’Ahi Budhnya ne nous fasse pas éprouver de dommage, » est trop banale pour être bien significative. Mais il faut rappeler qu’Ahi est en outre le nom du serpent voleur des eaux, et bien qu'il puisse encore désigner Agni ou Soma auxquels les démons du reste sont aussi assimilés, la désignation par le même nom d’un démon combattu par Indra et d’un dieu invoqué dans plusieurs passages des hymnes, paraît suffire pour imprimer à ce dernier un caractère équivoque. Ce serait une nouvelle raison d’attribuer le même caractère à Aja Ekapàd, presque toujours nommé avec lui.

SECTION IV PARJANYA

Parjanya est incontestablement dans la mythologie védique l’une des formes du dieu père. Tel serait, si le caractère commun de divinité de l’orage avait, pour le rapprochement de deux personnages mythologiques, autant d’importance que lui en accordent certains interprètes, le fondement essentiel de la différence qui subsiste en tout cas, ainsi que l’a reconnu M. Biihler, ( Orient und Occident, I, p. 229), entre lui et Indra.

L’auteur du vers V, 83, 6 l’appelle « notre père Asura. » Il est particulièrement le père de Soma représenté au vers IX, 82, 3 comme le taureau ailé qui a fixé son séjour terrestre sur les montagnes. La même idée est exprimée en d’autres termes aux vers V, 83, 1; VII, 101, 1, portant que le taureau (Parjany al dépose sa semence dans les plantes où elle devient un fœtus, qu’il fait un veau qui est le fœtus des plantes (ef. VII, 102, 2). Il n’y a pas de raison d’interpréter autrement le vers V, 83, 7 où il est dit simplement que Parjanya forme un fœtus. On peut croire aussi qu’en parlant des plantes qui sont sous la loi V, 83, 5, qu’il engendre ibid, 10, qui s’élèvent lorsqu’il verse sa semence sur la terre ibid, 4, qu’il fait croître, VII, 101, 2, cf. 5, les poètes ont surtout en vue celles d’où l’on tire, soit le Soma, soit le feu auquel le Soma est identique dans le ciel. La flèche divine appelée au vers VI, 75, 15 la « semence de Parjanya» n’est autre que le Soma identifié à l’éclair. Si Parjanya n’est pas nommé ex-

pressément le père d’Agni comme de Soma, sa qualité de père ( littéralement « formant un fœtus ») est du moins relevée dans un passage où il est invoqué avec lui, VI, 52, 16.

Le père est souvent considéré comme hermaphrodite. Ce trait ne manque pas non plus au mythe de Parjanya. Au vers 1 de l’hymne VII, 101, la mamelle répandant une douce liqueur et traite par les « trois paroles » est évidemment celle de ce dieu, du taureau dont le veau, d’après le second hémistiche du même vers, est le fœtus des plantes. Cette interprétation est mise hors de doute par le vers 3 du même hymne. A la vérité nous y trouvons mentionnée la mère en même temps que le père, mais c’est certainement de celui-ci, qu’il est dit au premier pâda: «Tantôt il est stérile (féminin), tantôt il enfante. » La preuve en est dans le second pàda où est employé le pronom masculin : « Il fait de son corps tout ce qu’il veut, » et dans le troisième, c’est-à-dire dans celui même où est nommée la mère : « La mère reçoit le lait

du père '. » Bien entendu le lait du père est ce qui dans d’autres textes est plus naturellement nommé sa semence. Mais il n’en reste pas moins ce fait que le père, que Parjanya, est dans le passage en question assimilé à une femelle, si bizarre que soit cette assimilation introduite précisément dans la description de ses rapports avec la mère.

Une telle conception n’est d’ailleurs pas isolée dans la mythologie védique. .On sait que le ciel et la terre, père et mère de toutes choses, sont souvent considérés comme deux femelles. Or la mère, dans le texte en question, paraît représenter la terre que Par janya arrose de sa semence V, 83, 4. Quant à Parjanya, si l’on ne peut dire qu’il représente à proprement parler le ciel, quoique la conception du personnage, dans tout son développement mythologique, s’étende certainement au delà de la notion étroite du nuage, suggérée, comme nous allons le voir, par son nom, il a très-bien pu,

1. La fin du vers « C’est par là que croit le père et que croit le fils a fait sans doute allusion dans sa première partie à l'action exercée sur le père par le Soma qu’il a fait couler sur la terre et que la terre lui renvoie. Cf. 1, 164, al, cité plus bas dans le texte; cf. aussi ibid. 8 et encore VII, 102, 3. Il est possible enfin qu’au vers VIII, 6, 1, lors même que le mot vatsa désignerait un sacrificateur, et que le mot parjcnvja devrait être pris dans le sens de nuage, le poète ait en même temps en vue ce sens : « Indra est grand, lui qui, comme Parjanya répandant la pluie, a été fortifié par l’hymne de louange du veau (Soma ou Agni.) »

sous cette forme particulière du nuage, prendre tour à tour les deux sexes aussi bien que le ciel lui-même.

