‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 56 sur 83 · Sur le sens de ce mot, voir plus haut, p. 211 (en note · texte numérisé non relu

Sur le sens de ce mot, voir plus haut, p. 211 (en note

2. Cf. encore VII, 80, 2, « prenant, dadhûnû, une nouvelle vie ».

M, Ludwig est au contraire d’accord avec M. Grassmann pour donner à agra le sens de « ce qu’il y a de meilleur ». Cette interprétation me paraît contestable. Dans l’expression agram madhûnâm, par exemple, pour laquelle les deux interprètes admettent aussi ce sens, il me paraît évident que agra désigne en réalité la première libation, que Vâyu est invité à boire « parce qu'il est celui qui boit le premier », IV, 46, 1.

o. Sœur de Bhaga, sœur de Varuna, ù Sûnritâ, Aurore, chante la première. Qu’il se trouve court, celui qui fait le mal ! Puissions-nous le vaincre en prenant pour char la Dakshinâ !

Le mot sûnritâ est difficile ; mais ce n’est pas pour esquiver la difficulté que je le conserve sans le traduire; je crois en effet qu’il n’a été appliqué à l’aurore que parce qu’il s’était fixé comme un nom delà vache céleste dont l’aurore est l’une des formes.

M. Grassmann considère sûnritâ comme le féminin d’un adjectif sûnritâ auquel il attribue par conjecture le sens de « beau, magnifique, riche ». Mais alors, comment comprendil le rapport qu’il signale lui-même entre ce mot et sûnaral Je crois pour mon compte que sûnritâ est l’abstrait en tâ tiré d’un thème sûnri équivalent à sûnara, et qu’il a désigné primitivement la même chose que sûnaram vasu que je traduirais « la richesse en enfants mâles » (comme sûnari yoshâ ou janî « la femme qui a beaucoup de fils, ou des fils héroïques »), en un mot qu’il est l’opposé de avîratâ « la privation d’enfants mâles ». Par généralisation du sens primitif, il aurait désigné un don précieux quelconque, peut-être même ceux que les hommes font aux dieux, I, 125, 3 ; Vil, 74, 2, aussi bien que ceux que les dieux font aux hommes, VI, 48,20. Ce qui est certain, c’est qu'il est devenu le nom d’une déesse, I, 40, 3; X, 141, 2, personnifiant la libéralité des dieux, de Vâyu, I, 134, 1, d'Indra, VIII, 4o, 12, et assimilée sous le même nom à une vache, VIII, 14, 3. Quoi d’étonnant qu’il ait été, en vertu du même développement de sens, appliqué à l’aurore ?

Cette explication ne soulève qu’une difficulté : il est vrai que cette difficulté semble au premier abord insurmontable.

Ce serait l'existence d’un thème masculin et neutre sûnvita. Mais au vers VII, 57, 6, il suffit d’admettre un oubli àupndapdtha pour retrouver l’accusatif pluriel sunvitâh construit parallèlement avec râya h et maghâni. Reste le vers VIII, 46, 20, où il faut bien admettre que sûnrita est une épithète d’Indra. Mais ne se peut-il pas que dans ce vers qui, pour beaucoup de raisons, ne parait pas pouvoir prétendre à une bien haute antiquité, sûnrita soit une forme créée pour donner un masculin à sûnvitd considéré à tort comme un adjectif, épithète de l’aurore ?

Quoi qu’il en soit, l’hypothèse admise par M. Grassmann après M. Roth d’un adjectif féminin sûnvitd dans un certain nombre d’autres passages est purement arbitraire. La plupart présentent en réalité l’application du substantif sûnvitd à la libéralité des dieux plus ou moins personnifiée, I, 134, 1 ; 135, T1; VI, 48, 20; VIII, 14, 3. Lui-même, par une de ces inconséquences qu’il faut renoncer à compter, traduit au vers X, 141, 2 « la déesse Sûnrita », une formule qu'il rend au vers I, 40, 3 par « la riche déesse ». Je signale particulièrement le contre-sens complet qu’il a fait sur le vers VIII, 45, 12, et que M. Ludwig a évité. Enfin notre mot est construit parallèlement au mot gir « chant» au vers III, 31, 18, comme il est construit parallèlement au même mot et à dh! etpuramdhi au vers X, 39, 2, k puramdhi encore au vers 6 de l’hymne que nous étudions. Il n’y a pas là l’ombre d’une raison pour en faire une épithète de gir. Et c’est pourtant sur cette construction tout à fait arbitraire que repose l’hypothèse d’un emploi particulier du mot sûnvitd, dans lequel il signifierait « chant ». C’est sous ce chef que M. Grassmann range, à peu près au hasard, un certain nombre de passages, sauf à abandonner tel de ces passages, X, 61, 25, dans sa traduction, pour revenir au sens de « don, présent magnifique », qu’il avait accepté dans les autres. Pour donner une idée de la sûreté de cette répartition, il suffira de citer l’expression toute faite netrî sûnvitdnâm, appliquée à l’aurore, qui se reproduit trois fois, et qu’il traduit chaque fois d’une manière différente : « die Freudenbotin », I, 92, 7; « die herführt aile Herrlichkeiten », I, 113,4: « die Fiihrerin der Lieder », VII, 76, 7.

