‹ La reliure de luxe. Le livre et l'amateurChapitre 19 sur 27 · PL L · texte numérisé non relu

PL L

RELIURE MAROQUIN

Dentelle exécutée aux fers gravés et fers ajoutés.

ENOEI-, RELIEUR'

3xuj aa anuuan aj

valussent la peine d'uûèWn^^itî^îWaut pour les RomlttH^

Ils ont gagné

Pourquoi rognait-on les livres depuis l'ori£!f>f3iJ?fc'JSO,,3

l'imprimerie ? Afin d'empêcher la poussière d'y entrer. Pourquoi mettait-on du rouge ou une feuille d'or sur les tranches ? Dans le même dessein d'empêcher la poussière d'y entrer. Le rouge et la dorure des tranches n'étaient pas une décoration. On le comprend si bien qu'on continue de rogner et de dorer en têle. « On dore la tranche des livres, dit M. Charles Blanc*, et cela ne se pratique que pour les reliures pleines, pour celles qui sont entièrement couvertes de peau, parce qu'on suppose que celles-là devront durer autant que le livre, et qu'on n'aura plus à les refaire, ce qui entraînerait la nécessité d'une seconde reliure. S'il s'agissait d'une demi-reliure, on se contenterait de dorer la tête qui reçoit la poussière, afin de tenir la tranche propre, et au lieu de rogner la gouttière, — la tranche opposée au dos du livre — et la queue, on ne ferait que les ébarher, pour ménager de la marge à une reliure ultérieure et définitive. Ce genre de demi-toilette est donc censé provisoire. Aussi ne met-on que du papier marbré sur les plats, réservant pour le dos seulement, quelquefois pour les coins, le veau et le maroquin. »

Eh bien ! contrairement à ces principes, le relieur et l'amateur modernes sont d'accord pour attribuer à la reliure d'art ce qui ne convient qu'à la demi-

* Grammaire des arts décoratifs, Paris, MDCCCLXXXII, 1 vol. in-4, p. 422.

reliure et au cartonnage. Trop de zèle nuit. Prévoientils que la Reliure d'Art d'aujourd'hui n'a pas chance de vivre et qu'un second possesseur du livre la fera disparaître afin de lui en substituer une meilleure ? On le croirait assez. C'est trop d'humilité, ou plutôt c'est pousser trop loin une précaution légitime. Il semble qu'on n'a pas confiance, qu'on attende une rénovation de l'Art de la Reliure, un style dont on manque. La reliure janséniste est une attente du même genre. L'habitude de ne pas rogner même dans la Reliure d'Art, pleine et définitive, est toute récente. Elle ne remonte pas au delà de 1860. Il n'y a qu'une douzaine d'années qu'elle est devenue comme un mot d'ordre. Il y a toujours eu des livres non rognés. Il y en avait comme il y avait des livres non reliés. Ce n'était pas un système, mais une négligence. Cette négligence est maintenant pour eux une chance heureuse. Un poète du seizième siècle qui a été rogné vaut deux cents francs ou trois cents francs, selon qu'il est rare ou d'un homme qui a laissé de la gloire derrière lui. S'il n'est pas rogné, il vaut le double, souvent plus du double. On en fait une fête. On en annonce la découverte dans des recueils spéciaux. D'une œuvre de rebut, on fait une rareté insigne.

Pl. LJ.

RELIURE MAROQUIN

Dentelle fers gravés, genre rocaille.

Création nouvelle.

DAVID, RELIEUR

.oIIoYjjon noiifîèfiO

a consigne de ne pas rogner et de recourir à une^ reliure provisoire, édictée sous le second Empire, a sauvé du naufrage beaucoup de livres romantiques, menacés d'une destruction imminente. Les pauvres diables ne demandaient qu'à vivre, déclare Nodier des siens, échoués sur le quai. Ils ont eu la chance de survivre, venue d'ailleurs que de leur mérite.

La mode de ne plus rogner n'a pas été acceptée sans débat. La coutume de rogner, vieille comme l'im-

primerie, a résisté quelque temps. Elle a fini par être écartée. On ne dore plus que les livres déjà rognés parce qu'ils avaient été reliés auparavant. On tâche de dissimuler ainsi un défaut qu'ils ont. On a l'air de ne vouloir pas se soumettre au principe de ne plus rogner. Le fait est que si on avait l'exemplaire, qu'on dore sur tranches, pourvu de ses marges entières, on n'en couperait pas une ligne. Malgré tout, si riche qu'en soit la reliure, un livre rogné subit une dépréciation considérable. Quiconque s'obstinerait à tenir contre le courant, qui est aux marges entières, s'exposerait à perdre la moitié ou les deux tiers de la valeur vénale de sa collection, lors d'une mise en vente. Les récalcitrants n'insistent plus. Ce serait en pure perte, et à leurs dépens qu'ils le feraient. D'autre part il est bien difficile, si riche ou si désintéressé qu'on soit, de faire la dépense d'une collection coûteuse sans la perspective de rentrer dans ses fonds, si les circonstances exigent qu'on fasse le sacrifice de sa collection.

Le non-rognage des livres est donc une modification de la condition des livres précieux, qui promet ' d'être durable. Imposé par la mode et par le goût qui, à plusieurs égards, est indépendant de la mode, le non-rognage est accepté de ceux qui ne sont pas amateurs comme de ceux qui le sont.

Ce n'est, il est vrai, qu'une partie de la révolu-

Pl. LU.

DOUBLURE MAROQUIN

Dentelle, fers ajoutés

Au centre, éventail mosaïqué, exécuté aux filets droits et petits fers.

Page 1