‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 121 sur 335 · Voir la troisième partie · texte numérisé non relu

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2, Jbid.

lieu des séjours du démon, ce sont les formes du démon luimême qui ont été multipliées.

Mais le nom de vritra a été, en outre, appliqué par extension aux ennemis réels, terrestres. Cet usage du mot, dont nous avons donné plus haut les preuves, est un nouvel exemple de ^ la tendance des i4rjas védiques à assimiler les événements de la vie terrestre à ceux qu*ils supposaient s'accomplir dans le ciel. Il rend équivoques une foule de passages, par exemple la plupart de ceux qui ont été cités au début de cette section, et qui paraissent à peu près indifféremment applicables soit au démon, soit àTennemi de la race humaine. Dans plusieurs même de ceux que nous avons rapportés au démon, des faits tels que la conquête des vaches, et même celle des eaux (des rivières), pourraient à la rigueur s'entendre au sens propre. Mais les formules qui les célèbrent dans des termes identiques à ceux qui sont consacrés pour les victoires célestes, « ouverture » de Tétable, VIII, 55, 3, ennemi « enveloppant» les eaux, II, 14, 2 et passim, sans parler de la foudre lancée contre cet ennemi, X, 28, 7 et passim, renfermeraient tout au moins une allusion à ces combats mythologiques dont les combats réels ne sont, aux yeux des Tlishis, que la reproduction terrestre.

§ II. LES DASTUS ou DiSAS.

Ees observations auxquelles a donné lieu le nom de vriira sont, pour la plupart, applicables au nom de dasyuet à celui de dâsa (oxyton et paroxyton).

Ces deux noms, dont Tétroite parenté n'est pas contestée, et qui sont dans plusieurs formules rapprochés, I, 103, 3 ; IV, 28, 4; V, 30, 9 ; VIII, 59, 10 et 11, ou même expressément appliqués à un seul et même être,X, 22, 8, y désignent» ainsi que dans beaucoup d'autres passages, soit au singulier, II, 12, 10 ; m, 49, 2 ; VIH, 40, 6 ; X, 105, 7 ; 120, 2, soit au pluriel. I, 101, 5; IV, 28, 3; V, 29, 10; 31,5, et assez souvent à côté du nom de Vritra, VI, 23, 2 ; 29, 6; Vm, 66, 3; 85, 18; X, 23, 2; 49, 6, des ennemis vaincus par Indra ^.

1 . Et aussi, comme nous le verrons plus loin, par Soma, IX, 88, 4, «t par Agni, I, 78, 4, hp^pelé dasyuhantama^ VI, 16, 15; VIII, 39, 8, ou avec Taide d'Agni, VI, 14, 3. On triomphe aussi des Dasyus avec Taide des Açvint, V,70, 3, cf. I, 117, 3; 168, 5; VIII, 5, 31, ou de MaDyu,X, 83, 6, cf. 3.

Aussi donne-t-on à ce dieu le nom de dasyu-han « meurtrier des Dasyus » ou « du Dasyu », 1, 100, 12; VI, 45, 24 ; VUI, 65, 11; 66, 3, cf. IV, 16, 10, et à ses combats celui de dasyur halya «combat contre les Dasyus », ou « le Dasyu », I, 51, 6 et 6; 103, 4;X, 99, 7; 105, 11. Indra, dans l'intérêt de divers personnages que nous retrouverons plus loin dans rénumération de ses protégés, a « endormi ♦> des milliers de Dâsas, IV, 30, 21, «lié» les Dasyus « sans avoir besoin de cordes », II, 13, 9, conquis sur eux des étables de vaches, X, 48, 2. Les protégés d'Indra triomphent eux-mêmes des Dasyus avec son aide, I, 53, 4, et l'un d'eux reçoit au vers de rhymne Vâl. 7, qui commence par les louanges du dieu, et aux vers I et II de Thymne suivant, le nom de dasyave wika « loup pour le Dasyu * ».

