‹ La reliure de luxe. Le livre et l'amateurChapitre 22 sur 27 · LUXE · texte numérisé non relu

LUXE

214 et 215

RELIURE MAROQUIN

(Genre xvie siècle). Ornements à froid, rehaussés de filets or, entrelacs mosaïqués.

Aux angles, fers azurés.

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Il a changé sur le fond comme sur la forme, c'est-àdire sur le livre lui-même comme sur la reliure dont il est décoré. Jusqu'à l'époque (1866) où Asselineau s'est mis à pleurer sur le sort des Romantiques abandonnés sur le quai aux injures des saisons, on les avait méprisés; on s'était jeté sur les livres du seizième et du dix-septième siècle. Les Classiques latins et grecs tenaient le haut bout; puis ceux-ci déclinèrent; à l'heure qu'il est, on n'en veut plus. Les Romantiques étaient parvenus de leur côté, sinon à faire apprécier leurs propres œuvres, au moins à faire perdre à ceux du dix-huitième siècle toute considération. On y est revenu, pas à tous, mais à plusieurs catégories de livres du dix-huitième siècle, par exemple aux livres à gravures. Le vent est aux livres illustrés du dixneuvième siècle, comme aux Romantiques, et de quelque part qu'ils viennent. De tant de vicissitudes, il est resté un fait général : on a recueilli les épaves de la Littérature Française depuis le Moyen Age ; on a désormais les textes, à peu près tous les textes, de quelque valeur en éditions originales; on les a pourvus d'un vêtement durable, quelquefois splendide; leur sort est assuré. Quelle que puisse être aussi la fortune des Romantiques, ils menaçaient de disparaître. Il y en a, pas des meilleurs, mais quelques-uns, qu'on n'a pas revus. L'engouement qui leur a permis de sortir des catacombes où ils étaient enfouis aura cela de bon

qu'il les fera traverser sans encombre l'hiver naturaliste ; ensuite on verra. Quel que doive être leur avenir, on peut être sûr après les frais qu'on a fait sur eux, qu'ils feront matériellement bonne figure. Au moins, aurontils été sauvés des vers et de l'humidité ; c'est l'essentiel .

D'autre part, les Romantiques, et ceux des autres écrivains du dix-neuvième siècle qui auront résisté à l'épreuve du temps, entreront, sans doute prochainement dans la condition faite depuis toujours aux bons écrivains. On ne demande pas à un exemplaire gothique d'un roman de chevalerie de n'être pas rogné. S'il ne l'avait pas été, il ne serait pas arrivé jusqu'à nous. On ne le demande pas non plus aux éditions originales de Rabelais, à celles de Marot, à celles de Montaigne; on ne le demande pas à celles de Corneille, de Molière, de Racine, de La Fontaine, de Bossuet. Tant mieux si elles ne le sont pas; cela est une raison de leur donner une reliure durable, un moyen de ne plus être non rognés. La condition naturelle d'un livre, si on désire qu'il résiste longtemps à ses ennemis matériels, la poudre, les vers, l'humidité, c'est d'être rogné, c'est-à-dire enfermé, protégé de tout contact extérieur. Ce qu'on veut, c'est l'avoir en bon état et le garder tel, ce à quoi pourvoient, avec la reliure, le rognage et la dorure. La reliure commerciale, moins prévoyante que la reliure d'art, sans doute parce qu'elle n'a pas la prétention de travailler pour l'éter-

rt. lx.

RELIURE MAROQUIN

(Voir la Doublure. Planche V).

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nité, n'a aucun souci des différends qui sont agites dans le monde des bibliophiles. Elle rogne, même quand elle ne dore ni n'empoissc les tranches du livre. Il semble que ce soit un parti pris chez elle, au moins en France. En Angleterre et aux Etats-Unis, elle ne rogne pas ; chez nous elle est fidèle au passé de la librairie. Il est vrai qu'elle a une tendance manifeste à préférer l'éclat aux perspectives d'avenir. Elle rogne afin de pouvoir dorer ou cuivrer, c'est-à-dire afin de pouvoir séduire les yeux de l'acheteur. La dorure des tranches fait de l'effet sur l'imagination populaire, et même dans les salons de la bourgeoisie. Elle tâche d'éblouir afin de vendre davantage. Ce n'est pas la dorure des tranches de la reliure commerciale qui empêchera le livre de vivre, mais ce pourrait bien être la dorure et l'illustration du plat. Le carton ni la toile dorés n'ont le privilège de résister au temps. L'usage et le contact de l'air les détériorent vite. Les livres soumis à ce maquillage, car ce n'est qu'un maquillage, ont un air lamentable au bout de quelques années. Les anciens livres n'étaient pas maquillés de cette façon. « Les éditions originales des chefsd'œuvre de notre littérature classique, que l'on paye aujourd'hui au poids de l'or, ont fait leur apparition dans la modeste reliure du libraire*. » Pour être

* Murius Michel, la Reliure française commerciale cl industrielle , préface.

modeste, cette reliure n'en était pas moins solide; les livres qu'elle recouvre peuvent recevoir une reliure d'art. Qu'on ne s'y trompe point : cette reliure des libraires était d'ailleurs une reliure d'art, c'est-à-dire faite à la main, et non une reliure mécanique. Elle n'est depuis l'origine de l'imprimerie qu'une variété commune de la reliure d'art. Elle est sortie avec les chefs-d'œuvre qu'on admire des ateliers de Roffet, de Geoffroy Tory, de Simon Vostre, de Simon de Colines, de J. de Tournes, au même titre que les reliures commandées par les Grands et par les Rois. Ces grands artistes en reliure ont passé leur vie à faire de la reliure commune. Ils n'en faisaient d'autre que par accident et à de longs intervalles. La reliure de tout le monde était leur métier ordinaire. La reliure mécanique d'aujourd'hui ne menace point la reliure d'art. Pourquoi ? Parce que, contrairement à l'ancienne reliure commune des libraires, elle massacre le livre qu'elle touche. Un livre actuel qui a passé par la reliure mécanique n'est plus susceptible de recevoir une reliure d'art. Il est endommagé, ruiné de plusieurs façons, ne fût-ce que par le grecquage*. L'opération

* « Les machines rognent, font des mors, endossent, débitent les

carions et impriment les dorures On a mis en usage depuis quelque

temps des machines à coudre. Coudre n'est pas ici l'expression bien exacte; les cahiers sont fixés successivement, à quatre ou cinq endroits, à une bande de toile, par des fils métalliques qui viennent se recourber à l'extérieur du dos. Ce procédé, qui se perfectionnera par la suite,

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