‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 266 sur 335 · SECTION III LES PROTÉGÉS DES AÇYINS · texte numérisé non relu

SECTION III LES PROTÉGÉS DES AÇYINS

il*'. — Considérations générales. — Noms divers.

Les protégés des Açyins reçoivent pour la plupart la qualiflcatioQ de rishis, de chantres, de prêtres ^ Mais ce n'est pas pour nous une raison de reconnaître en eux des personnages réels. Si quelques-uns ont vraiment existé, leurs aventures n'en sont pas moins du domaine de la mythologie. Je dirai plus : elles intéresseraient encore notre étude si la légende elle-même avait, en ce qui concerne ces personnages, un fondement historique. Le fait réel d'une guérison ou d'une délivrance inespérée n'aurait, çn tout cas, été attribué à l'intervention des Açvins qu'en vertu de la préexistence de mythes relatifs à des guérisons ou à des délivrances*. Le récit de ce fait aurait, suivant une loi déjà reconnue plus haut*, revêtu la forme mythologique consacrée et pourrait être à bon droit considéré par le mythologue comme un nouvel exemplaire du mythe lui-même. Mais, dans la plupart des légendes qui nous ont été conservées avec des détails suffisamment circonstanciés, nous trouverons des raisons assez fortes de croire au caractère mythique, absolu et originaire, tant du personnage que de ses aventures.

Nous pourrons aussi préciser ce caractère et appuyer l'identification de nos héros à Agni et à Soma *, sur des rai-

i. Le suppliant des Açvins est une première ibis sous le nom d*Auçija, I, 119, 9, une seconde fois sans nom propre, X, 40, 6, conçu comme une abeille qui bourdonne à leur oreille, et qui leur apporte son miel. Mais ce miel n*e8t sans doute autre que la prière ou le Soma. Si la formule du ▼ers I, 112, 21 signifie réellement « Vous portez un doux miel aux abeilles », il est possible que les abeilles y désignent aussi les prêtres, recevant le miel céleste en échange du leur. De l'abeille on peut rapprocher la a fourmi qui a bu », I, 112, 15, et que secourent aussi les Açvins : le breuvage était apparemment le Soma, et le buveur de Soma, représenté par la fourmi^ est encore le prêtre.

2. Les suppliants des Açvins leur demandent, comme aux autres dieux d'ailleurs, de faire pour eux ce qu*ils ont fait pour les anciens Aishis, VIII, 8, 6, et en général pour leurs anciens suppliants, cf. III, 58, 6.

4. On pourrait aussi songer, du moins pour quelques mythes, à une expU-

sons directes, pour le plus grand nombre^ et sur une inférence analogique pour les autres. Les raisons directes seront tantôt le nom, tantôt quelque trait particulier, tantôt enfin une argumentation qu'il serait fastidieux de répéter chaque fois que l'occasion s'en présentera, qui est également applicable aux protégés d'Indra et à ceux des Açvins, et qu'il suffira d'indiquer ici, une fois pour toutes : la réunion, dans le même personnage mythique^ d'attributs sacerdotaux et d'attributs empruntés au soleil ou à l'éclair, trouve son explication la plus simple et la plus complète dans l'identification de ce personnage avec Tun des dieux qui sont à la fois des prêtres et des représentants du soleil et de l'éclair, c'està-dire avec Agnl ou avec Soma.

Il y a, en outre^ un argument général, et en quelque sorte a priori en faveur de l'identification des difi'érents héros de la légende des Açvins, soit à Agni, soit à Soma. C'est celui qu'on peut tirer du rôle qu'Agui et Soma ou les phénomènes qu'ils représentent jouent, sous leurs noms vulgaires, dans les hymnes adressés aux Açvins, des relations constatées entre eux et le couple des divinités tutélaires.