Nous avons déjà constaté, à propos de l'application du nom de vvitra à des êtres réels, que les ennemis désignés par ce mot reçoivent quelquefois dans une même formule les deux dénominations opposées de dâsaei à'ârya. On prie Indra* de frapper les Vritras, tant i4ryas que Dâsas, VI, 22, 10 ; 33, 3. La même opposition se retrouve, sans le nom de vri7ra, dans d'autres passages où le secours du dieu est imploré contre les deux sortes d'ennemis, X, 38, 3; 83, 1 ; 102, 3, cf. VIII, 24, 27. Or, le nom d'Arya est celui du peuple védique, dont les différentes tribus étaient souvent en guerre entre elles, cf.* IV, 30, 18, aussi bien qu'avec les peuples de race différente, cf. VI, 25, 3. Le nom de Dâsa* doit donc, par opposition à celui d'-4rya, désigner les peuples de race non aryenne, et c'est en effet le plus ancien nom qui ait été donné plus tard, dans le système des castes, à la quatrième caste, composée des non-^ryas, dont le devoir était de servir les ilryas. Déjà dans quelques passages des hymnes, le mot ddsa parait avoir le sens général de serviteur, Vâl. 8, 3, cf. X, 62, 10, et même le sens figuré de serviteur d'un dieu, VII, 86, 7; et le nom d'un protégé d'Indra, que nous retrouvons plus loin, divoddsaj parait signifier ce serviteur du ciel». Cependant, l'emploi de beaucoup le plus ordinaire du mot ddsa^ comme du mot dasyu^ est celui dans lequel ils désignent un ennemi. Il s'en faut d'ailleurs que l'opposition du nom d'^lrya suf-

i* On peut rapprocher ce nom de Pexpression i/a^yave sahah a force contre 4« Dasyu i, appliquée à un personnage nommé Turviti (voir section V). .

2. Et aussi Indra et Agni, VI, 60, 6, Agni seul, X, 69^ 6, Indra et Varuna, VU, 83, 1.

Bbroaionb, La Religion védique , II» 14

fise toujours pour en déterminer l'application à un ennemi humain. On ne peut guère douter qu'il soit pris ainsi dans les passages déjà cités, et dans ceux où Indra est prié de distinguer lesi4rjas des Dasyusl, 51, 8, ou bien déclare luimême qu il distingue le Dâsa de Tilrya, X, 86, 19, (cf. Vâl. 3, 6?) , c'est-à-dire apparemment qu'il protège celui-ci de préférence à celui-là. Il ne saurait en e£fet être question d'une préférence accordée à Thomme sur le démon.

Mais déjà, dans les formules où il est question seulement des combats qu'Indra livre aux Dasyus ou auxDâsas pour Tilrya,

VI, 18, 3; 25, 2, on ne saurait affirmer avec certitude que ces combats soient des combats réels, terrestres. Il est en effet hors de doute que les mots dâsa et dasyu désignent dans les hymnes védiques, non seulement des races ennemies, mais aussi des démons.

Ils s'ajoutent souvent comme termes génériques au nom de différents démons combattus par Indra, que nous étudierons séparément, de Cushwa, VII, 19, 2; VIII, 6, 14; X, 49, 3, cf. IV, 16, 12; V, 31. 7; de Pipru, VIII, 32, 2 ; X, 138, 3, cf. I, 51, 5; de Namuci, V, 30, 7-9; VI, 20, 6 ; X, 73, 7; de Navavâstva, X, 49, 6 et 7; de Cumuri et de Dhuni, II, 15, 9;

VII, 19, 4; de Çambara et de Varcin, IV, 30, 14 et 15; VI, 26, 5; 31, 4; 47, 21 *, et d'autres encore, I, 51, 6, aussi bien que'd'Ahi lui-même, II, 11, 2.

Les Dasyus qui, au vers VIII, 14, 14, cherchent à escalader le ciel, et sont renversés par Indra, ne peuvent être que des démons, et ce passage nous révèle le sens primitif de la formule «Tu renverses les Dasyus *)),'au vers I, 78, 4, qu'elle y soit ou non appliquée à des ennemis réels. Indra renverse les Dasyus en les chassant du ciel, X, 55, 8, ou du monde entier, IV, 28, 4. Ou bien c'est la montagne elle-même « son amie», c'est-à-dire le nuage, qui rejette le Dasyu d'une secousse et le livre aux coups du dieu, VIII', 59, 11. Ce sont encore certainement des démons que ces Dasyus dont Indra triomphe dès sa naissance, VIII, 66, 1-3, cf. VI, 29, 6, et I, 51, 6, ou contre lesquels il prête son secours « aux dieux», X, 54, 1 '. Êtres ténébreux, cf. X, 73, 5, ils ont pour ennemie la lumière qui est « la meurtrière par excellence des Dasyus » aussi bien que « des Vritras », X, 170, 2, et c'est

1. AjouUz I, 59, 6; où c^est Agîù qui frappe le Dasju Çambara.

2. C'est Âgni qui eit là célébré comme le vainqueur des Dasyoa.

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