‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 163 sur 335 · Voir plus haut, p. 237 et · texte numérisé non relu

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3. Le rapprochement de ces trois passages montre bien que M. f^t^w Inann 8*e8t trompé en faisant de (anviU dans le dernieri une épiihète de ^rd.

sance», qui ne s' arrête jamais, est due, au moins en partie, aux hymnes qui lui sont adressés, cf. ibid.^ 4. Il est devenu grand par la prière, X, 50, 4, cf. VI, 44, 8. Sa grandeur s'accroît quand la prière est faite en son honneur, VI, 20, 3. Tout « adulte » qu*il est, les hymnes peuvent toujours faire grandir son « corps », VI, 24, 7, cf. I, 10, 12.

Quelle est l'origine de cette conception, qui attribue à la prière la vertu d'accroître la force et la grandeur d'Indra ? Elle s'expliquerait, au besoin, par la conception parallèle qui attribuait très naturellement cette action au breuvage sacré, et par rétroite liaison des deux éléments essentiels du culte, le Soma et la prière. En fait, les mêmes formules mentionnent souvent à la fois Y a accroissement » d*Indra par le Soma et par les prières, U, 12, 14; VI, 38, 4; VII, 22, 7; VIII, 6, 21; 13, 16 ; 84, 7. Ce n'est pas tout. Les prières, les chants qui accroissent ou fortifient Indra sont comparés à des flots, I, 52, 7; VIII, 87, 8, qui le remplissent comme un lac, I, 52, 7, ou comme une mer, I, 11,1, cf. VIII, 12^ 4 et 5. Les hymnes Taccroissent comme les rivières accroissent la mer, VIII, G, 35. Ces dernières formules semblent calquées sur celles qui expriment les effets du breuvage sacré. Ajoutons que Thymne qui fait croître Indra « en force » est aussi comparé à l'offrande du beurre, VIII, 12, 4\ Aux vers IV, 42, 6 et X, 89, 16, il est dit à la fois, des libations de Soma et des prières, qu'elles « enivrent » Indra. Cette expression, appliquée ailleurs encore aux prières, VIII, 53, 1, peut être expliquée directement, en ce sens qu'elles « excitent» Indra, III, 34, 1 et 2, ou, selon l'expression des vers VIII, 40, 10 et 11, qu'elles l'u aiguisent ». Elle suggère l'idée que les prières exercent sur Indra une action morale, analogue à l'action matérielle du Soma.

Mais ces explications, bien qu'elles renferment sans doute une part de vérité, paraissent insuffisantes pour rendre compte d'une conception aussi essentielle, aussi profondément enracinée dans l'esprit des Avjas védiques, que celle de la toute-puissance de la prière en général, et particulièrement de son action sur le dieu guerrier. Il faut avant tout la regarder, ainsi que nous l'avons fait à l'avance^, comme une des formes de l'idée védique de la toute-puissance du sacrifice. Mais il est permis aussi d'en rapprocher la croyance,

i. Cf. I, p. 283 et 312.

s. Plus haut, p. 235.

générale chez les peuples primitifs, à une vertu magique de la parole, des formules consacrées. C'est bien à cette croyance que Fauteur de l'hymne VI, 34 fait allusion quand il dit au vers III : « Les prières, les chants ne sauraient nuire à Indra; ceux-là seuls qui Taccroissent arrivent jusqu'à lui. » Les chants des /lishis sont en effet quelquefois des incantations redoutables. Indra n'a rien à craindre de ces incantations qui tuent le démon, ou, plus généralement, l'ennemi. Sa puissance le soustrait à l'action des formules quand cette action doit être pernicieuse ; mais elle n^est pas telle qu'elle ne puisse s'augmenter encore par l'influence des formules qui conspirent avec elle.

