Voir plus bas, chap. V, sect. m
L'union de Soma avec la prière, IX, 71, 8*, a donc été considérée comme une union sexuelle qui paraît exprimée au vers IX, 69, 1 par le verbe upapvicyate, cf. V, 47, 6; VI, 26, 8. Une allusion à la même idée est peut-être contenue dans ce passage : « Les prières... s'approchent volontiers de Soma qui les accueille volontiers », IX, 95, 3. En tout cas le vers VI, 47, 3, d'après lequel Soma « éveille » la prière qui s*éveille « volontiers», semble, comme je l'ai montré ailleurs', impliquer Tassimilation de Soma à un époux ou à un amant. Il est vrai que dans le même vers, cette expression : « Il excite la parole », rappelle celles qui nous ont paru expliquer la conception de Soma comme père de la prière. Mais l'idée vague d'un inceste du père et de la fille ne serait pas plus étraige dans ce passage que ne l'est l'idée, formellement exprimée, d'un inceste du fils avec ses mères, dans les vers IX, 19, 4 et 5. Car ces vers, en même temps qu'ils confirment d'une façon définitive l'assimilation à une union sexuelle des rapports conçus entre Soma et les prières, nous révèlent une troisième conception des mêmes rapports, qui est juste l'inverse de la première que nous ayons examinée. Je les traduis intégralement : « Les prières mères ont mugi sur le sperme du taureau, du veau qui est leur fils. — Elles désirent le mâle : va-t-il, en coulant, déposer un fœtus dans le sein de celles qui donnent un lait pur ? »
Cette dernière conception, qui fait des prières les mères de Soma, est très familière aux poètes védiques. Elle peut s'expliquer directement^ par cette idée que la récitation des prières, aussi bien que le mélange du lait caillé, est nécessaire pour compléter l'offrande du breuvage. Nous y sommes donc en quelque sorte préparés par les passages qui nous montrent Soma purifié par la prière, IX, 113, 5, par les prières, IX, 96, 15, ou, selon une figure que nous avons déjà rencontrée à propos des doigts, étrillé par les prières comme un cheval, I, 135, 5, par les sept prières, IX, 15, 8, cf. IX, 17, 7 ; 63, 20. Il est dit dans le même ordre d'idées que les prêtres font briller Soma au moyen des prières, IX, 40, 1, que les chants eux-mêmes le font briller, IX, 43, 2,
1 Dans C6 passage, Samnasate pourrait s*entendre de la réunion du petit à sa mère, cf. Vlll, 61, 14, aussi bien que d^une union seiuelle, cf. II, 16, 8.
i. Article cité p. 104.
3. On peut en rendre compte mieux encore indirectement par l'assimilation des prières aux mères célestes de Soma.
cf. 2, 7, qu'il en est orné, IX, 43, 3 ; 105, 2, qu'on l'en rerét IX, 43, 1, cf. IX, 86, 46. D'ailleurs au vers IX, 35, 5,1e Soma revêtu de chants est en même temps appelé celui « qui excite la parole ». Mais cette conception, la première que nous ayons relevée, n'est pas, pour les poètes védiques, incompatible avec la conception inverse d'après laquelle il est lui-même excité par la parole, et les deux conceptions sont en effet rapprochées au vers IX, 72, 1*. Soma est donc excité par la prière, IX, 64, 16, parles prières, IX, 99, 2, cf. 107, 24, par les sept prières, IX, 8, 4, et cette formule destinée» comme les précédentes, à célébrer l'action attribuée aux prières dans la préparation de l'offrande du Soma, peut comme elles, et comme une autre encore qui attribue aux hymnes^ IX, 17, 4, et aux chants, I, 91, 11, l'accroissement de Soma (d'où l'épithète girâvridli, IX, 26, 6), servir d'explication à la formule, beaucoup plus hardie, d'après laquelle Soma est « fait par la prière », IX, 3, 2, cf. 25, 2 ; 44, 2; 68, 7. Après cette dernière, qui est encore relevée, non seulement par la métaphore du vers IX, 97, 22, où nous