DEMI- RELIEURE ET COINS
Fantaisie xix" siècle.
CHAMPS. RELIEUR
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graveurs qui abandonnent la copie d'ornements antiques. Ils n'ont pas tort non plus, tant que dure le mouvement romantique ou qu'ils ont une pensée romantique à traduire en vignettes. Ce faisant, ils ne sont pas plus ignares que les terroristes de 1793, s'affublant des oripeaux de la terreur romaine du siècle des guerres sociales, plus ignares que David qui organise les fêtes de la Terreur sur le modèle des fêtes romaines de l'Empire. On avait abusé de l'antique; il commençait à donner des haut-le-corps :
Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?
disaient les Romantiques. Les dessinateurs comme les relieurs avaient dû céder au courant. Du reste, qu'ils copiassent des ornements antiques ou des motifs puisés dans les souvenirs du Moyen Age, d'une manière comme de l'autre, ils n'avaient point de style, manquaient d'inspiration. Au lieu de faire le goût, ils prenaient celui de la rue; ils faisaient de l'archéologie. L'art est un sujet sur lequel on n'improvise guère : l'initiative et l'originalité sont le lot du génie. Thouvenin a obéi à l'impulsion qu'il a reçue du milieu dans lequel il a vécu. Trautz a eu sur lui l'avantage delà réserve. Dans l'impossibilité d'inventer un style de reliure, il a approprié son tale nt, qui n'était pas commun, aux exigences de chaque objet. Ayant à relier un livre, il en a pris la date et s'est efforcé de copier le
style en faveur à cette date; là où il n'y avait point
de date à prendre, il est resté neutre, c'est-à-dire qu'il a fait une reliure Janséniste, qui est une reliure neutre. Ses filets eux-mêmes sont neutres. On les trouve mornes et froids. Le filet cassé est-il moins froid que le filet droit: c'est choux verts et verts choux. Si on imagine, par hasard, que le fdet cassé est une découverte comparable à celle de l'Amérique, on apprête à rire aux amateurs de demain. On dit qu'il est difficile à exécuter. La difficulté d'exécution peut servir à exercer la main d'oeuvre. Elle n'est pas de l'originalité.
Le mal est qu'on parle de la reliure comme de la poésie. Celle-ci a une variété de ressources qui n'est pas à la disposition de l'autre; on n'exige pas d'un relieur ce qu'on demande à Shakspeare ou à Victor Hugo : son art est tout de pratique, d'élégance et de simplicité, et puis en matière de reliure, on a l'habitude de confondre deux choses différentes.
Pl.XXUIetXXIV. LA RELIURE DE LUXE 88 et 89
RELIURE MAROQUIN
Dentelle xvme siècle Exécution aux fers ajoutés et petits Fers.
Aux angles, éventails mosaïqués.
ENGEL. Il 1 i i l l H .
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'ordinaire est que l'œuvre du relieur et celle du doreur de la reliure sortent du même atelier. L'amateur ne voit qu'un objet là où il y en a deux. Le relieur lui a donné cette illusion; c'est au relieur qu'on confie un livre à relier; c'est de lui qu'on attend le volume relié et décoré. Si le travail plaît, c'est à celui à qui on l'a confié qu'on sait gré; s'il déplaît, c'est lui qu'on accuse. Le relieur en titre a donné lieu à cette confusion; c'est lui qui est seul entrepreneur et responsable
de la reliure aux yeux du client. Ce n'est ni un peintre ni un dessinateur. Le peintre qui entreprend un tableau, le dessinateur qu'on charge d'interpréter une pensée, n'ont besoin du concours de personne; le peintre est responsable de son œuvre tout entière comme le dessinateur. Si elle est réussie, il en a tout l'honneur. Il n'en est pas de même du relieur. S'il n'est que relieur, il fait décorer sa reliure par un doreur; s'il est doreur, il le fait relier. En pratique, on recourt à l'association. Le relieur habile dans son art est doublé d'un doreur qui est de son côté un artiste habile. Encore est-ce assez rare. Le vrai est qu'il y en a toujours un qui est au service de l'autre. Ce dernier sert de raison sociale; c'est lui qui est connu, obtient de la réputation s'il y en a à obtenir. Il est vrai qu'il n'y a pas un amateur sur vingt qui se rende tout à fait compte du fait. Qu'on demande à un admirateur de Trautz ce qu'il prise chez Trautz, de la reliure ou de la décoration de la reliure. Il n'en sait trop rien. Il ne distingue pas. En gros, c'est la reliure dorée par Trautz qui a du crédit. Mais que l'on conteste le mérite de la reliure de Trautz, on sera bafoué. Quand on analyse la mode ou même le goût, on est surpris de la difficulté d'en trouver les éléments. C'est l'accumulation de deux professions qui n'ont presque rien de commun, sur une même tête, c'est-à-dire sur un seul nom, qui déroute l'amateur.
Pl. XXV.
DOUBLURE MAROQUIN
Dorure aux petits fers (genre moderne.)