A peine est-il utile de remarquer que le feu du sacrifice terrestre joue, vis-à-vis des Açvins, le même rôle que, vis-à-vis des autres divinités, celui de sacrificateur. Il est le sacrificateur a antique » qui les honore, 1, 117, 1, qui honore les deux a jeunes gens », VI, 62, 4. Il s'est dressé pour les honorer dans les sacrifices, VI, 63, 4, et ne difi'ère probablement pas du sacrificateur qui, dans le même vers^ les « attelle » à son invocation. Cet « amant des eaux » nourrit les Açvins avec l'ofi'rande, I, 46, 4. Ceux-ci répondent à l'appel de l'homme quand a celui qui nourrit tout va vers eux », VII, 71, 4. Ils mettent, selon la formule bien connue, « le lait cuit dans la vache crue », quand le sacrificateur, a pareil à on serpent

cation plus simple et, si j^ose le dire, plus terre à terre, d*aprë8 laquelle ils exprimeraient non la relation de certains phénomènes célestes arec Agni ou Soma, mais leurs effets sur Thomme lui-même, non pas, bien entendu, sur tel homme en particulier, mais sur Thomme au sens générique. Cest ainsi que Tauteur de Thymne I, 113, à TAurore, n*a vraisemblablement en vue que rhomme, considéré successivement pendant la nuit et au lever du jour, quand il parle de celui qui était couché et que la déesse fait marcher, de ceux qui voyaient mal et à qui elle donne une vision nette (vers 5), de ceux qui étaient « morts » et qu'elle a réveille • (vers 8j. Des formules de ce genre ont très bien pu concourir à la formation de quelques-uns des mythes qui composent la légende des Açvins. Mais on verra qu'en général elles ne suffiraient pas pour les expliquer complètement.

brillant, » les honore au milieu du bois, I, 180^ 3. C'est encore Âgni, sans doute, ce messager qui a réveillé les Açyins et auquel le prêtre se compare, VII, 67, 1, cf. 2. Le ' rapprochement des vers VII, 73, 2 et 3, dont le premier nous rappelle l'intronisation du sacrificateur de Manu, honorant et louant les Nâsatyas, suggère l'idée que, dans le second, c'est peut-être aussi Âgni qui est désigné par le nom de Vasish- Iha^ et représenté comme s'éveillant pour les Açvins, envoyé vers eux et les accueillant avec des hymnes de louange. L'Agni terrestre est même dans un rapport particulièrement étroit avec les Açvins ainsi qu'avec l'Aurore, comme on Ta va < par les nombreux passages où ces trois noms sont rapprochés.

Quant au Soma du sacrifice terrestre, les Açvins, quoiqu'on leur fasse aussi une offrande spéciale de lait chaud, ghanna^j le boivent, VIII, 35, 1, ainsi qu'Indra et les autres dieux. Ils sont compris dans des énumérations de buveurs de Soma, IX, 7, 7 ; 8, 2. Il faut remarquer particulièrement l'expression « trésors des liqueurs », nidhayo madhùnani, 1, 183, 4; III, 58, 5, cf. VII, 69, 3, ou simplement « trésor », V, 43, 8; VII, 67, 7, désignant vraisemblablement le Soma, qui n'est guère employée que dans les hymnes aux Açvins *, On leur offre encore les « plantes enivrantes », VII, 68, 2, c'est-à-dire toujours le Soma. C'est aussi le Soma qui paraît représenté par cet ce animal éveillé » que « goûtent » les Açvins, VIII, 5, 36. Enfin le vers suivant, tout en les invitant i boire le Soma terrestre, rappelle qu'ils le boivent aussi li-haut : VIII, 76, 1. « Comme deux taureaux dans un ruisseau, buvez, ô héros ! le Soma pressé : car il vous est cher dans le ciel. »

Agni et SomRst sont, l'un et l'autre, représentés dans le ciel par le soleil et l'éclair. Mais on sait que l'éclair est rarement nommé par son nom. Quant au soleil, il suit de près la manifestation des Açvins, compagnons de l'Aurore, ainsi que nous l'avons vu plus haut^ cf. I, 47, 7 ; IV, 45, 6.

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