‹ La reliure de luxe. Le livre et l'amateurChapitre 17 sur 27 · ED. ROUVEYRE, RELIEUR · texte numérisé non relu

ED. ROUVEYRE, RELIEUR

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sorte qu'il y a contradiction. La reliure est neutre; on ne se risque pas à interpréter le livre. L'intérieur de celui-ci n'est pas neutre : on le commente par le dessin. Le secret de la comédie est que, d'une part, on désire obéir aux principes acclamés par la Critique, et que, de l'autre, on a le tempérament de l'abbé de Marollcs, qui est, à tout prendre, le tempérament du collectionneur de tous les siècles.

Cette conduite n'a, du reste, pas tourné à l'avantage de la reliure. La Reliure janséniste l'a empêchée d'avoir aucun style bon ou mauvais. « Une reliure ne peut être considérée comme un objet d'art que si elle a été décorée d'une composition savante ou ingénieuse, exécutée par une main habile, et la reliure dite janséniste, la mieux comprise, la mieux faite, fût-elle signée par le plus célèbre relieur, est seulement une œuvre de bon ouvrier*. » Ceci est incontestable. Si la France est demeurée, à bon droit,1 le seul pays de l'Europe où la Reliure d'Art a gardé une supériorité reconnue, ce n'est pas à l'imagination de ses relieurs qu'elle le doit. A quelques exceptions près, ce restant de supériorité, dans un art qu'elle a illustré, est dû non à la reliure janséniste, qui est un aveu d'impuissance et de manque de style, mais à la perfection qu'on a su mettre chez elle à reproduire les modèles

* Essai sur la décoration extérieure des livres, par MM. Marins Michel, relieurs-doreurs, Paris, MDCCCLXXVIII, broch. gr. iu-8, p. 5.

anciens. Comme nous avons déjà dit, il y a un côté louable dans l'art d'imiter les modèles consacrés; il s'agit de ne pas les imiter à contresens, c'est-à-dire de ne pas confondre les styles et les temps. L'impuissance et le mauvais goût consistent à faire choix d'un maître, si excellent qu'il soit, et à mettre son style sur n'importe quel livre.

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