DAVID, RELIEUR
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Afin de l'éclairer, il faudrait lui faire l'histoire de la reliure. Malheureusement il n'y a pas d'histoire de la reliure , et il y a de bonnes raisons pour qu'il n'y en ait pas : c'est qu'il n'y a pas de documents qui puissent servir à en faire une. Quand on en cherche, on découvre tout de suite une chose étrange : c'est que la plupart des noms propres accolés à la plupart des reliures qui font l'admiration des amateurs n'appartiennent pas à des relieurs. La réalité est qu'avant 168G, date de la constitution de la corporation des relieurs-doreurs, il n'y a pas de relieurs en titre. Les vrais relieurs, les vrais décorateurs de reliures, sont des ouvriers dont la personnalité est inconnue, qui n'ont laissé aucune trace de leur talent. Ils ont travaillé pour des maîtres qui étaient imprimeurs, quelquefois libraires, avaient chez eux des ateliers de reliure et de dorure, mais ne reliaient ni ne doraient eux-mêmes. C'était leurs ouvriers qui reliaient et doraient. Non seulement ceux-ci ne signaient pas leurs œuvres, mais ils étaient sans relations directes avec ceux à qui leurs œuvres étaient destinées. C'était leur maître qui était connu, à qui les amateurs avaient affaire. Le maître ne signait guère non plus. Il faut arriver au dix-huitième siècle afin d'avoir une signature, et celte signature est une signature commerciale. Padcloup ne signait pas, mais sur quelques-unes des reliures sorties de chez lui on trouve
à l'intérieur, au bas du titre, sur une bande imprimée et collée au-dessous de la date du livre : « Relié par Padeloup le jeune, place Sorbonne. » Nous avons là un Plantin relié par Padeloup qui porte cette mention.
Cette habitude de subordination du relieur et du doreur à l'imprimeur et au libraire est postérieure à la découverte de l'imprimerie. Auparavant le relieur était un homme indépendant. L'art de la reliure était connu de l'Antiquité. Il ne reste pas de vestiges de la reliure antique; il en reste de celle du Bas-Empire et du Moyen Age occidental. A cette époque le relieur proprement dit n'était en quelque sorte qu'un charpentier. Il réunissait les feuilles du livre à relier, les cousait, fabriquait des ais ordinairement en bois, un dos en bois rattaché aux ais par des charnières. Sa besogne était terminée. On confiait le livre relié de la sorte au serrurier qui le fermait, à l'ébéniste qui en travaillait les plats et le dos, au joaillier qui le revêtait de plaques d'argent et d'or, y incrustait des pierres précieuses. Si c'était un livre d'église, tout était fini. Les livres mondains étaient de plus ornés de dessins coloriés dus à des miniaturistes, à des imagiers, et en certains cas au tailleur en étoffes qui le doublait, clouait du vélin sur les plats, lui faisait un étui. Les imagiers et miniaturistes qui travaillaient sur la reliure étaient ces artistes qui consumaient quelquefois toute une vie à faire d'un volume une sorte de musée où les minia-
Pl. XXVI.
DOUBLURE MAROQUIN
(De la Reliure, Planche XVI)
Bande exécutée aux petits fers et fers ajoutés.
RUBAN, RELIEUR
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tures et les enluminures faisaient l'office d'une galerie de tableaux. Le British Muséum possède un Galien : De arte medendi, ayant appartenu à Henri VIII, dont les relieurs — on en connaît deux : John Reynes et Kundall — qui n'étaient pas des relieurs, mais plutôt des graveurs, auraient travaillé sur les dessins fournis par Holbein.
La découverte de l'Imprimerie fut fatale à la Reliure. Le livre imprimé ne valant pas la vingtième partie d'un manuscrit, on ne prit plus la peine de le relier, ou on le couvrit d'une reliure appropriée à sa valeur vénale. L'imprimeur et le libraire, et souvent l'imprimeur était libraire, vendaient leurs livres à bon marché. Ils avaient chez eux un atelier de reliure et de dorure. Le relieur et le doreur ne furent plus que des ouvriers qu'ils employaient et dirigeaient. De fait, ce furent l'imprimeur et le libraire qui furent relieurs et doreurs, connus comme tels, réputés à ce titre, selon le mérite de leurs produits.
Cet état de choses a duré jusqu'à 1G8G, comme on a vu plus haut, et même survécut à la création de la corporation des relieurs-doreurs. La Reliure ne fut plus un art, mais un métier subalterne. On invoque en vain les noms de Grolier, de François Ier, de Maioli, de Diane de Poitiers, d'Henri IV, des Grands du siècle de Louis XIV: ils n'eurent pas de relieurs. La Reliure d'Art a subsisté par eux. Celui dont elle est l'œuvre
n'a pas été considéré par eux comme un artiste, et s'il l'a été de fait, il ne l'a pas été de nom. Ceux qui ont obtenu de lui les reliures magnifiques qui subsistent ne le connaissaient pas, ne se sont pas enquis de lui. Ils avaient un imprimeur, un libraire, par l'entremise desquels et chez lesquels ils se procuraient des reliures d'art. De temps en temps, un artiste comme Holbein intervient; il est arrivé que Geoffroy Tory, artiste aussi, s'est fait libraire et relieur. L'imprimeur et le libraire, d'ailleurs, étaient toujours des érudits, quelquefois des philologues, des écrivains de bon aloi. On conçoit que le relieur et le doreur, placés sous leur dépendance, aient fait une assez pauvre figure. Il n'y a pas d'autre raison du silence gardé par la Tradition à propos de la plupart des reliures des seizième et dix-septième siècles. Il n'y a pas de noms inscrits sur les superbes reliures d'alors, conservées dans les musées, dans les bibliothèques publiques et particulières. « Tout ce qu'on sait de l'histoire des relieurs français est bientôt dit, écrivait M. Jannet, dans le bulletin bibliographique de la Revue contemporaine, du 15 août 1859. Comment s'appelait celui qui contribua si largement à la gloire de Grolier ? On l'ignore. Comment s'appelaient les relieurs de François Ier, de Henri II, de Henri IV ? On peut faire des conjectures. Pendant longtemps, les professions de libraire et de relieur furent exercées concurremment. Ce n'est