‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 111 sur 335 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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mules portant qu'Indra a engendré le soleil, qu'il l'a fait mon* ter dans le ciel et l'y a soutenu, se rencontrent assez souvent dans la description du combat qulndra livre pour s'emparer des eaux, I, 61, 4; 52. 8; U, 19, 3, cf. I, 100, 18 ; HI, 34, 8 et 9. Ailleurs encore, I, 55. 6, l'apparition de la lumière est mentionnée avec Tépanchement des eaux par Indra ^

Mais ce n'est pas seulement le soleil qu'il fait briller, e'est aussi l'aurore, n, 21 , 4. Indra a engendré le soleil et Faurore, m, 31, 15 ; 32, 8; il a fait briller les aurores et le soleil, m, 44, 2; cf. V, 37, 1; X, 111, 7; U a « ouvert» robscurité avec l'aurore et le soleil, I, 62, 5. Quelquefois il semble présider paisiblement à la succession des aurores et des nuits, "Vm, 85, 1, et au lever quotidien du soleil, VI, 30, 2, cf. in, 49, 4. D'ordinaire, selon une conception plus conforme au caractère du dieu guerrier, il faut qu'Indra, pour faire briller l'aurore, comme pour faire briller le soleil, brise la prison qui les retient tous les deux, VI, 17, 5 ; il faut qu'il « dérobe » les aurores avec le soleil, II, 20, 5. Nous retrouverons cette conception dans le mythe des Angiras, et nous verrons que la conquête des aurores par Indra peut passer pour an exploit aussi essentiel de ce dieu que la conquête des eaux célestes .

Les vaches qui figurent souvent dans une même formule avec le soleil, I, 7, 3; H, 19, 3; HI, 34, 9; VI, 17, 3; 32, 2; X, 138, 2, ou même à la fois avec le soleil et l'aurore, I, 62, 5; n, 12, 7; VI, 17, 5, en tant que trouvées, conquises, délivrées, etc., par Indra, peuvent, comme nous l'avons fait remarquer déjà, représenter les aurores aussi bien que les eaux. Le terme figuré ferait dans le second cas double emploi avec le terme propre.

C'est ainsi qu'au vers III, 31, 4, où il est dit que les aurores, reconnaissant Indra, sont venues à sa rencontre, et que le dieu est devenu le maître des vaches, ces vaches ne diffèrent vraisemblablement pas des aurores elles-mêmes. Les a vaches des nuits » qu'il fait apparaître, El, 34, 3, sont peut-être aussi les vaches qui sortent de la nuit, c'est-à-dire les aurores qu'il fait briller au départ de la nuit, III, 30, 13, en chassant a les races noires » qui reviennent chaque jour, toujours les mêmes, VI, 47, 21.

L'aurore est rapprochée du soleil comme « engendrée » avec lui par Indra, même dans des passages qui célèbrent en

i. Cf. pliu hftut^ p. 189.

même temps la conquête des eaux par le même dieu, I, 32, 1 ; 2 et 4 ; VI, 30, 5 ; X, 138, 1 et 2. Ces passages nouA montrent que les itishis ne craignent pas de mêler dans la description des exploits d'Indra Taction qu'il exerce sur les phénomènes distincts de l'orage et du lever du jour. Il suit de là que, dans d'autres passages cités plus haut, l'œuvre d'Indra faisant appariutre le soleil, quoique figurant dans une même formule avec la conquête des eaux, pourrait être entendue de l'apparition du soleil le matin, aussi bien que de sa réapparition après l'orage.

A propos de l'action dlndra sur les phénomènes solaires, je ne puis passer sous silence un mythe qui semble, au premier abord, contradictoire avec la nature essentiellement lumineuse que j'attribue à Indra. Précisément dans l'un des passages où la « rivière » céleste qu'Indra fait couler figure en même temps que l'aurore, Indra nous apparaît comme l'ennemi de celle-ci ; il brise le char de l'aurore avec sa foudre, II, 15, 6. D'autres textes encore font mention de ce combat d'Indra contre l'aurore, X, 73, 6. Tremblante devant la foudre d!Indra, l'aurore a abandonné son char, X, 138,5.

