S IV. — LA CONQUÊTE D'AGNI ET DE SOMA
Dans l'étude que nous avons consacrée aux fonctions solaires d'Indra, nous avons vu le soleil compris, avec les aurores, au nombre des dons et des conquêtes du dieu. Précé-
i . Cf. les formules qui font d*Indra le « père n du ciel et de la terre, plut haut, p. 162.
demment, dans des formules où figurait la vache , soit comme représentation directe, soit comme image terrestre des aurores et des eaux du ciel, nous avions rencontré aussi le cheval. Le cheval pouvait, comme la vache, rappeler ses prototypes célestes, c'est-à-dire le soleil et aussi l'éclair. Le cheval dont Indra « fend l'étable », en même temps que celle de la vache, Vin, 32, 5, cf. 34, 14, a dû être, au moins à l'origine, un animal mythique, et son étable rappelle celle du soleil qu'Indra fait briller aux regards des hommes, VIII, 6, 25. Ajoutons que les éléments mâles des phénomènes célestes figurent encore, dans des formules analogues, sous les noms d'Agni et de Soma. L'un des résultats de la victoire d'Indra sur le démon Ahi a été de faire briller les feux, agnayah, et Soma, VIII, 3, 20. Indra a engendré Agni, III, 31, 15, entre deux pierres, qui représentent sans doute les deux mondes, n, 12,3; il a fa^uvé Agni caché dans les eaux, X, 32, 6. Mais, surtout, il a conquis le Soma en même temps que les vaches, 1, 32, 12, cf. X, 138, 2 ; il l'a volé pour le boire*, cf. IH, 48, 4; VIU, 4, 4. C'est le Soma qu'il a choisi pour prix de sa victoire sur le démon, III, 36, 8. Après cette victoire, le Soma lui a appartenu, à lui seul, VII, 98, 5 ; il en a été le a roi » , VI, 20, 3. Il Ta fait sortir, comme les vaches, de l'enveloppe (apâvrinoi) qui le retenait, III, 44, 5. lia trouvé dans le ciel l'ambroisie cachée, VI, 44, 23, ou, selon l'expression du vers III, 39, 6, il a trouvé dans le séjour de la vache la liqueur cachée qui a « des pieds » et « des sabots », c'est-à-dire le Soma, sous la figure du cheval. C'est aussi Indra qui a mis dans les vaches, VIII, 32, 25, dans les vaches « crues », VIII, 78, 7, noires ou rouges, I, 62, 9, cf. VIII, 82, 13, auxquelles il « ouvre les portes», VI, 17,6, c'est-à-dire dans les nuages ou dans les nuits et dans les aurores, le lait brillant et « cuit », la « grande splendeur cachée dans leurs entrailles », III, 30, 14, qui, comme nous avons eu l'occasion de le remarquer déjà*, n'est autre qu'Agni ou Soma lui-même.
En somme, tous les éléments des phénomènes célestes, les mâles ainsi que les femelles, figurent dans le mythe d'Indra, comme conquis et communiqués aux hommes par ce dieu à la fois guerrier et libéral. Il nous reste, après avoir énuméré
1. Cf. plus bas, p. 246, les passages qui nous montrent Indra buvant le Soma dans le ciel, le buvant dès sa naissance.