‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 131 sur 335 · Voir ci-dessus, p. 228, note Z · texte numérisé non relu

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sont plus en dette. ( Or ) le Soma n'est jamais bu sans salaire. » Cependant, si le payement se faisait attendre» riiomme saurait bien rappeler le dieu à ses devoirs, car il ne lui demande après tout que de faire ce qu'il ferait luimême à sa place, VIII, 14, 1 et 2 : « Si, comme toi, ô Indra, j'étais le seul maître de la richesse, celui qui me loue aurait pour amie la vache (serait nourri par la vache céleste). Je voudrais lui venir en aide, je voudrais lui faire des dons, ô maître de l'aide, à ce pieux adorateur, si j'étais le maître des vaches. » VII, 32, 18 et 19 : « Si j'étais, ô Indra, aussi puissant que toi, je voudrais faire des dons à celui qui me loue; ô dieu qui découvres les trésors, je ne te livrerais pas à la misère. Je voudrais venir en aide à celui qui me glorifie tous les jours, etc. » De pareilles mises en demeure sont aussi adressées, presque dans les mêmes termes, aux Maruts, I, 38, 4 et 5, et à Agni, VIII, 19, 25 et 26 ; 44, 23. Dans les deux premiers passages, le /}ishi complète même sa supposition en disapt aux dieux : « Si j'étais immortel e( que vous fumiez mortels^ etc. » Quand les dieux et les mortels ont payé leurs dettes respectives, ils n'ont plus qu'à s'adresser « des éloges* réciproques », I, 26, 9. Nous trouvons au vers IV, 42, 10, dans une prière qui semble résumer l'idée que l'auteur se fait de l'ordre universel, ces rapprochements caractéristiques : « Puissions-nous jouir de la richesse! Puissent les dieux jouir de l'oflfrande, et les vaches des pâturages î »

Ces textes, en dépit de leur hardiesse, expriment encore un sentiment qui a sa valeur morale : car c'est> en somme, celui de la justice. Nous en pouvons dire autant de tous ceux dont le sens peut se ramener à peu près à notre formule « à donner, donner », comme celui-ci, par exemple, III, 54, 3 : a Avec cette libation, je demande la richesse. » « Satisfais », dit-on à Indra, «c ton désir de Soma, et pense ensuite à nous faire des dons », I, 54, 9, cf. 55, 7. On met dans la bouche du dieu lui-même les paroles suivantes, X, 48, 5 : « Demandez-moi la richesse en pressant pour moi le Soma. » Et en effet, à chaque fois qu'il est enivré de Soma, il donne des troupeaux de vaches, I, 81, 7.

Mais la conception proprement védique du sacrifice est celle qui lui attribue une efficacité nécessaire, une action

1. On dit aussi d^Indra qu*il a honore • duvasyati^ III, 51, S, Us hjmiiM dç loaaage, pour faire entendre quMl les récompenst,

matérielle sur le ciel. C*est cette conception que nous avons rencontrée dans la première partie sous une forme qui ne supposait l'intervention d'aucun personnage divin distinct des éléments mêmes des phénomènes et du culte. On va voir quelle forme elle prend dans le culte d'un dieu de ce genre, et particulièrement dans le culte d'Indra.

Nous passerons rapidement sur un certain nombre d'expressions et de comparaisons curieuses surtout pour leur hardiesse, bien que quelques-unes soient en même temps assez significatives. Ainsi, les Aishis ne se contentent pas de comparer Indra* à une vache, VIII, 54, 3, cf. VIII, 13, 25 ; 82, 3 ; Vâl. 3, 7 ; 6, 7, qui vient allaiter son veau, II, 16, 8. On pourrait né voir là qu'une autre expression, assez bizarre, il est vrai, du sentiment exprimé sous une forme, à nos yeux au moins, plus naturelle dans tant de passages où le dieu est comparé à un père ', Vil, 26, 2 ; 32, 3 et 26, <x le plus père d, c'est-à-dire le meilleur « des pères », rV, 17, 17, et son suppliant à un fils qui « s'attache au bord de son vêtement », III, 53, 2. Mais les textes qui rappellent que l'antique Rishï Vasish^ha a a trait » Indra comme une vache au milieu d'un gras pâturage, VII, 18, 4, ou qui nous montrent les prêtres actuels appelant Indra <c comme une bonne vache à lait qu'ils veulent traire ^ », 1, 4, 1 ; VI, 45, 7 ;

!• Et d'autres dieux. Voir, par exemple, IV, 57, 2. On compare aussi in- TMrwmmil les vaches à Indra, YI, 28, 5. Au vers 16 de Thymne I, 25 à Varniia, les vaches soat les prières qui cherchent le dieu « comme un pâturage ».

