LE COUPLE DES AÇVINS
Après avoir étudié les œuvres des Açvins et avoir reconnu dans leurs protégés les éléments ordinaires de la mythologie védique, il nous reste à chercher ce qu'ils représentent eux-mêmes, en insistant particulièrement sur le fait caractéristique qu'ils constituent un couple.
Ce couple semble à première vue indissoluble. L'étroite union des Açvins a inspiré aux auteurs des hymnes II, 39 et X, 106 de véritables litanies de duels. Pour ne citer que les traits les plus curieux, ils sont comparés aux deux yeux, aux deux lèvresy aux deux narines, aux deux oreilles, aux deux mains, aux deux pieds de Thomme, II, 39, 5 et 6^ cf. 7 et X, 106, 9, ou même aux deux seins de la femme, parce que c'est d'eux que vient la nourriture, II, 39, 6. C'est ainsi qu'on exprime à la fois l'idée qu'ils sont indissolublement unis, et qu'ils rendent à leurs suppliants les services les plus indispensables : ils conduisent au but comme les pieds, ils donnent des avertissements comme les narines, etc. On les compare encore aux deux ailes d'un oiseau, X, 106,3.
Mais cette union étroite n'empêche pas que, dans plus d'un texte, les deux Açvins ne paraissent distingués Tun de l'autre. Ils le sont formellement aux vers 4-6 de l'hymne I, 181. L'un des Açvins y estappelé à la fois un «riche bienfaiteur» (*iirt) cf. maghavan^, et un « vainqueur » ; c'est sans doute au même que le poète attribue deux Haris ou chevaux bais; et c'est encore lui sans doute qui fait couler les rivières célestes vers ses suppliants, c'est-à-dire sur la terre; tous ces traits conviendraient merveilleusement à Indra *^.
Or, au vers 1, 109, 4, Indra et Agni reçoivent formellement
i. Plus haut, p. 169.
2. Les attributs de Tautre Açvin sont moins caractéristiques. Le nom d« « fils (lu ciel » (vers 4) rappelle la qualification semblable donnée au couple, I, 182, 1 ; IV, 43, 3; 44, 2. Si, comme il est possible, leKakuhadu vers 5 est TAçvin lui-même, cet Açvin est confondu avec un être mythique qui, d'ordinaire, est porté sur le char des Açvins (voir plus haut, p. 442). Est-ce encore le même Açvin qui est appelé, au vers 6, un taureau, çaradtnt (voir p. 448, note 3) ?
le nom d'Açvius. A la vérité on pourrait se demander si lemotacmnd ne serait pas ici une simple épithète, signifiant « qui ont un cheval ou des chevaux»*. Mais si Ton remarque que le mot açvin (au singulier) est en outre appliqué, au vers VII, 1 , 12, à Agni, et au vers 1, 53, 4, probablement à Indra ^, et qu'il ne l'est à aucune autre divinité, il devient bien vraisemblable que les /tishis ont réellement fait avant nous le rapprochement des deux couples des Açvins et d'Indra et Agni.
Le mot nâsalya qui peut, comme nous l'avons dit ^, passer moins pour une épithète, que pour un second nom des Açvins, et qui n'est appliqué à aucune autre divinité *, entre une fois en composition avec le nom d'Indra, et ce composé, construit au duel ^, indra-nâsatyâ, se rencontrant au vers 8 de l'hymne VIII, 26 aux Açvins, ne peut désigner que les Açvins eux-mêmes. On en conclura encore qu'Indra y est identifié à l'un des deux Açvins.
L'assimilation du couple des Açvins à celui d'Indra et Agni peut sembler contradictoire avec ce que nous avons dit du caractère pacifique des Açvius, opposé au caractère belliqueux d'Indra. Mais en marquant cette opposition, nous avons signalé aussi un trait de ressemblance entre le dieu guerrier et les dieux médecins: c'est qu'ils sont également bienveillants pour leurs suppliants, toujours propices à ceux qui les invoquent. Il faut ajouter que si les Açvins prennent très rarement les attributs guerriers d'Indra, celui-ci remplit plus souvent des fonctions semblables à celles qui caractérisent les Açvins.
Indra, comme les Açvins, est un guérisseur et un sauveteur, VIII, 1, 12 ; 88, 8. Il rend la vigueur à celui qui est épuisé, à celui qui est amaigri^, II, 12, 6; il guérit l'aveugle et le boiteux, II, 13,12; 15, 7, qui étaient abandonnés, IV, 30, 19. Il fait revenir l'exilé, II, 15, 7, du séjour inférieur où il avait été relégué, II, 13, 12.