‹ La reliure du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 13 sur 39 · IVRE D'HEURES GOTHIQUE · texte numérisé non relu

IVRE D'HEURES GOTHIQUE

RELIURE DE COLfRTEVAI. . 18!2 .

à l'entendre, il épura le goût de la reliure, ses ouvrages seront recherchés en tout temps des fameux amateurs, des riches et des grands, qui en feront leurs plus chères délices. Et dix fois il revient sur Courteval, qui fut avec Bozérian l'idole de la France (est-il possible !). « Courteval l'emporta sur presque tous les relieurs de son temps ; il fut le Thouvenin de son époque. Dans le temps qu'il s'établit les Bozérian florissaient : alors il n'y avait pas d'amateurs distingués qui ne voulussent avoir des reliures de Courteval. Les anciens amateurs le font toujours travailler » (en 1827 : toujours les entêtés d'un relieur, le type ne date pas d'aujourd'hui !) « et ne l'estiment pas moins qu'ils ne l'estimaient il y a vingt ans. Les jeunes amateurs et les jeunes ouvriers le tournent en ridicule : ils sont incapables pour la plupart d'apprécier le travail de Courteval, ils le ridiculisent. » // est plus facile de dénigrer une méthode que de l'approfondir I ajoute Lesné vexé.

Très curieuses ces appréciations qui nous donnent la note du moment !

Mais ce Courteval trop vanté fut comme décorateur un sous - Bozérian prétentieux et rugueux. Toutefois, l'intérieur de ses livres est propre, remarquablement soigné, et son corps d'ouvrage est excellent : c'est surtout à ce point de vue que Lesné l'a considéré. Il faut toujours éviter de mêler les deux questions : corps d'ouvrage et décor. Décorateur nul, Courteval a été un excellent relieur.

[11] Nous donnons de Courteval une reliure extravagante : elle est de 1812 sur un livre d'heures gothique. Maroquin vert. Le plat du volume est couvert de pointillé d'or dans les angles, laissant un losange central dans lequel vient s'inscrire une croix non moins pointillée.

Ceci nous montre, bien entendu, le relieur qui ne sait pas dessiner, et qui se rattrape par une débauche d'or. Quelle orgie de sablé !

Le pointillé, d'ailleurs, va devenir à la mode pour un temps assez long :

Pour faire une dorure exacte en cette espèce, Il faut que tous les fers paraissent d'une pièce,

«OSTOK PUELK! LIBEAEr, MOLIERE 1804. (exemplaire de cora/isart}

RELIURE DE SIMIER

Que l'oeil le plus perçant ne puisse deviner L'endroit où, deux fers joints, l'un s'est dû terminer.

Ne croyez pas que le pointillé soit une petite affaire : ah mais !

Peu de gens le font bien et chacun en raisonne, L'un sans raison l'abhorre, ou bien l'estime trop. L'autre voudrait le faire en courant le galop.

Et il ne s'agit pas d'aller vite : la « dorure à mille points » exige un travail considérable : — essais préalables, — puis application des fers principaux, — puis des fers à trois ou quatre points, — puis remplissage avec le fer à un seul point. — Les points sont poussés moins chauds que la dorure principale. — Cependant Simier et Thouvenin, « qui perfectionnent tout ce qu'ils touchent, » ont quelquefois fait des ouvrages où le pointillé brillait autant que les fers principaux. — On fait aussi du pointillé vide, chaque point percé d'un petit trou. — Etc. Et Lesné, car c'est encore lui qui nous initie à ces détails capitaux, nous dit que, avec le pointillé, cinquante mille coups de fer sont souvent poussés 1. 5

pour un seul volume! Sans exagérer l'admiration pour le pointillé , c'est une ressource qu'il ne faut point complètement abandonner.

Trois autres relieurs, pendant la durée de l'Empire, imitent Bozérian\

Le premier est Purgold, à son début, créant un atelier à jamais célèbre, qui, après lui, deviendra l'atelier de Bauzonnet et de Trautz.

1. Relieurs de 1814 : Joseph-Cl. Bozérian l'aîné n'exerçait plus. — F. Bozérian jeune, 31, rue de Tournon. — Bradel, 105, rue Saint-Jacqpies. — Bradel, 145, rue Jean-de-Beauvais. — Bradel père et fils, 15, rue du Foin-Saint-Jacques. — Chaumont, 18, rue du Foin-Saint-Jacques. — Courteval, 5, rue des Carmes. — Deforge, fondateur en 1811 de l'atelier Deforge- Gruel, 24, rue Duphot. — Jacques Derome, 18, rue des Sept- Voies. — Paul Derome jeune, 9, rue des Amandiers. — Derome, 14, rue Pavée-Saint-André-des-Arts. — Dell, 16, rue Mazarine. — Duplanil, 29, rue des Sept-Voies. — Kalenback, 4, rue Chabanais. — Kleinhans, 33, rue Guénégaud. — Lefebvre, 27, cpiai des Augustins. — Meslant, 102, rue de Grenelle. — Simier, 152, rue Saint-Honoré. — Tessier, 45, rue de la Harpe. — Thomas, rue Saint-Martin. — Thouvenin, rue de l'Ecole-de- Médecine. — Vogel.

Plus, 120 à 150 autres. Mais si l'on se mettait à dresser le lexique des noms de relieui's du xix° siècle, on détruirait précisément l'histoire de la reliure, en noyant l'art dans le plus vulgaire métier.

S0STÛ3 rUSUC LIBUAJir.

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