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tion en train de se faire clans la condition des livres. A la prescription de ne pas rogner, sauf la marge du haut et le moins possible, parce que le rognage de la marge du haut est une nécessité dont tout le monde se rend compte, on a joint comme on sait celle de conserver la couverture imprimée. La couverture romantique a servi de point de départ à la mesure qui peu à peu s'est étendue aux livres en général. En ce qui concerne non pas tous les Romantiques, mais quelques-uns d'entre eux, un sur vingt, cette manière d'agir est concevable. Lorsque le libraire vendait ses livres reliés, il n'y avait naturellement pas de couverture à garder. Ces livres n'en avaient pas eu. Ceux qu'on a vendus en blanc., c'est-à-dire non reliés, peuvent en témoigner. Ils sont couverts d une feuille de papier d'emballage qui protège le titre et la table. Cela arrivait fréquemment pour les brochures ou pour les livres auxquels on ne prévoyait pas un grand succès. On ne faisait pas la dépense d'une reliure qui eût été perdue. On commença, dès la première moitié du dix-huitième siècle, à vendre des livres brochés. Ce fut une évolution de la librairie. Le livre, à part des exceptions nombreuses, ne fut plus une sorte de monument. Le goût de la lecture s'était répandue. Les auteurs y satisfaisaient, sans pâlir, durant des années à élucubrer un chef-d'œuvre. Ils écrivaient au pied levé, comme le journaliste d'à présent. D'ordi-
naire on ne reliait pas ces produits éphémères. Mais à défaut de reliure, on les revêtait d'une couverture imprimée. La multiplicité des écrits de peu d'étendue, aux approches de la Révolution, où ils tenaient lieu de la presse périodique n'existant pas encore, généralisa l'usage de la couverture imprimée. 1789 rendit l'économie de la reliure indispensable. L'appauvrissement était universel. De 1789 à la fin du Directoire, non seulement on ne publie pas de livres de longue haleine, mais on ne relie plus. Jusqu'à la chute de l'Empire, bien que la prospérité fût revenue, on ne fait guère que des cartonnages imitant la basane, le veau, même le cuir de Russie ou le maroquin. La plupart des livres sortaient brochés, et pourvus d'une couverture imprimée, de l'officine du libraire. En cas de reliure, cette couverture imprimée était inutile à garder; elle n'était que la reproduction exacte du titre. De 1820 à 1830, la chose changea. Les Romantiques n'étaient qu'une poignée ; d1 autre part, ils n'avaient que peu d'adhérents, pas beaucoup de lecteurs. En revanche, ils étaient animés d'une passion ardente qui leur suggéra des projets de propagande. Le moyen d'intéresser l'opinion à leurs doctrines, ou plutôt un des moyens qu'ils imaginèrent, fut de faire de la réclame sur la couverture de leurs œuvres exposées aux vitrines des libraires et dans les lieux publics. Ils surchargèrent les couvertures, y compris le dos
Pl. Llllet LIV. LA RELIURE DE LUXE 196 et 19
RELIURE MAROQUIN
Filets droits.
Branche contournant aux filets courbes et feuille aux petits fers.
Insectes aux fers isolés.
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des couvertures, d'emblèmes, d'épigraphes, de vignettes parfois étranges, mais significatives. Cette ornementation bizarre n'était pas reproduite sur les titres. Elle les aurait rendus grotesques , assimilés à des prospectus de pharmacie. Ils firent plus : le plat de la couverture, placé à la fin du livre, devint un tableau d'annonces où on inséra en outre des publications en vente, des titres d'ouvrages projetés, titres rédigés en style extraordinaire, avec un commentaire, un calembour, une amorce propre à attirer l'attention.
