‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 65 sur 83 · II, p · texte numérisé non relu

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lieu de songer seulement au couple toujours identique à luimême du jour et de la nuit, le poète a pensé à la succession de tous les jours et de toutes les nuits, il me semble qu’il a très bien pu employer prathama. Cette explication me paraît avoir une saveur tout à fait védique, et de plus elle établit un lien entre le premier pâda et le second. C’est ce qui me la fait préférer à une autre à laquelle on aurait aussi pu songer : le premier jour serait bien le premier jour du monde, mais sans distinction de jour et de nuit., quelque chose comme l’aurore antique dont il est question au vers IV, 51, 6. On a vu d’ailleurs que M. Grassmann et M. Ludwig s’étaient contentés à moins de frais.

10. Comme une jeune fille, triomphante de beauté, tu t'avances, ô déesse, à la rencontre du dieu qui cherche à te mériter par le sacrifice: jeune femme souriante, tu brilles et découvres devant lui ton sein. ►

J’ai déjà dit que le dieu vers lequel l’aurore s’avance est le feu du sacrifice. Ni M. Grassmann, ni M. Ludwig ne s’expliquent à ce sujet. Le second, dans son commentaire, indique la possibilité d’expliquer çâçadânâ , dont IV? final est nasalisé, comme un accusatif pluriel. Mais le rapprochement du vers I, 124, 6 rend bien invraisemblable cette analyse qui aboutirait d’ailleurs à un sens fort peu satisfaisant : « Comme une jeune fille qui s’avance vers ceux qui sont fiers » (selon l’interprétation de M. Ludwig) « de leur propre corps ». M. Ludwig propose en outre la correction iyakshamâaâ pour iyakshamânam. Je ne comprends pas bien le profit qu’il en tire pour le sens, et je ne vois pas même bien s’il l’adopte définitivement. La correction serait tout au moins inutile. Mais elle me semblerait en outre assez malheureuse. Le verbe iijaksh, désidératif de yaj, « sacrifier, honorer (les dieux), obtenir (leurs faveurs) parle sacrifice », ne paraît pas s’être écarté du sens de son primitif autant qu’on l’a trop vite admis. Tl a presque toujours pour sujet le sacrificateur, I, 153, 2; II, 20, 1 ; VI, 21, 3; VIII, 31, 15; IX, 64, 21 ; 66, 14 ; X, 50, 3; 74, 1 ; V. S, XVII, 69, Agni, X, 11, 6, ou Soma, IX, 11, 1 ; 22, 4 ; 78, 1. Dans trois passages seu-

lement il a pour sujet, deux fois Indra, VIII, 45, 31 ; 46, 17, une fois Vâyu, VI, 49, 4. Mais n’est-ce pas le cas de se rappeler que les fonctions sacerdotales peuvent être attribuées à tous les dieux? Dans le second passage, que, ni M. Ludwig, ni M. Grassmann n’arrivent à construire d’une façon satisfaisante à la fois pour la grammaire et pour le sens, la construction la plus naturelle donne : « Tu sacrifies avec les sacrifices, les chants des Maruts... et moi, de mon côté je te chante... » Dans le troisième, Vâyu est posé comme sage, et même comme poète, kavi, en regard du poète, et semble aussi répondre par un chant céleste (le chant du vent), à celui que lui adresse le sacrificateur mortel : «Poète, tu honores le poète. » Quant au premier, il est trop obscur pour qu’on puisse en tirer avec certitude un sens nouveau de iyaksh (construit d’ailleurs cette seule fois avec le préfixe pra). Maintenant, on pourrait aussi à la rigueur faire de l’aurore la prêtresse d’un sacrifice céleste. Mais ce serait aller au devant des complications qu’on évite d’ordinaire avec tant de soin, que j’admets pour mon compte quand le texte m’y contraint, mais que je ne me croirais pas le droit d’introduire en corrigeant pour cela un texte beaucoup plus simple et très satisfaisant par lui-même.

Un mot encore sur tanvâ çâçadânâ. M. Ludwig traduit « fière de son corps », naturellement de son « beau » corps. Cette interprétation ne parait pas fort différente de la mienne. Mais en admettant cette nuance, qui se retrouve peut-être implicitement dans la traduction de M. Grassmann « am Leibe prangend», et que ce dernier introduit expressément dans la traduction d’autres passages, VII, 98, 4, cf. I, 141, 9, on arrive à traduire, comme M. Ludwig, « nous sommes fiers de toi (d’Indra) dans les combats », X, 120, 5, une formule qui signifie en réalité, « nous triomphons grâce à toi dans les combats » . On voit qu’ici l’écart est plus considérable. M. Grassmann traduit la même formule « nous avons confiance en toi dans les combats », etintroduitle même sens dans plusieurs autres passages. Je ne voudrais pas paraître disputer sur des pointes d’aiguille, et cependant je ne puis laisser passer sans protestation ce nouvel exemple de la facilité avec laquelle on modifie le sens d’un verbe assez rare, et qui s’explique parfaitement dans tous ses emplois par les sens de «triompher» ou « exceller », identiques à ceux du verbe grec de même origine,

11. Charmante à voir, comme une jeune femme que sa mère a parée, tu découvres ton corps pour le montrer ; répands au loin tes rayons, ô Aurore! en nous apportant le bonheur: tu seras la plus libérale des aurores !

Le mot bhadrâ, épithète de l’aurore, est ici traduit, par M. Grassmann comme par M. Ludwig, « aimable, lieblich ». Au vers suivant, le même mot, épithète de nàma « manifestations » de l’aurore, est traduit par les deux interprètes « portant bonheur, gliickbringend ». Pourquoi cette différence? Mystère ! Dans son lexique, M. Grassmann donnait pour le premier passage le sens de « brillant », et pour le second celui de «magnifique, excellent, herrlich, trefflich, tüchtig ». Plutôt que de tourner ainsi à tous les vents, je préfère m'en tenir au sens le mieux établi, resté d’ailleurs le sens classique, et correspondant à peu près à celui du latin faustus, pour le vers 11, comme pour le vers L2.

Au dernier pàda, je prends naçanta comme un subjonctif impropre.

12. Riches en chevaux, en vaches, en toutes sortes de biens, s’élançant avec les rayons du soleil, les aurores passent et reviennent, prenant des formes propices.

Pour yataniânâ b, la traduction de M. Grassmann « rivalisant » ne me parait pas justifiée. Celle de M. Ludwig « wirkend » semble reposer comme la mienne sur le sens primitif de «faire effort». J’ai déjà eu l’occasion 1 de traiter de cette racine dont je ne me flatte pas encore de pouvoir préciser le sens dans tous ses emplois.

M, Ludwig dit « noms » pour « formes >), ce qui n’est pas trop facile à comprendre.

La stance dans son ensemble est facile, et ne donne lieu à aucune autre observation .

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