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2. Il ne se rencontre seul qu*au vers I, 104, 3. Mais au vers I, 103, 8, les noms de Çusbna et de Kuyava sont sépares par celui de Pipru. Ces dififérenU textes semblent nous faire assister à une analyse et à une synthèse succèssives du personnage du démon, toujours le même au fond sous ses noms divers.
l'intervention de Kutsa, que le résultat du combat est souvent la conquête du soleil. Il est vrai, et nous avons eu déjà roccasion de faire cette observation*, que la conquête du soleil peut s'expliquer par les phénomènes de Torage. En fait, Indra est prié, au vers I, 121, 10, de frapper Çushna « avant que le soleil disparaisse dans Tobscurité », c'est-àdire sans doute derrière la nuée. Mais on dit aussi qu'Indra a frappé Çushwa pour Kutsa « au point du jour », IV, 16, 12, cf. V . 31, 7, et dans un autre passage où Çushna, il est vrai, n'est pas expressément désigné comme l'un des « serpents » vaincus par Indra, mais où figure Kutsa, son ennemi ordinaire, le dieu guerrier conquiert pour celui-ci les aurores en même temps que les eaux, X, 138, 1.
Le mot kiUsa est employé au pluriel dans un passage où il désigne des chantres qui adressent un hymne à Indra, VII, 25, 5. On peut conclure de là que Kutsa a été considéré comme l'ancêtre d'une famille sacerdotale, à laquelle appartenait aussi sans doute un personnage appelé, au vers X, IC^, 11, le fils de Kutsa, et le « veau » de Kutsa, qu'Indra a secouru dans le combat contre le Dasyu. Il est lui-même appelé un iîishi, I, 106, 6. On peut interpréter dans le sens de « sacrificateur » Tépithète kvitvan qui lui est donnée au vers VIII, 24, 25, d'après lequel Indra a frappé pour lui un ennemi non désigné, mais qui ne peut guère être que Çushna. Enfin, dans un autre passage où l'ennemi ordinaire de Kutsa est expressément nommé, le favori d'Indra reçoit Tépithète dâcvâms, VI, 26, 3, qui en fait décidément un pieux serviteur du dieu.
Mais si Kutsa est un sacrificateur, c'est un sacrificateur mythique. L'ennemi de Çushwa n'est pas plus un personnage réel que Çushna lui-même. En efi'et, il n'est pas dit seulement qu'Indra a frappé Çushna pour Kutsa, I, 63, 3; 121, 9;
IV, 16, 12; VI, 26, 3, qu'il a aidé Kutsa dans les combats contre Çushna, I, 51, 6, cf. X, 49, 3, qu'il l'a aidé en l'exauçant dans le combat et lui a soumis Çushna, VII, 19, 2, cf. X, 99, 9. D'autres formules nous montrent Kutsa, dans son combat contre Çushna, monté sur le char même d'Indra,
V, 29, 9, cf. X, 29,' 2, qui le mène avec lui, V, 31, 7 et 8, cf. I, 174, 5; VIII, 1, 11, et le prend pour cocher, II, 19, 6;
VI, 20, 5. Au vers V, 31, 9, Indra et Kutsa sont, non seu-
lement portés sur un même char, mais invoqués ensemble, et on peut interpréter aussi comme une double invocation le passage où Indra est prié de combattre Çushna avec Kutsa, VI, 31, 3. Le couple dlndra et Kutsa offre, en somme, une grande analogie avec ceux d'Indra et Agnî et d'Indra et Soma. D'après le vers IV, 16, 10, Indra et Kutsa, montés sur le même char, cf. 11, sont « semblables », et la femme « connaissant la loi » qui « cherche à les distingfuer», ibid,y rappelle la prière, mère des deux jumeaux, particulièrement d'Indra et AgniS et surtout la prière qui, sous le nom d'Indrânî, est réponse commune d'Indra et de Vrishâkapi représentant Soma^. Au vers V, 29, 9, Kutsa, associé avec les dieux à l'exploit d'Indra, est sans doute le Soma ou le feu de ces sacrificateurs divins, cf. 7 et 8.