1. Dans sa traduction, il interprète ici sûnrita « der Morgen » (sic), et « der Jubellied » au vers I, 134, 1. Ou pourrait souvent se demander si le lexique et la traduction sont de la même main.

Ici, comme souvent (je regrette de ne pouvoir dire toujours), M. Ludwig se montre beaucoup plus soucieux que M. Grassmann de rester d’accord avec lui -même. Je ne répondrais pas que ses traductions soient toujours aisément intelligibles. Plus d’un lecteur doit rester rêveur devant des phrases comme celle-ci, I, 135, 7 : « erblickt wird die treflichkeit, das ghrita fliest ». C’est un de ces cas où je préférerais, (tout en remplaçant ghrita par « beurre »), employer le mot sanskrit sânritd, en rappelant en note qu’il désigne la libéralité des dieux personnifiée. Mais, une fois ce mot « Trefflichkeit » choisi pour sûnritâ , M. Ludwig le reproduit religieusement, en le faisant seulement alterner de temps en temps avec « Vortrefflichkeit », et en le remplaçant par « vortrefflich » ou «trefflich» dans les cas où il fait l’effet d'une épithète, par exemple dans notre vers I, 123, 5. J’ai expliqué comment je l’entends ici moi-même, et n’ai plus à y revenir. J’ajouterai seulement que si j’approuve M. Ludwig de construire sûnritdnâm sans le rapporter comme adjectif à girâm, au vers III, 31, 18, il m’est beaucoup plus difficile de comprendre ce qu’il gagne à remplacer le sens ordinaire du second mot « chant » par celui de « chantre ».

Le mot jarasva soulève une question beaucoup plus importante. M. Ludwig le traduit « sois chantée ». Mais quelle apparence que le verbe jar , qui ne s’emploie qu’au moyen, et, sans contestation possible pour la grande majorité des cas, avec le sens actif de « chanter », prenne dans ce passage le sens passif? M. Grassmann, qui n’admet pas ce second sens dans son lexique (ce qui ne l’empêche pas, il est vrai, de l’introduire accidentellement dans sa traduction , I , 159, 7), explique, à Limitation de M. Roth, notre passage et plusieurs autres par l’hypothèse tout à fait arbitraire d’une racine jar qui signifierait « s’approcher, arriver », et qui serait une corruption de car. Chose curieuse, cette racine, à la différence de car, ne s’emploierait qu’au moyen, exactement comme la racine jar « chanter » dont on veut la distinguer. J’aime mieux croire, pour mon compte, que les formules où onia suppose présentent simplement des emplois particuliers, singuliers, si l’on veut, de la racine jar « chanter » .

Pas si singuliers d’ailleurs ! Pourquoi les Aç.vins ne chanteraient-ils pas le matin, X, 40, 3? L’auteur du vers VIII,

9, 16 ne déclare-t-il pas qu’il s’est éveillé avec la voix des Açvins? C’est avec ce chant, comparé au bruit des pierres du pressoir, II, 39, 1 *, qu'ils écartent l’incantation de l’ennemi, III, 58, 2, L’hymne III, 51, au premier vers duquel Indra serait représenté « chantant » contient d’autres spéculations liturgiques , et nous avons eu l’occasion2 de relever déjà les passages où Indra, vainqueur grâce au chant des sacrificateurs mythiques, fait chorus avec ses compagnons. Les vers VIII, 2, 123 et 70, 9 sont obscurs. Mais je ne vois pas que l’hypothèse de la racine jar « s’approcher » les rende beaucoup plus clairs. Reste l’aurore, dans notre formule, répétée au vers VII, 76, 6. Mais cette voix divine des Açvins, dont nous parlions tout à l’heure, n’est-elle pas l'aurore elle-même, la déesse nommée dans le même passage? Plus généralement, l'aurore n’est-elle pas la forme de la parole sacrée dans le ciel, comme le tonnerre est sa forme dans l'atmosphère4? En tout cas l'aurore réveille le monde, et l'idée de voix est étroitement liée à celle de réveil. Enfin, il est remarquable que tous les emplois de la racine jar « chanter » avec le préfixe prati, impliquant l’idée de « réponse », se rencontrent dans des formules adressées aux Açvins ou à l'aurore, IV, 45, 5 ; V, 80, 1 ; VII, 67, 1 ; 73, 3 ; 78, 2. Dans le second passage où figure notre formule, prathamd jarasva, nous rencontrons encore le préfixe prati. sinon avec la racine jar, du moins avec la racine équivalente îd « invoquer » pour désigner le chant des prêtres. Autant

1. Je considère tad id artham comme une sorte de parenthèse, cf. IX, 1, 5,

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