‹ La reliure de luxe. Le livre et l'amateurChapitre 8 sur 27 · AM AND, RELIEUR · texte numérisé non relu

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Restauration et de la Monarchie de Juillet ne commettaient point d'anachronisme aussi criard, en reliant les Œuvres Romantiques dans le style du Moyen Age. Ce n'était pas le style du dix-neuvième siècle; c'était au moins un style conforme à l'esprit de ces œuvres qui avaient la prétention de ressusciter les mœurs, les coutumes et les idées du Moyen Age. Leur reliure répondait à l'intention de l'Ecole Romantique; puisqu'on avait exhumé la vieille tradition nationale, qu'on la chantait, qu'on en emplissait la poésie, le théâtre, le roman, l'histoire à couleur locale, il était à peu près légitime que la reliure se ressentît du dessein nourri dans le livre qu'elle couvrait. Ces reliures n'étaient pas des hors d'œuvre. La faute des imitateurs de Trautz, qui étaient de la famille de tous les imitateurs, fut d'appliquer le système à outrance et sans choix. Trautz avait mis des reliures gothiques à des livres du Moyen Age, des reliures de la Renaissance à des livres de la Renaissance. Il était fidèle à sa pensée. Puis il avait eu à relier des livres du dix-septième siècle, des livres du dix-huitième siècle. Il avait saisi l'occasien d'étudier les maîtres relieurs d'alors. Il avait appliqué sa méthode et mis des reliures de Le Gascon aux livres contemporains de Le Gascon, des reliures de Padeloup aux livres contemporains de Padeloup. L'erreur était de confondre tout cela. On s'était fait les disciples d'Antoine Ruettc ou les disciples de Boyct. Si on avait

choisi Ruette, on reliait tout à la manière de Ruette; si on avait choisi Boyet, on ne faisait que des reliures jansénistes. Ruette, Le Gascon et Boyet, s'ils avaient vécu de nos jours, n'eussent pas été chercher des modèles à deux siècles en arrière, surtout s'ils avaient eu à relier des livres du dix-neuvième siècle. Mais les capricieux de la reliure ne raisonnent pas de cette façon. Dépourvus d'éducation artistique, attentifs seulement aux rumeurs et aux engouements d'alentour, ils mettent leur raison dans leur poche. Ils imitent sans comprendre, ignorant dans quelle limite l'imitation est acceptable. Trautz n'a rien à voir aux sottises perpétrées en son nom. Ce sont les amateurs vulgaires qui ont entraîné les relieurs dans cette voie au surplus.

Gela n'empêche pas les reliures de plusieurs de ces imitateurs à contre-sens d'être excellentes. On en citerait dix qui sont vivants, qui ont une réputation, sont cotés à la bourse des livres, qui ont un talent d'exécution remarquable. Ils ne soupçonnent point le ridicule qu'ils encourent, et la plupart de leurs clients ne s'en doutent pas plus qu'eux. MM. Marius Michel auraient raison d'en rire et de les signaler à la risée d'autrui, si l'envie de déprécier Thouvenin, qui vaut mieux que les disciples actuels de Boyet et de Padeloup, ne les entraînait à poursuivre trop loin la critique qu'ils font du relieur de l'Age Romantique. « Au lieu,

Pl. XXL

RELIURE MAROQUIN

Genre Grolier

Exécutée aux filets droits, courbes et hors courbe. Fers azurés.

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écrivent-ils*, de choisir dans cet art national — l'art gothique — si intéressant, ces charmantes et délicates interprétations de la nature que l'on rencontre à chaque pas dans les détails de l'architecture, ce fut le portrait tout entier, la cathédrale elle-même que le trop fameux Thouvenin allait tirer sur les plats de sa reliure. Cette étonnante résurrection du Moyen Age, cette apologie d'un passé dont chacun coudoyait les puissants vestiges sans en comprendre les beautés, eut aussitôt son contre-coup en art. Presque tous les dessinateurs abandonnèrent la copie d'ornements antiques pour satisfaire le goût d'un public devenu avide de nouveauté. »

N'allons pas si vite; le trop fameux Thouvenin n'a que faire dans l'incident. 11 est injuste de l'accuser d'avoir manqué de goût, parce qu'il a mis une cathédrale ou le portail d'une cathédrale sur les plats d'un exemplaire de Noire-Dame de Paris, qui était le sujet du livre et une tentative d'apologie de l'architecture gothique. C'avait été tout spécialement par l'architecture gothique, que les Romantiques avaient essayé d'associer leur génération à l'amour de la vieille civilisation catholique d'avant la Renaissance. Thouvenin entrait de son mieux dans leur intention. Préfère-t-on qu'il eût mis un heaume ou un froc de moine en vedette sur les plats, ou Boulanger en vignette sur

* La Reliure française commerciale et industrielle, p. 71.

le titre? On n'y aurait pas mordu. Il n'y avait de heaume que dans les musées; les cathédrales gothiques étaient debout. Elles étaient les témoins d'une société disparue et qu'on désirait faire revivre, ne fût-ce que dans l'art. La cathédrale sur le plat ou le titre d'un livre romantique était une enseigne convenable. Il y eut, en 1825, quinze ou vingt Chants du sacre, parmi lesquels ceux de Lamartine et de Victor Hugo, qui ont survécu à cette "avalanche. Sur le titre des exemplaires en grand papier, il y a une cathédrale imprimée en bleu. Elle ne se trouve pas là plus mal que sur les plats d'un exemplaire de Notre-Dame de Paris. La cathédrale des Chants du sacre est celle de Reims, et quand on relie un exemplaire du Chant du sacre de Victor Hugo ou de Lamartine, une cathédrale sur les plats n'est point un anachronisme, mais de la couleur locale. Thouvenin, que l'on sache, n'a mis de cathédrales que sur les reliures des livres romantiques. Il a suivi l'exemple des imprimeurs qui encadraient le titre. Thouvenin n'a pas mis de cathédrale sur les plats d'une très jolie reliure en maroquin violet d'un exemplaire de La Rochefoucauld que nous avons là, sous les yeux; il s'est contenté d'une mosaïque en maroquin de diverses nuances, ce qui va parfaitement aux Maximes de La Rochefoucauld qui sont une mosaïque d'observations morales.

A côté des relieurs, il y a les dessinateurs et les

Pl. XXII. LA RELIURE DE LUXE 83

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