Le sens que j’attribue avec tous les interprètes au mot parjanya est établi par un assez grand nombre de textes, et en premier lieu par le vers I, 164, 51 où il est employé au pluriel : « Ce même liquide monte et descend de jour en jour, les nuages vivifient la terre, et les feux vivifient le ciel » D’autres passages où le mot est au singulier , sans exclure l’allusion au dieu Parjanya, reçoivent leur interprétation la plus simple si l’on s’en tient à l’idée de nuage. C’est ainsi qu’un poëte prie Brihaspati de faire pleuvoir le nuage X, 98, 1, Agni de faire avancer le nuage chargé de pluie ibicl. 8 ; que les Maruts sont représentés répandant le nuage appelé en même temps la cuve, ou la tonne du ciel, Y, 53, 6, faisant l’obcurité, même pendant le jour, avec le nuage « porteur d’eau » I, 38, 9 ; que Soma est comparé au nuage chargé de pluie IX, 2, 9, les Somas aux pluies du nuage, IX, 22, 2. Le nuage est dans ces textes considéré avant tout comme donnant la pluie (cf. encoreVIII, 6, 1 et 21, 18). Il est conçu comme retentissant du bruit du tonnerre dans l’épithète parjanya-krandya « résonnant comme le nuage ■» appliquée à Agni, ou à la force d’Agni, VIII, 91, 5 (cf. I, 38, 14). Soma, fils de Parjanya, est dans un langage plus directement naturaliste appelé « le taureau qui a grandi dans le nuage » parjaivjavviddha, IX, 113, 3.

Dans les hymnes et dans les vers isolés où le nuage est personnifié et invoqué sous le nom de Parjanya, le dieu retient ordinairement les attributs qui appartenaient au phénomène. En tant que « père Asura » il est représenté versant les eaux Y, 83, 6. Il reçoit l’épithète jîradànu « aux gouttes rapides » ibid, 1, et est prié de donner à boire aux vaches X, 169, 2 cf. V, 83, 8. On lui demande la pluie VIL 101, 5, et on le prie de la retenir après l’avoir lâchée, V, 83, 10.

Dans une phrase où il figure au vocatif *, il est dit que les gouttes savoureuses coulent V, 63, 4. Aux textes déjà cités sur ses rapports avec les plantes, il faut ajouter ceux où il est invoqué avec elles, VI, 52, 6, où il figure parmi les divinités de l’agriculture, IV, 57, 8, où il est rapproché du

1. Les nuages versent la pluie sur la terre et les feux portent au ciel le Soma du sacrifice assimilé à la pluie.

2. S’il ne faut pas, avec une légère modification du texte, traduire <r les gouttes de Parjanya» ou «du nuage, s

dieu nommé « le maître du champ » VH, 35, 10, où ses suppliants souhaitent qu'il recherche leur pâturage, VII, 102, 1. Des allusions fréquentes au bruit de la foudre, dans les hymnes ou les vers qui lui sont adressés, rappellent également le nuage. Parjanya tonne V, 83, 2 et 7, cf. 6, mugit ibid. 1. D’ailleurs comme l’hymne terrestre est assimilé au nuage tonnant 1, 38, 14, de même le bruit que fait Parjanya est une parole V, 63, 6, une prière qu’il trouve pour les créatures V, 83, 10, c’est-à-dire qui sert de prototype à la prière terrestre. C’est ainsi que la parole des sacrificateurs célestes que l’hymne VII , 103 assimile à des grenouilles, reçoit l’épithète parjanya- j invita «‘excitée par Parjanya » (vers 1). Le trait dont il est armé, V, 83, 2, ne peut être que l’éclair. Et en effet, quand il verse sa semence sur la terre, les éclairs « volent » et les vents soufflent, V, 83, 4. Il forme d’ailleurs avec Vàta, le vent, un couple célébré aux vers VI, 49, 6; 50, 12; X, 65, 9 ; 66, 10, comme faisant couler les eaux.

