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La traduction de M. Ludwig « s'accordent dans leur marche», sans s’éloigner beaucoup de ce sens, me parait moins exacte : il prend en somme sam et car à part, et entend « marchent ensemble ». M. Roth, dans son dictionnaire, était bien plus loin de la vérité : il traduisait, sans tenir aucun compte de sam, « gehen, wandern ».
Le duel jiarikshitos désignerait, selon M. Grassmann, l’aurore (ou le jour) et la nuit. La traduction « les sœurs » ne peut d’ailleurs passer que pour un équivalent tel quel : il est clair que ce n’est pas là, pour M. Grassmann lui-mème, le sens du mot. Mais parikshit paraît être une épithète consacrée des «père et mère », III, 7, 1 ; X, 65, 8, c’est-à-dire du ciel et de la terre. Il les désigne en tant qu’ils « habitent autour», c’est-à-dire embrassent tous les êtres. Il n’y a aucune raison d’en faire ici une autre application. Je ne pense pas, il est vrai, que la forme parikshitoh dépende àetamah, comme paraît l’entendre M. Ludwig, qui traduit d’ailleurs trop librement « les deux voisins ». Mais elle se construit très aisément comme un génitif commodi. Quant au mot anijd « l’une », il peut parfaitement se passer d'un complément au génitif partitif. Il vient d’être question du jour et de la nuit, au neutre il est vrai : mais le féminin est ici naturellement amené par le substantif ushdh « l’aurore » qui vient immédiatement expliquer anyâ.
Il n’est pas douteux, en effet, que ce mot amjâ désigne l'aurore comme l'entend M. Grassmann. Dans ce passage, c’est M. Ludwig qui fait violence au lexique en traduisant : « L’une a produit dans le mystère l’obscurité des deux voisins. » Pour arriver ainsi à une seconde opposition du jour et de la nuit, qui peut satisfaire davantage un goût de symétrie absolue, mais qui n’est pas dans le texte, il est obligé de séparer les deux termes d’une locution consacrée, yulm kri. Que dis-je? Ce ne sont pas seulement les deux mots yuhd kr i qui forment une expression indissoluble, « cacher » : « cacher l’obscurité » est aussi une expression familière aux Rishis. L’obscurité, tamas, reçoit l’épitliète guhya « qui doit être cachée», I, 86, 10; Indra cache les démons de l’obscurité, II, 12, 4; enfin de même que le soleil enroule les ténèbres comme une peau, VII, 63,1, l’aurore « cache l’obscurité avec sa lumière », VII, 80, 2. Le sens de notre passage est donc d’une évidence absolue, et le contre-sens de M. Ludwig inexplicable.
8. Semblables aujourd’hui à ce qu’elles seront demain, elles suivent la loi durable de Varuna ; irréprochables, l’une après l'autre, elles parcourent rapidement les trente Yojanas; elles traversent aussi en un instant l'intelligence (pour l’éclairer).
Dieu merci ! M. Grassmann n’a pas reproduit dans sa traduction le contre-sens qu’il faisait dans son lexique sur varunasya dhârna en prenant dhânian au sens de « séjour. » Il traduit « la loi de Varuna ». M. Ludwig fait comme lui; mais, à en juger par son commentaire, très postérieur à sa traduction, il ne faudrait pas le prier beaucoup pour le faire revenir à la première interprétation de M. Grassmann. Il admet en tout cas que le mot dhânian peut signifier « séjour, » et un peu plus loin, que les dieux pourraient être appelés le « dhânian de Varuna, » il n’ajoute pas dans quel sens. Serait-ce dans celui de « troupe » , admis pour plusieurs passages par M. Roth et par M. Grassmann? Qu’il me suffise de répéter ce que j’ai eu l’occasion de prouver ailleurs1, à savoir que le sens de « séjour » pour le mot dhânian n’est nécessaire dans aucun passage du iiig-Veda, et que le prétendu sens de « troupe » repose sur une méconnaissance absolue de la signification des passages où on a cru le rencontrer. Ainsi M. Ludwig a traduit exactement le second pâda de notre stance, mais c’est, si j’ose le dire, par un heureux hasard, à tel point qu’il est tout prêt à abandonner dans son commentaire un sens qui est pourtant le seul sens possible.
Le troisième pâda est traduit par M. Ludwig « tadellos, dreimal in zehn geschaften point et virgule ». J’ai la prétention de deviner quelquefois les énigmes védiques; mais je m’avoue souvent vaincu devant celles d’un traducteur comme M. Ludwig. Il a cherché heureusement à nous expliquer lui-mème celle-ci dans son commmentaire. Je n’y trouve point à la vérité l’explication de la phrase ellemême, mais je vois que les affaires en question seraient les affaires des dieux faites par l’aurore, et de trente dieux. A cela je répondrai qu’en tout cas « affaire » ne peut être le