‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 9 sur 83 · Sakmya de sakman « adoration » I · texte numérisé non relu

Sakmya de sakman « adoration » I

2. L’emploi de l’actif rnkshati ne nous permet pas de traduire « garde son propre séjour» en assimilant Gandharva à Soma.

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val du sacrifice, identique à Soma. D’après le vers IX, 113, 3, ce sont les Gandliarvas, déjà assimilés sans doute à des sacrificateurs dans l'hymne III , 38 (vers 6), qui ont reçu le taureau grandi dans le nuage (Soma) et en ont fait le suc du Soma (de la plante du Soma terrestre). Ils jouent alors un rôle bienfaisant en communiquant le Soma aux hommes. Mais revenons à notre vers IX, 83, 4. Il y est dit encore que Gandharva, « maître des liens, saisit le trompeur dans ses liens. » Ce dernier trait qu’on peut rapprocher du mythe des cordes ou des lacets de Varuna, et qui paraît d’ailleurs avoir ici la même signification morale , convient très-bien, comme nous le verrons, à un personnage qui aurait eu primitivement le caractère équivoque inhérent au personnage de Tvashtri, et, pour fixer les idées, qui aurait été, non-seulement un gardien, mais un gardien avare du Soma. On pourrait interpréter en ce sens le vers VIII, 66, 5 : « Indra a fendu Gandharva dans les espaces sans fond. » Gandharva, le gardien avare du Soma, serait là assimilé au ciel ou au nuage qui le retient, comme les démons Vritra et Vala.

Il faut remarquer toutefois que l'usage de la racine trid avec le préfixe abhi comporte également une autre traduction du même passage : « Indra a délivré Gandharva. » Dans ce sens, Gandharva ne serait plus le gardien du Soma, mais le Soma lui-même.

On ne peut nier en effet que le nom de Gandharva n’ait été appliqué à Soma. Ce dernier est au vers IX, 86, 36, appelé en termes exprès le Gandharva des eaux. Nous retrouvons ici la connexion déjà signalée entre l’idée du Gandharva et celle des eaux célestes. Il en sera de même dans l’hymne X, 123. L’amant que l’Apsaras « porte » en souriant dans le ciel suprême (vers 5), paraît bien être le Gandharva nommé au vers précédent, et d’ailleurs identique à Vena, héros de l’hymne, qui lui-même représente Soma. D’après le vers 7 du même hymne, ce Gandharva s’est dressé dans le ciel, présentant ses armes brillantes, se revêtant d’un vêtement parfumé qui représente dans le ciel le lait auquel Soma est mêlé sur la terre, et manifestant, (littéralement engendrant pour lui), ses formes chéries (cf. ibid. 4). Le premier de ces traits se retrouve mot pour mot au vers 12 de l'hymne IX, 85 à Soma, portant également que Gandharva, monté dans le ciel, y manifeste toutes ses formes. Dans ce nouvel exemple, il

paraît certain que le personnage ainsi nommé représente Soma sous sa forme de soleil, « faisant briller les deux mondes, ses parents. »

C’est encore à ce qu’il semble en tant qu’assimilé à Soma lui-mème que Gandharva a parlé à l’intérieur de la matrice X, 177, 2, qu’il a annoncé, découvert à Indra les formes immortelles des eaux X, 139, 6. Il joue dans ce nouveau mythe un rôle analogue à celui qui est rempli dans la légende des Açvins par Dadhyawc ou par la tète de cheval, représentant l’un et l’autre Soma. A ne considérer que le sens général du mythe, il rappelle également Vishwu, et généralement le fils, Agni ou Soma, prenant parti pour Indra. Les deux vers précédents de l’hymne X , 139 ajoutent à son nom celui de Viçvàvasu. Il traverse l'espace, et à sa vue les eaux coulent : le Soma-éclair ne saurait être plus clairement désigné.

Dans l’hymne nuptial X, 85 notre personnage intervient, sous ses deux noms de Gandharva et de Yiçvàvasu, plutôt comme doublure de Soma que comme substitut de Savitri. En effet, d’après les vers X, 85, 40 et 41, loin d’avoir livré d’abord à Soma la femme, image terrestre de Sùryà, qu'il doit maintenant abandonnera son époux mortel, c’est au contraire lui qui l’aurait reçue de Soma.

En somme, le personnage de Gandharva est un exemple incontestable de la confusion, qui s’est souvent opérée sous un même nom, d’attributs appartenant au père et au fils. C’est par là surtout qu’il nous intéresse ici. Je rappelle cependant en terminant, comme particulièrement digne de remarque, l’attribut des liens par lequel il se rapproche de Varuna.

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