Cependant Parjanya n’est pas toujoùrs simplement le nuage personnifié. Il est même expressément distingué du nuage au vers 3 de l’hymne V, 83, qui le représente faisant apparaître les messagers pluvieux (les nuages), qu’il fouette comme un cocher ses chevaux, puis, en propres termes, faisant pleuvoir le nuage au bruit des rugissements du lion. Les vers 7 et 8 du même hymne nous le montrent « volant » sur un char plein d’eau, puis encore ouvrant, renversant, faisant couler une outre. Le char et l’outre sont toujours le nuage, et Parjanya, distingué du phénomène, n’est plus que le dieu qui y préside.

Ce n’est là encore qu’une transformation du mythe analogue à celle qu’on peut observer sur la plupart des personnages divins qui portent le nom d’un corps ou d’un phénomène naturel. Mais il est au moins un passage où la notion purement naturaliste du nuage, et la conception voisine d’une divinité qui y préside, sont l’une et l’autre insuffisantes pour rendre compte des termes dans lesquels Parjanya est célébré. Je veux parler du vers VII, 101, 4, d’après lequel il embrasse tous les êtres ou tous les mondes, les trois cieux, les eaux qui coulent triplement, les trois tonnes qui débordent de liqueur. Ici il reçoit les attributs d’un dieu omniprésent tel qu’Agni, ou Soma son fils. C’est un des nombreux exemples où l’on voit le père, tout en restant distingué du fils comme le producteur du produit, lui emprunter néanmoins ses attributs

L’assimilation va même jusqu’à faire donner à Parjanya le nom de « fils» du ciel VII, 102, 1. A la lumière du vers VII, 101, 4, différents traits du même hymne tels que « Il est le mâle qui féconde toutes les femelles » (6, cf. VII, 102, 2 et 35, 10), « En lui est l’âme du monde mobile et immobile » ( ibid .), « Il commande au monde entier » (2), s’éclairent d’un jour nouveau et prennent un sens panthéistique. Il n’est pas jusqu’à la triple protection, et surtout à la triple lumière qu’on lui demande (2), qui ne semble faire allusion à la division ternaire du monde, aussi bien que les trois paroles dont il est question au vers 1.

Parjanya est en somme une forme de dieu père trop importante p,our que nous ayons pu songer à la passer sous silence. L’étude que nous lui avons consacrée a d’ailleurs son intérêt propre dans l’ensemble de notre exposition en ce qu’elle nous montre dans ce personnage, en dépit de son identité primitive avec le nuage, clairement indiquée par son nom même, des attributs qu’il a empruntés à la notion du fils, c’est-à-dire d’Agni ou de Soma manifesté dans les différents mondes.

En revanche, les derniers traits qu’il nous reste à relever ne contribueront que dans une faible mesure à compléter la figure du père envisagée sous l’aspect qui nous intéresse le plus, parce qu’il a été jusqu’à présent le moins observé, je veux dire sous l’aspect malveillant. Ils semblent d’ailleurs avoir déjà la portée morale de ceux auxquels nous devons consacrer le chapitre IL

Parjanya, sous la loi duquel la terre tremble, V, 83, 5, qui brise les arbres et tue les Rakshas, ibid. 2, qui tue les méchants en rendant le son du tonnerre ibid. 9, terrifie tous les êtres à ce point que l’innocent même fuit devant lui alors qu’il frappe les méchants ibid. 2.

Ajoutons que le nom d’Asura, que nous avons vu appliqué à Parjanya, V, 83, 6, et qui paraît le désigner encore au vers 3 de l’hymne V, 63 à Mitra et Vanma: « Vous faites pleuvoir le ciel par l’opération de l’Asura » cf. 4, et par suite aussi au vers 7 du même hymne (cf. encore X, 177, 1), peut emporter avec soi une équivoque, ainsi qu’on le verra dans la section VIII, puisqu’il est devenu plus tard, et tend déjà à devenir dans le /fig-Veda, le nom de génies malfaisants. Le mot mâyâ désignant dans la même locution la « puissance» de l’Asura est aussi, comme nous le prouverons, un de ceux

qui tendent à prendre, et même qui ont pris déjà dans la majorité des cas, un sens défavorable.