Ce serait faire fausse route que de chercher dans ce mjthe ridée d'un obscurcissement du ciel par les phénomènes de l'orage. L'obscurcissement du ciel dans l'orage est l'œuvre, non d'Indra, mais de son ennemi. Le détail de la « foudre » est sans importance. Il s'explique par la confusion fréquente des phénomènes de l'orage et du lever du jour représentés par les mêmes mythes, et particulièrement par l'habitude prise de donner la même arme à Indra dans tous ses combats. Le combat d'Indra contre l'aurore appartient au même ordre de mythes que le combat d'Indra « contre les dieux » dont il est rapproché dans l'hymne IV, 30. Nous verrons, dans la quatrième partie ^ que les dieux combattus par Indra sont des gardiens avares des trésors célestes qui, par opposition au dieu essentiellement libéral, offrent un caractère qui les assimile dans une certaine mesure aux démons. Aux vers 3- 6 de l'hymne IV, 30, on voit Indra leur «voler» le soleil pour le faire paraître aux regards des hommes'. Le combat contre l'aurore dont la description suit presque immédiatement aux vers 8-11, doit être également, si étrange que la

l. III, pages 77-79.

i. Quoique d*ordiaaire les dieux ea général, aussi bien qu'Indra en particulier, soient considérés comme faisant la lumière, X, 66, 1 et passim.

chose paisse sembler à première vue, un combat pour la lumière : « 8. Et tu as accompli cet exploit, ô Indra, cette œuvre héroïque, de frapper la méchante femme, la âlle du ciel. — 9. La fille du ciel, l'aurore pleine d'orgueil, toi, réellement grand, ô Indra, tu Tas brisée. — 10. L'aurore, efifrayée, s'est élancée hors de son char brisé, quand le mâle Ta frappée. — 11. Son char est resté complètement brisé sur la Vipâç*; elle s'est élancée du haut du cieP». On voit que l'aurore a ici, comme les dieux auxquels Indra livre bataille, un caractère quasi démoniaque. C'est que le phénomène qui annonce, plutôt qu'il ne fait le jour, semble parfois le retarder par sa trop longue durée. Cette idée est formellement exprimée au vers V, 79, 9 : « Brille, fille du ciel, ne laisse pas traîner ion œuvre en longueur^ de peur que, pareil à un voleur perfide, le soleil ne te brûle de son éclat. » Dans notre mythe, c'est Indra qui joue le rôle du soleil, ou qui, du moins, fraje un passage à l'astre du jour à travers l'aurore. Dans l'une des formules mêmes qui nous le montrent brisant avec sa foudre le char de l'aurore, nous lisons « qu'il fend avec les rapides celles qui ne le sont pas »; II, 15, 6. Les « rapides» sont probablement les prières des Angiras ou, plus généralement^ des anciens sacrificateurs que nous verrons intervenir, à titre d'auxiliaires, dans les combats du dieu. Celles qui ne sont pas « rapides » doivent être les aurores elles-mêmes, peut-être aussi les eaux, puisque le même passage mentionne encore, ainsi que nous l'avons remarqué déjà^^ une rivière céleste.

Ainsi, l'aurore que combat Indra est une aurore trop lente, et que sa lenteur fait assimiler à la nuit. L'apparition du soleil est une victoire qu'Indra remporte sur elle, autant que sur les ténèbres. Bref, l'action du dieu guerrier, quand elle s'exerce sur les phénomènes solaires, a toujours pour objet la conquête de la lumière ^, comme elle a toujours pour objet, dans les phénomènes météorologiques, la conquête des eaux.

On peut rattacher à l'un et à l'autre ordre de phénomènes l'œuvre par laquelle Indra soutient les mondes, II, 12,2; 15, 2; 17, 5 et passim, étaye le ciel et la terre, X, 89, 4, ou, selon

i. Ici, probablement, une rivière céleste.

t. Littéralemeot, « du lieu éloigné d, pardvatah,

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