On sait d'avance l'usage que le dieu guerrier doit fure des forces nouvelles dont la source est pour lui dans les prières qui lui sont adressées^ comme dans le breuvage qui lui est offert. Les hymnes l'excitent à vaincre, IX, 111, 3. Les chants le font triompher, VII, 31, 12. Ce ne sont pas seulement ses forces que le sacrificateur a aiguise » ; ce sont aussi ses armes qu'il met en mouvement par des paroles, X, 120, 5. C'est pour qu'il tue Ahi que les prêtres l'ont « accru » avec leurs hymnes, V, 31, 4, cf. VIII, 85, 5. Indra, « aiguisé d, « accru » parles hymnes, conquiert les eaux célestes, VIII, 40, 10, frappe le Dâsa qui se croyait immortel et délivre les eaux qu'Ahi retenait prisonnières, II, 11, 2, cf. 17, 3. Les exploits ordinaires d'Indra, l'ouverture de l'étable des vaches, la victoire sur le Dàsa et la délivrance du soleil et de la vache, sont encore aux vers VI, 17, 1 et V, 33, 4, quoique en termes moins précis, rapportés à l'action des hymnes chantés en l'honneur du dieu.

Tout ce que nous avons dit des prières des hommes s*applique naturellement aux prières des dieux. Indra avait été célébré par les dieux quand il a tué Ahi, V, 29, 8, cf. VI, 18, 14. Tous les dieux l'avaient « accru, fortifié » pour ce combat « avec une éloquence accompagnée de Soma )>, X, 113« 8. Au premier rang des prêtres célestes qui accroissent la force d'Indra par leurs chants, il faut placer les Maruts, III, 32, 3, cf. I, 52, 15 ; V, 31, 10 et pasêim, auxquels nous consacrerons une étude particulière. Les hymnes qui aident Indra à délivrer les eaux se confondent naturellement dans le ciel avec la voix des eaux elles-^mêmesi IV, 22, 7, ou, dans le langage mythologique, avec la voix

des vaches et dos montagnes» VIII, 85, 5, c'est-à-dire avec le bruit du tonnerre.

Les formules qui célèbrent les victoires remportées, et plus généralement les œuvres accomplies par Indra « au moyen des hymnes», II, 11, 15; III, 34, 1; VI, 39, 2, cf. VIII, l", 8, « de la parole », X, 23, 5, ou, ce qui revient sans doute au même, « au moyen de la vache* », V, 30, 7, peuvent donc s'entendre des hymnes célestes aussi bien que des hymnes terrestres. Enfin la prière, considérée comme l'instrument des victoires d*Indra, n'a pas été seulement transportée de la terre au ciel : elle a été mise quelquefois dans la bouche d'Indra lui-même. Indra chante des hymnes, X, 44, 8; 112, 9, cf. I, 62, 1 ; 80, M6; IV, 16, 3; X, 105, 6, et en chantant il ouvre' « les portes », VI, 35, 5, sans doute les portes de rétable des vaches. C*est pour cela qu'on l'appelle le plus vipra, c'est-à-dire, d'après le sens étymologique, le plus inspiré des poètes, X, 112, 9. C est sans doute aussi pour la même raison qu'il reçoit, en divers passages, plusieurs des noms qui désignent les prêtres, et particulièrement, outre le même nom de vipra, I, 51 , 1 ; VIII, 2, 36 ; 6, 28 ; 87, 1 , celui de brahmauj VI, 45, 7; VIII, 16, 7, et le titre par excellence des auteurs des hymnes, celui de Tishiy V, 29, 1 ; VIII, 6, 41 ; 16, 7. Il faut considérer comme relativement tardives des formules telles que celle des vers X, 159,4 et 174, 4, cf. ibid. 1, etX, 173, 3, où il est question de l'offrande qu'Indra a sacrifiée pour acquérir sa haute dignité, et surtout celle du vers X, 167, 1, portant qu'il a conquis le ciel en pratiquant l'ascétisme ^. Mais le mythe des sacrificateurs célestes prenant part aux combats d Indra et venant à son secours avec leurs hymnes, ce mythe, dont nous reparlerons dans l'étuda particulière que nous devons faire des rapports d'Indra avec les Ângiras et, plus tard, dans le chapitre de la troisième partie qui sera consacré aux Maruts, parait remonter à une haute antiquité, et nous n'avons aucune raison de croire qu'Indra ait beaucoup tardé à faire chorus avec ses compagnons, I, 100, 4; 173, 2, etc.