Enfin, le rôle attribué aux Maruts dans des formules où figure le mot parjanya, soit qu’il y désigne le nuage dont ils répandent les eaux, I, 38, 9 ; Y, 53, 6, ou le dieu Parjanya élevant la voix quand ils se revêtent des nuages ,V, 63, 6, et répandant les eaux quand ils font couler les « gouttes » du cheval mâle qui n’est autre que Parjanya lui-même, V, 83, 6, ces relations, dis-je, entre les Maruts et Parjanya, forme du dieu père, suggèrent assez naturellement un rapprochement de celui-ci et de Rudra, père des Maruts, dont nous constaterons bientôt le caractère redoutable.

SECTION V

LES ARCHERS A. — KfilÇ^NU

Le mythe de la descente du Soma céleste apporté par un aigle qui n’est autre originairement que le Soma lui-mème, appartient par un de ses détails à notre sujet. Je veux parler de l’archer qui lance une flèche à l’aigle au moment où celui-ci dérobe la liqueur sacrée. Cet archer, nommé Kriçànu aux vers IV, 27, 3 et IX, 77, 2, est invoqué au vers X, 64, 8 comme un personnage divin. C’est aussi sans doute par l’attribution du caractère divin à Kriçànu qu’il faut expliquer cette formule d’un hymne aux Açvins : « Vous honorez Kriçânu alors qu’il lance sa flèche » I, 112, 21. Le couple des divinités bienfaisantes par excellence ne rend évidemment cet hommage au méchant archer que pour tâcher de détourner ses coups, peut-être pour y soustraire l’oiseau Soma, ce qui rattacherait le trait en question au mythe étudié plus haut sous les noms de Aijrâçva, de Bhujyu, de Ilebha.

Il semble même qu’au vers I, 71, 5, où le fugitif paraît d’ailleurs être Agni qui, en tant que feu céleste, est au fond identique à Soma, l’archer qui le vise, et qui n’est ici plus spécialement désigné par aucun nom propre, n’est pas distingué du père nommé dans le même vers, lequel est en cette occasion identifié purement et simplement au ciel.

En tout cas, l’auteur du versX, 64, 8 déjà cité invoque

avec Kriçânu deux autres archers dont il ne diffère sans doute pas essentiellement à l’origine. Je n’ai rien à dire de Tishya dont le nom ne se retrouve qu’une seule autre fois dans le /?ig-Veda, si ce n’est que son identification avec une constellation doit être vraisemblablement rapportée à la formation mythologique secondaire qui a transporté dans le ciel nocturne différents héros de la mythologie solaire ou météorologique primitive, et avant tous les autres Soma lui-même sous la forme de la lune. Remarquons cependant que la formule du vers V, 54, 13 « Une richesse qui ne s’éloigne pas (de nous) comme Tishya ne s’éloigne pas du ciel » s’expliquerait bien par le mythe du père ou du gardien avare du Soma, qui reste dans le ciel, tandis que le fils en sort pour se livrer aux hommes. Quant au troisième archer, c’est un personnage dont l’importance dans la mythologie védique est tout autre que celle de Tishya, et même de Kriçânu. Rudra, auquel nous allons consacrer la seconde et la plus considérable partie de cette section, est une des formes les plus intéressantes du père céleste.

Pour en finir avec Kriçânu, disons encore que sa flèche, écartée au vers I, 155, 2 par deux divinités essentiellement propices, Indra et Vishrcu, était dirigée contre le mortel. C’est, comme on va le voir, un trait de ressemblance de plus entre le mythe de Kriçânu et celui de Rudra.

B. — RUDRA

Nous avons vu Rudra invoqué dans un même vers (X, 64, 8) avec Kriçânu et Tishya, et les trois personnages désignés sous la dénomination commune d’archers, aslrin. L'arc et les flèches sont en effet les attributs essentiels de Rudra comme le montrent les vers II, 33, 10; V, 42, 1 1 ; VII, 46, 1 ; X, 125, 6‘. C’est sans doute lui qui est désigné au vers VI, 20, 9 sous le nom d’archer : « (Indra) est monté sur ses chevaux comme l’archer sur le gartci ; » il reçoit en effet au vers II, 33, 11 l’épithète garlasad « siégeant sur le garta. » Ce mot garla pour lequel MM. Roth et Grassmann ont adopté les sens de « trône » et de « siège de char, » paraît désigner l’es-

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