L'identité de Kutsa avec Agni ou Soma, déjà suggérée par son caractère de sacrificateur et d'ancêtre mythique, semble de plus confirmée par des arguments directs. Il est au vers I, 63, 3, appelé à la fois « brillant » et « jeune », comme Agni. Son nom est plusieurs fois accompagné du patronymique àrjuneya, I, 112, 23; IV, 26, 1; VII, 19, 2; VIII, 1, 11 : or, Arjuna, dont le nom signifie « brillant », et sert d'épithète, tantôt à la foudre, III, 44, 5, tantôt à l'aurore, I, 49, 3, et au jour, VI, 9, 1, ne peut être qu'un personnage de nature lumineuse et ignée, et les fils des personnages mythologiques sont souvent identiques à leur père. Enfin, au vers I, 175, 4, Kutsa paraît être le trait même qu'Indra lance contre Çushna, c'est-à-dire probablement l'éclair, forme céleste d*Agni et de Soma. L'auteur du vers IV, 16, 12, en même temps qu'il rappelle la victoire remportée par Indra sur Çushna dans l'intérêt de Kutsa, le prie de briser les Dasyus avec une arme désignée, non plus par le nom même de Kutsa, mais par un dérivé de ce nom. Peut-être le mot kulsya désigne-t-il ici la foudre présentée à Indra par Kutsa. C'est ainsi que Soma, tantôt aiguise la foudre d'Indra, tantôt est identifié lui-même à la foudre.
Kutsa peut d'ailleurs représenter aussi l'autre forme céleste d'Agni et de Soma, c'est-à-dire le soleil. Dans un assez grand nombre de passages, le résultat du combat livré par Indra à Çushna, dans l'intérêt et avec le concours de Kutsa,
1, Voir plus haut, p. 297.
i. Voir plus haut, p. 270-272.
est la conquête, ou, selon l'expression des vers I, 175, 4; VI, 31, 3, cf. IV, 30, 4, a le vol » du soleil, qu'Indra fait avancer, V, 29, 9 et 10, ou est prié de faire avancer, IV, 16, 12, cf. I, 174, 5, dans l'espace visible. Il est permis de supposer que c'est ausisi le soleil qui est désigné par le mot Viçvâyu « ce qui est commun à toutes les races » aux vers IV, 28, 2 et VI, 20,5, dans la formule « ce qui est commun à toutes les races a été dérobé au démon » ; dans les mêmes vers, en effet, nous lisons qu'Indra, avec Kutsa pour allié, a abaissé la roue du soleil qui était sur un plateau élevé (sans doute dans le monde invisible), qu'il a aidé son cocher Kutsa dans la conquête du soleil. Or, ce même mot Viçvâyu paraît remplacer le nom de Kutsa au vers X, 22, 14 : « Tu as frappé Çushna pour Viçvâyu. » C'est ainsi que l'Agui céleste, et particulièrement l'Agni solaire est désigné par le nom de Vaiçvânara*. 11 se pourrait donc qu'au vers V, 29, 10, les deux exploits d'Indra, qui consistent l'un à lancer en avant la roue du soleil, l'autre à ouvrir l'espace à Kutsa pour qu'il y marche, n'en fissent en réalité qu'un seul. C'est sans doute aussi le soleil que Kutsa représente quand le dieu l'emmène en fouettant le coursier solaire Etaça^, VIII, 1,11.
Comme plusieurs protégés des Açvins dans lesquels nous reconnaîtrons pareillement des personnifications du soleil ou de réclair, Kutsa est, au vers I, 106, 6, plongé dans une fosse, d'où il appelle Indra à son secours ^
Nous n'avons pas épuisé la série des traits variés dont se compose la figure complexe de Kutsa. Ce sacrificateur , ce compagnon qu'Indra protège et qu'il aime, I, 33, 14, devient quelquefois son ennemi. Il est vaincu par Indra, en compagnie d'i4yu et d'Atithigva, II, 14, 7; Vâl, 5, 2. Les vers I, 53, 10; VI, 18, 13, nomment même un personnage en faveur duquel Indra a remporté cette triple victoire : c'est le jeune roi Tûrvayâna. Cependant le caractère mythique de Kutsa et d'^yu * est trop bien établi pour que la contradiction des passages qui les présentent comme des amis d'Indra et de ceux où ils figurent comme les ennemis du dieu guerrier puisse être expliquée historiquement, par les