On conçoit que les amateurs de Romantiques aient maintenant le désir de conserver ces vestiges d'un état moral très fantastique et qui n'a guère laissé de traces. L'intérêt bibliographique des couvertures ajoute à ce désir. Beaucoup de publications annoncées ainsi à son de trompe n'ont pas eu lieu. On a pas vu naître le livre intitulé : De l' incommodité des commodes, non plus que celui-ci qui se proposait de mesurer, à l'aide des mathématiques, la courbe des vagues de l'Océan. Cela explique l'importance qu'on attache aux couvertures imprimées d'alors, qu'on se préoccupe de coller sur les contrcplats de la reliure, les dos enlevés à ces couvertures. Ce sont des témoins ; ils font partie du livre. Sans eux il lui manque quelque chose de son intégrité. Un livre romantique qui a possédé ces appendices, et qui ne les a plus, perd
donc sa physionomie primitive aux yeux d'un bibliophile scrupuleux.
Néanmoins, on compte les livres romantiques publiés dans ces conditions. Il n'y en a pas vingt en tout. Si une couverture imprimée est enrichie de quelquesuns des signes énumérés tout à l'heure, elle sert à constater les tendances de tel ou tel petit romantique. Il est juste d'y attacher de l'intérêt, de considérer comme imparfait l'exemplaire qui en a été dépouillé. Gela vaut peu, mais enfin, cela vaut la peine d'être mentionné. Si la couverture et le dos de la couverture n'ont aucun insigne particulier, s'ils ne sont que la reproduction du titre, à quoi bon les garder ? Ils ne font pas partie du livre, n'y ajoutent rien. C'est à cause de cela que les couvertures imprimées sans exception, car on n'en citerait pas une, n'ont jamais été comprises dans la pagination. La couverture d'un livre est destinée à protéger celui-ci, le titre, le dos, la table, s'il y en a une, et à défaut de table, le dernier feuillet. Il importe de ne pas perdre cela de vue. D'autre part, la couverture conservée fait double emploi avec la reliure ; son but était d'y suppléer. Si elle n'ajoute rien au livre, elle est puérile à garder. Et puis, les Romantiques de quelque valeur n'ont pas eu recours à ces moyens à la Géraudel. Ils en auraient eu honte. Ce sont les impuissants qui ont cherché dans la réclame de la couverture un appui que leur talent
Pl. LV. LA RELIURE DE LUXE
DEMI -RELIURE MAROQUIN
Genre xixc siècle.
CHAMPS, RELIEUR
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n'était pas capable de leur donner auprès du lecteur.
Ce n'est pas que certaines couvertures romantiques, même celles de Victor Hugo, de Lamartine ou de Balzac, ne méritent pas d'être conservées. Ce n'est pas au point de vue de l'intégrité du livre. Ce sont les annonces du plat de la fin. Il y a là quelquefois des nomenclatures de livres qui jettent un jour singulier sur certains côtés industriels de la librairie, sur les desseins de l'auteur, ses procédés, ses façons d'agir avec le public, des mentions d'éditions, vraies ou supposées, qu'on ne retrouve point ailleurs, même dans le Journal de la librairie. Hors ces circonstances peu ordinaires, un livre romantique, sans sa couverture imprimée, n'est pas un livre incomplet. De sorte que tous les livres romantiques, même ceux qui étalent sur leurs couvertures imprimées des vignettes, des épigraphes, des signes quelconques de nature à interpréter l'ouvrage, seront estimés complets par la postérité, sans leur couverture imprimée. Est-ce qu'on reproduit les avertissements, privilèges et autres documents contemporains qui encombrent les éditions originales des grands écrivains du dix-septième siècle, les sonnets, pièces de vers latins ou de vers grecs qui précèdent ou qui suivent le texte dans les écrivains de la Renaissance ? Non. Cependant ces pièces annexes offraient et offrent toujours un autre intérêt
que les décorations ou emblèmes qui ornent les couvertures romantiques de la Restauration. Elles entrent pour une part appréciable dans la considération qu'on accorde en général aux éditions originales. Cela n'est sensible qu'aux lettrés, aux amateurs, à la critique. Cela est indifférent à la foule, et on les néglige avec raison dans les éditions modernes, sans quoi les livres anciens nous arriveraient toujours escortés d'un bagage immense dans lequel le texte serait noyé.
On propose une objection au sujet de la couverture romantique, qui n'est que la copie exacte du titre : si elle ne sert à rien, il est bon que l'amateur en soit averti, et qu'afin d'en être sûr, il l'ait sous les yeux. Soit; mais c'est une petite ressource.
Pl. LVl.