On sait que la prière est souvent représentée comme une vache. Cette figure a naturellement été appliquée à la prière

i. Voir ci-dessous, p. 278.

V Vi grinifàe, voir I, p. V (en note). Cf. ni ghoshayaSf Vàl. 2, 8 et 3, 8.

3. Il faut avoir Tesprit prévenu pour chercher, comme l'ont fait M. Orassmann et M. Ludwig, une interprétation naturaliste d'une expression aussi connue que tapas paritapya.

adressée à Indra, IV, 41, 8; VIII, 24, 6; X, 104, 3, cf. 10*. Combinée avec l'idée que la prière « fortifie » Indra, elle a donné les formules où le dieu est comparé à un veau et les prières a des vaches mères, VI, 45, 28, qui le lèchent, I, 186, 7; m, 41, 5, ou mugissent après lui, VI, 45, 25; VIII, 84, 1, cf. 77, 1. Les mères qui a avec la bouche » ont fait dlndra leur « fœtus », VIII, 6, 20, sont apparemment les prières. La mère qui V « annonce » au sage, II, 30, 2 doit avoir la même signification.

Il va sans dire que la prière, mèro d'Indra, peut être une prière céleste. Nous lisons au vers VIII, 6, 28, qu'Indra est né « par la prière » sur le penchant des montagnes, au confluent des rivières. Les prières terrestres elles-mêmes rappellent ces vaches qui ont mugi à la naissance d'Indra, Vni, 59, 4, ces mères avec lesquelles il mugit lui-m6me dans ses combats célestes, II, 11, 8, cf. VIII, 85, 5, c'est-àdire les eaux de la nuée dont la voix, prototype de la parole humaine, et particulièrement de la prière, n'est autre que lo bruit du tonnerre.

En tant qu'instrument des victoires d'Indra, X, 23, 5; 42, 1, la parole, la prière devient une arme^ que le dieu aiguise comme le tranchant du fer, VI, 47, 10 ^, une flèche que lui apportent ses suppliants, cf. X, 42, 1, et qu*il doit diriger contre leurs ennemis. De là les « taureaux » du vers I, 84» 16, qui ont « des flèches dans la bouche » : ils ne peuvent représenter que des prêtres réels, ou mythiques. Au vers VHI, 6, 3, ce sont les Kanvas qui, en faisant entendre leurs hymnes de louange, « disent une arme sœur », cf. X, 8, 7 ; sœur peutêtre de la foudre ^ comme ailleurs les prières semblent être dites sœurs des aurores, VII, 72, 3. En tout cas, la foudre qu'Indra aiguise et porte dans ses mains est, au vers X, 153^

1 . La vache qui c in? oque » Indra ne peut être que la prière. Au ?ert VIII, 88, 4, 1' « étable » vers laquelle on prie Indra de se diriger en écoutant les hymnes parait bien être Tétable des prières. On peut identifier toit aux prières, soit aux offrandes, les vaches dont il est question aux Yen 1, 173, 8; III, 31, il; VIII, 4, 8; 6, 19; 32, 22; X, 43, 6. Qjand la Taebe « mugit », I, 178, 3, elle ne peut guère représenter que la prière.

2. Cf. I, p. 810 et 311. Au vers X, 120, 5, le poète se vante seolcment d* a aiguiser o par sa prière les armes en même temps que la « force » d*Iii* dra. Nous verrons aussi Trita frapper le sanglier avec une prière à pointe de fer, X, 99, 6.

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