9. Oumdmeà une mère, VIII, 1, 6; 87, il : car ily ades pères etdes frères qui ne donnent pas, VIII, 1, 6. Le nom de a père » est communément donné aaz différents dieux (Voir Grassmann, Woerteràuch, s. v. pitri), Indra est anssi un nid où se réfugie le suppliant comparé lui-même à un oiseau, I, «, 9, cf. 25, 4. L'image est du moins touchante. Celle du vers VIII, 45, 20 est bien hardie : elle fait d'Indra « un bâton de vieillesse ». Enfin nous retombons tout à fait dans Tétrangeté au vers II, 16, 8, où les faveurs du dieu sont comparées à des épouses auxquelles les suppliants désirent s*unir^ au vers IV, 20, S, oh Indra lui-même est comparé à une femme et le suppliant à un amant, enfin an vers II, 17, 7, où celui qui se compare à une vieille fille, languissant ohei ses parents, entend sans doute faire son fiancé du dieuqu*il invoque (cf. encore ;Ur, 11,14, 3, èLamdjùr), On dit aussi des dieux en général qn^lt ont pour celui qui est pieux un amour de « fiancé », I, 83, 2. Le suppliant ém Açvins est comme une femme parée, VIII, 26, 13 : sa parure est le sacrifice. Il les invite à venir dans sa demeure, comme une veuve invite son beau-frère (à remplacer son époux), X, 40, 2. Cf. encore X, 40, 6, et V,52,14.

3. Au vers VI, 45, 26, d*après lequel Indra est lui-même la vache pour oelui qui désire des vaches, le cheval pour celui qui désire le cheval, la figure est différente. Elle rappelle celle du vers I, 175, 6, a Tu es comme lea eaux pour celui qui a soif », et signifie simplement que Tadorateur d*Indra trouve en lui Taccomplissement de tous ses désirs.

Vâl. 4, 4, cf. X, 42, 2, semblent bien impliquer que le sacrificateur dispose à son gré du dieu, qu*il exerce sur lui une action matérielle. Indra est aussi un arbre dont les Aishis font pousser et mûrir les fruits, IV, 20, 5, ou une a source* » de richesse que les prêtres font couler, II, 16, 7. Ailleurs il n'est plus que le seau, cf. X, 42, 2, dont ils se servent pour puiser à la source, IV, 17, 16. La faveur d*Indra et de Pûshan est comme une branche d*arbre (chargée de fruits, cf. I, 8, 8,) qu*ils <( saisissent »,. VI, 57, 5. Ils <c saisissent » Indra lui-même, X, 103, 6, cf. V, 32, 11, cf. 12; VU, 24, 2, et non pas toujours par le bord de son vêtement, comme le fils qui s'attache à son père f : ce qu*ils empoignent au vers X, 47, 1, c*est sa main droite, pleine de richesses. Indra, et avec lui Pùshan, sont encore comparés à des rênes dans les mains d'un cocher qui ne serait autre que le prêtre, VI, 57, 6. Ou bien Indra est le char où le prêtre « pose son désir » comme il poserait « le pied » dans un char véritable, VII, 32, 2, cf. VI, 34, 2 ; VIII, 57, 1 . Il est encore comparé à une (c roue » que le chantre « tourne » à la façon d*un « charron », Vn, 32, 20, pour qu'elle roule ensuite au gré du sacrifiant, cf. IV, 31, 4 et IV, 1, 3. Aux vers III, 35, 2 ; VII, 19, 6. le prêtre se contente de dire qu'il attelle les chevaux d'Indra et l'amène ainsi à son sacrifice. Mais voici qui est mieux. Les sacrificateurs <i chassent » Indra ^ comme un <( gibier », VIII, 2, 6. L'auteur ajoute qu'il font cette chasse a avec des vaches » : c'est que les vaches, dans son langage, représentent les ofi'randes ou les prières. L'auteur du vers ni, 45, 1, en exprimant la crainte que d'autres sacrificateurs ne retiennent Indra, les compare à des oiseleurs qui l'auraient pris dans leurs filets.

Dira-t-on qu'il ne faut voir dans tout cela que des figures hardies? Mais le fait seul de cette hardiesse est déjà assez caractéristique. Peu importe que dans le même hjmno, et quelquefois dans le même vers, le dieu paraisse reprendre sa liberté d'action. Le prêtre qui doit, dans le brahmanisme pur, subordonner définitivement la puissance du dieu à la sienne, ne pousse pas encore ses avantages jusqu'au bout. Mais il ne faut pas oublier que nous trouvons déjà dans le flig-Veda, en

1. On rappelle encore le a grand lit • de la richesse, I, 4, 10; VIII, 82, It, par oii a elle coule ».

i. Voir ci-dessus, p. 231.

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