‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 330 sur 335 · Nas, cf. V, 6i · texte numérisé non relu

Nas, cf. V, 6i

dique » me semble donc peu vraisemblable \ Reste la dernière interprétation des commentateurs, d'après laquelle le mot nâsatya serait un dérivé formé avec le suffixe tya du mot nô^a « nez », ou plutôt « narine ))^ avec abréviation do la voyelle finale du primitif, ou plutôt sans doute d'une forme masculine du même thème, 7iâsa, qui n'est pas restée usit^»e en sanskrit classique, mais qui se retrouve dans le latin nâsu-s^ et peut-être au vers II, 39, 6 du /Îig-Vcda. Cette étymologie, qui me paraît la plus vraisemblable en ellemême, a de plus l'avantage de nous fournir un rapprochement entre deux couples de jumeaux dont les mères nous avaient déjà paru présenter des traits de ressemblance.

Les jumeaux de Saramâ, dont la mythologie védique fait des chiens, sont des messagers de Yama, X,14, 10-12. Leurs larges narines leur servent sans doute à suivre la piste qui leur est indiquée. Mais quel rapport peut-il y avoir entre ces ministres du dieu de la mort et les divinités secourables qu'on nomme Açvins ou Nâsatyas? Je répondrai à cette objection que des mythes primitivement identiques ou analogues peuvent, en se développant, diverger de plus en plus et ne conserver enfin d'autre témoignage de leur origine commune qu'un nom ou une épithète semblables. Peut-être cependant, dans le cas qui nous occupe, reste-t-il quelque chose déplus. On ne demande pas seulement aux Açvins la santé et la vie, comme on les demande aussi d'ailleurs aux messagers de Yama et à Yama lui-même, X, 14, 11 et 12: on souhaite encore, dans des prières qui leur sont adressées, d'arriver au séjour de la vie immortelle, X, 40, 11, sans doute grâce à leur intervention. Il ne serait donc pas impossible que les Açvins eussent joué le rôle de divinités psychopompes. Enfin, au vers I, 158, 4, où l'un des Açvins nous a paru identifié au feu terrestre, la mention du bûcher, et le vœu qu'exprime le suppliant de n'être pas encore « brûlé par ce bûcher », paraissent indiquer que ce feu est le feu du bûcher funéraire, c'est-à-dire le psychopompe par excellence.

Deux divinités représentant le feu sous ses deux formes,

1. L'argument tiré de la métrique n'est pas concluant. Le nombre de quatre syllabes peut être obtenu, pour la forme 7îr?sr//y^?,par la résolution de Vy en voyelle aussi bien que par le dt^doublement du premier (U et dans les passages où celte forme termine un pùda, ni Tune ni l'autre des deux analyses n'aboutit à la restitution du double Ïambe ou du double trochée exigé, selon la nature du vers, par les règles ordinaires.

±. Il s'emploie au duel.

céleste et terrestre, étaient naturellement appelées à recevoir des attributs sacerdotaux. Aussi dit-on des Açvins, comme d'Agni, I, 1, 8, qu'ils régnent sur les sacrifices, adhvara^ VIII, 8, 18, cf, 10, 4. On ne les compare pas seulement à des prêtres, II, 39, 1, et, toujours comme Agni, à des messagers, 27>/(/.,X, 106, 2; on les représente accomplissant eux-mêmes le sacrifice, adhvanjantà, I, 181, 1, cf. VIII, 26, 13; X, 106, 3 et 10. Au vers X, 52, 2, Agni, en se réservant le titre de holvi, leur attribue expressément les fonctions d'adhvaryu. L'épithète dldy-agnl^ qui leur est donnée aux vers I, 15, 11 ; VhI.. 9,2, doit sans doute être entendue en ce sens qu'ils allument le fou du sacrifice'. C'est sans doute en qualité de sacrificateurs que les Açvins, en compagnie de Sarasvatî, ont aidé Indra dans ses exploits, X, 131 , 4 et 5, cf. I, 1 16, 21 .

Les Açvins peuvent donc être assimilés aux « deux sacrificateurs » qui nous ont paru^ représenter à l'origine le feu terrestre et le feu céleste. Il va sans dire que les deux sacrificateurs primitivement placés, Tun sur la terre, l'autre dans le ciel, ont été réunis dans le monde supérieur ^: le vers I, 180, 9 compare les deux Açvins ensemble au sacrificateur de Manus ou de l'homme, à peu près comme le vers 1, 167, 3 compare Rodasî, la prière des Maruts, à « la parole do rassemblée »*.

Plus généralement, l'origine du couple des Açvins, si elle est telle que nous l'avons supposée, est oubliée, sauf dans les rares formules où nous avons cru en reconnaître des traces. Les deux Açvins, primitivement distincts, ont été confondus ^. Remarquons cependant encore que l'insistance avec laquelle on leur attribue un char <c commun », X, 41, 1, pourrait bien trahir un vague souvenir d'une conception difi'é rente. Au vers I, 30, 18, en cfi'et, le même char reçoit, non plus Tépithète samàna « commun », mais celle

1. Ou lo3 représente, en effet, faisant le mouvement (exprimé par la racine manth « baratter ») des prêtres qui allument le feu, cf. X, 24, 4, et silerésultat (le cette opération est, au vers X, 184, 3, la conception d'un enfant, c'est sans doute parce que le feu étant l'ancêtre et le prototype de tous les ôtres^ la conception de l'enfant a été assimilée à la production du feu; en tout cas, l'instrument du « barattage » est, dans le même passage, formellement appelé une araai; seulement, Varani des Arvius est une arani d'or.

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