‹ La reliure de luxe. Le livre et l'amateurChapitre 21 sur 27 · RELIURE PEINTE · texte numérisé non relu

RELIURE PEINTE

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a couverture historiée de quelques Romantiques a donné l'éveil à la librairie industrielle, et ensuite par la librairie industrielle, à la librairie artistique. Le fait est récent; il est contemporain de la décadence romantique, c'est- à -dire qu'on en trouve quelques échantillons des 18 il). Ce ne fut d'abord qu'une spéculation d'éditeur, désireux d'offrir à l'acheteur l'illusion d une couverture qui serait en même temps une reliure. Il y en eut de plusieurs sortes. La première en date esl

le cartonnage avec ou sans gravure , mais avec impression sur les plats et sur le dos. L'un des plus anciens exemples qu'il y en ait est la Guzla de Mérimée (1827). L'ouvrage est couvert d'un cartonnage gris, à dos brisé. Chaque plat est encadré d'une large bande noire avec motifs de la couleur du cartonnage et deux filets. Le haut et le bas du dos offrent deux bandes transversales pareilles aux encadrements des plats. L'innovation n'a pas fait fortune sous cette forme; elle ne fut guère appliquée qu'aux livres illustrés, contemporains, eux aussi, de la décadence romantique. C'est dans l'intervalle de 1830 à 1840, que. l'illustration des livres, nous parlons de l'illustration à plusieurs centaines de gravures, gravures sur acier ou à l'eau-forte hors texte, mélangées avec des gravures sur bois, a pris un développement inattendu. Le Robinson Crusoé, de Petrus Borel, en est un bel échantillon. Il n'y a pas de cartonnage illustré ; mais les trois éditions successives des Mille et une Nuits de Bourdin en ont un. Le cartonnage de 1860, le dernier, illustré en or et en couleur, est comparable, sauf que c'est une plaque, aux plus belles reliures du seizième siècle. C'étaient les débuts de ce qu'on appelle aujourd'hui la reliure industrielle, qui est un retour, sauf les procédés d'exécution, à l'ancien état de choses, alors que les libraires ne vendaient que des livres reliés. La reliure industrielle moderne, en effet, est l'œuvre des éditeurs

Pl.LVII. LA RELIURE DE LUXE 209

Neuf filets parallèles avec coins brisés.

ENGF.L, RELIEUR.

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qui ont souvent des ateliers de reliure, ou font exécuter leurs reliures sous leur direction. La reliure mécanique ou industrielle produit maintenant, chaque année, des centaines de milliers de volumes, livres d'étrennes, livres de distributions de prix et autres, qui font une concurrence redoutable à la reliure artistique ; car la librairie industrielle a appelé les artistes à son secours, et ceux-ci ont charmé une grande partie du public par l'originalité de leur burin, tandis que les éditeurs l'alléchaient par le bon marché du produit. On peut citer comme des modèles du genre les cartonnages, car ce sont des cartonnages plutôt que des reliures, de l'Insecte et de l'Oiseau, de Michelct, illustrées par Giacomclli.

Une autre couverture industrielle, qui tient davantage de la reliure artistique, est cette couverture maroqiiinée et gravée, exécutée sur papier du Japon, dont on revêt depuis peu les livres de luxe. Celle du livre d'Octave Uzanne, intitulé In Reliure moderne, est un petit chef-d'œuvre. On peut ranger ce petit nouveau genre parmi les couvertures d'art. La couverture maroquinée et gravée est à conserver comme les gravures qui décorent l'intérieur d'un livre. Kilo a plus de titres à être conservée que la couverture romantique. Quand même on se déciderait à ne pas la conserver, elle serait encore réservée à un usage appréciable. Elle permet d'attendre une reliure d'art durant plu-

sieurs années ; elle laisse au livre le temps de sécher.

A part quelques spécimens néanmoins, qui resteront des témoins de l'art d'aujourd'hui, ces couvertures maroquinées et gravées iront un jour ou l'autre au panier, avec la plupart des reliures imprimées, que la mode a introduit la coutume de garder, y compris beaucoup de couvertures romantiques, même de celles dont il y avait intérêt à ne pas dépouiller les livres. La fièvre passagère, due à l'initiative de quelques-uns, imposée plutôt qu'acceptée par les bibliophiles de bon aloi, finira par s'éteindre. Les lettrés et les vrais bibliophiles du vingtième siècle ne voudront plus admettre qu'un exemplaire de Madame Bovary pourvu de sa couverture imprimée vaut deux cents francs, tandis que le même exemplaire, privé de cette couverture imprimée, ne vaut que vingt francs. Comme elle ne reproduit que le titre, et, il ne faut pas se lasser de le répéter, comme en principe, elle ne fait pas partie du livre, on n'y attachera pas d'importance. Les couvertures romantiques aussi^ disparaîtront, celles qui ont de l'intérêt parce qu'elles appartiennent à des petits romantiques, que le présent choie et que l'avenir ne connaîtra plus, les autres, parce qu'elles ne disent rien.

Ce sont les amateurs en dernière analyse, et quelquefois une poignée d'entre eux y arrive, qui font le prix des livres et le prix des reliures. Leur goût a changé plusieurs fois au cours du dix-neuvième siècle.

Pl. LVIII et LIX.

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