voyons la parole « charpenter » le Soma, mais encore par le rapprochement du vers IX, 15, 1, d'après lequel c'est la prière, aussi bien que les doigts, qui fait couler Soma , il n'y a plus qu'un pas à faire. Nous arrivons à la formule « enfanté par le chant » appliquée à Soma, IX, 62, 15, et enfin au titre formel de (( mères de Soma» doniié, comme nous l'avons vu plus haut, aux prières, IX, 19, 4. Je n'insisterai pas sur l'hymne X, 125, où Soma est compris avec plusieurs autres dieux dans une énumération des fils de la parole sacrée (vers 2;. Mais du passage déjà cité, je rapprocherai le vers IX, 61, 14, où les chants qui accroissent Soma sont représentés comme des vaches qui auraient un seul et même veau. Soma est encore « un petit que lèchent les prières », IX, 85, 11; 86, 31, cf. 86, 46. Cotte dernière image peut passer pour une dérivation des formules relatives à la purification du Soma par les prières. Dans une de ces formules, du reste, les prières reçoivent expressément le nom de mères, IX, 111, 2*. Soma est aussi directement appelé «l'enfant de la parole »,
1 . Je sous-entends (am avec hinvaie. En tout cas Taccentuation de ce verbe proave qu'il commence une proposition, et que par conséquent trayati n*e8t pas un participe. Quant à Paccentuation deîrayùti^ elle s*explique parTopposition avec hinvate.
â. Il faut sans doute lire marjayate au lieu de marjnyasi.
IX, 67, 13. Enfin les vaches qui ont «fait» Soma «au moyen des bouches», IX, 99, 3, sont probablement encore les prières. C'est peut-être la même idée, combinée avec cette autre idée que la mère de Soma est en même temps sa fille, qui peut donner le mot de Ténigme suivante, X, 63, 11: «Ils ont, dans une pensée secrète, par une parole * mystérieuse, mis la femme dans le fœtus et le veau dans la bouche. » La femme dans le fœtus serait la mère naissant de son fils, et le veau dans la bouche, le Soma fils de la prière.
Les prières ont donc été considérées tour à tour, ou même ila fois, en dépit du paradoxe ou de Tinceste, comme les filles, comme les épouses et comme les mères de Soma. Comme mères et comme épouses, elles sont souvent assimilées à des vaches. Les poètes les représentent encore de même dans d'autres passages où la nature de leurs rapports avec Soma n'est pas précisée, IX, 72, 6. Les prières qui mugissent, IX, 66, 11, ne peuvent être aussi que des vaches. Au vers IX, 97, 34, cf. 35, par une curieuse interversion des termes, il est question tour à tour de « vaches » qui « implorent » le vacher, et de « prières » qui s'avancent en « mugissant » vers Soma. Les vaches mugissent après leur veau. Les prières qui mugissent après Soma, IX, 90, 2; 106, 11, comme des vaches, IX 94, 2, ont donc pu être considérées comme ses mères. Au vers IX, 34, 6, c'est Soma, mugissant lui-même, qui fait mugir les chants comme des vaches. Cette formule pourrait aussi s'appliquer au mâle au milieu de ses femelles.
Les éléments femelles du sacrifice correspondent aux éléments femelles des phénomènes célestes, et la prière correspond tout particulièrement à la voix du tonnerre. Les passages où nous voyons Soma «engendrer la parole », étant revêtu des eaux, IX, 78, 1, ou mettre en mouvement à la fois la parole et les eaux , IX, 62, 25 et 26, cf. IX, 35, 2 et 6, qu'il précède. IX, 62, 25 et 26; 86, 12; cf. 99, 1; 106, 10, semblent bien contenir au moins une allusion au Soma-éclair précédant la voix du tonnerre et répandant les eaux du ciel. De même la mer, IX, 107, 21, au milieu, ou, selon l'expression du vers IX, 12, 6, au « sommet » de laquelle il excite, il met en mouvement la « parole », si elle n'est pas la mer céleste elle-même, en suggère au moins