‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 71 sur 83 · Voir, II, p · texte numérisé non relu

Voir, II, p

futurs, il aura peut-être servi du moins à leur montrer qu’il reste quelque chose à chercher, et que la correction de vi yad en viyad n’a pas résolu la difficulté du vers.

Il ne sera pas inutile, avant de passer au suivant, de citer un autre exemple de ce que j’ai appelé plus haut les péripéties variables d’un même mythe. Je ne le chercherai pas bien loin. Dans le même mandata IV, l’hymne 18, sur la naissance d’Indra, porte au vers 8 : « Tantôt la jeune femme t’a abandonné ; tantôt la mauvaise mère t’a dévoré ; tantôt les eaux se sont montrées bienveillantes pour leur fils ; tantôt Indra est sorti violemment du sein qui le tenait enfermé. » Et au vers suivant : « Tantôt, ô dieu bienfaisant, Vya/nsa (le démon) t’a frappé et t’a brisé les mâchoires. .. etc. » C’en serait assez pour justifier par exemple la double hypothèse : « soit que Kriçânu l’ait laissé partir, soit qu’il ait lancé une flèche contre lui. »

Le vers 4, si on admet que le précédent ne contient pas de proposition principale, a pour objet de constater que les péripéties variables de la descente du Soma n’en modifient pas le succès : toujours l’aigle arrive au but. M. Roth propose pour ce vers une troisième et dernière correction. Voici le texte tel qu’il nous a été conservé : rijipya îrn indrâvato na bhujyum çyeno jabhâra brihato adhi shno h antah patat patatry asxya parnam adha yâman i prasitasya lad reh. C’est la leçon indrâvato qui arrête M. Roth, comme elle avait arrêté M. Grassmann et M. Ludwig. Le premier a lu indrâvanto et a traduit : « l’aigle rapide l’a emporté du sommet élevé, comme les compagnons d’Indra (les Maruts, je suppose) ont emporté Bhujyu». Mais ce sont les Açvins, et non les Maruts ou les dieux en général, qui ont opéré le sauvetage de Bhujyu. M. Ludwig a donc préféré lire indrâvator « comme (l’aigle) des Açvins a emporté Bhujyu ». Mais tous les deux ont été trop timides. Ils ont eu tort de croire que bhujyu était le nom du personnage bien connu que les Açvins ont sauvé des eaux. Ce mot signifie ici « couleuvre », et le mot à retrouver sous la fausse leçon indrâvato doit être celui du lieu d’où l’aigle tire la couleuvre, comme il tire le Soma du ciel. Or il y a des couleuvres (d’eau) dans les marais, et en supprimant l’n et le d de indrâvato, on obtient irâvato, ablatif de irâvat, qui a pu signifier marais.

Récapitulons. Première hypothèse: fausse leçon. Nous verrons tout à l’heure si la leçon traditionnelle est inexpli-

cable. Deuxième hypothèse : un mot irâvat signifiant « marais ». On ne connaît ce mot que comme un adjectif, éveillant il est vrai l’idée d’humidité, mais toujours d’ailleurs dans le sens le plus favorable (la pluie, le lait des vaches). Troisième hypothèse : le sens de « couleuvre » pour le mot bhujyu.

Contre celle-ci je demande la permission de protester énergiquement. Le mot eût-il réellement ce sens, l'intervention de l’aigle rappelle trop inévitablement le mythe de Bhujyu porté par les Açvins sur un char traîné par des aigles 1 pour qu’il soit possible d’en écarter ici l’application à ce personnage. Mais rien n’est moins établi que l’emploi du mot bhujyu dans le sens de couleuvre. On ne peut invoquer à l’appui de cette interprétation que le rapprochement des mots classiques bhujamga, bhujamgama « serpent », et du mot bhoga « anneau ». Au vers X, 95, 8, l’être quelconque désigné par le mot bhujyu , dont la fuite est comparée à celle des Apsaras fuyant devant Purûravas, peut être un personnage mythologique aussi bien qu’une couleuvre. A la vérité le mot est là féminin. Mais si on remarque qu’un autre nom du favori des Açvins, le patronymique tugrya, a un féminin, tugryâ, qui désigne au vers I, 33, 15, les femelles entourant un taureau évidemment mythique « secouru » par Indra, on n’aura pas de peine à admettre que le mot bhujyu désigne également au vers X, 95, 8, une femelle mythique, la nuée je suppose,, de telle sorte que la comparaison de la fuite des Apsaras à celle de Bhujyu (femelle) se ramènerait, comme tant d’autres comparaisons védiques, à une identité pure et simple2. Bref, je me refuse à reconnaître dans le mot bhujyu, soit masculin, soit féminin, autre chose qu’un nom mythologique 3.

J’ai cherché ailleurs4 à prouver que le mythe de Bhujyu, sauvé des eaux et emporté sur un char traîné par des aigles, est une sorte de doublet du mythe de Soma, délivré de sa prison et porté également par un aigle. Le vers qui nous

Page 1