GRESSET
7LIIJRE DE SLMIF.R.
Le second est Simier, ancien militaire, établi vers 1798, et dont les premières reliures sont des fac-similés de Bozérian.
Nous donnons du Simier de l'Empire (relieur de l'Impératrice), deux spécimens.
[12] D'abord sur Molière de Bret, édition de 1804, en maroquin vert, dos orné à la Bozérian, encadrement de plat, chiffre de Corvisart, auquel l'exemplaire a été donné par l'Impératrice, qui l'avait fait illustrer d'aquarelles par Auguste Garnerey, dessinateur des costumes de l'Opéra. Doublé de moire blanche avec dorures.
[13] Puis un Gresset de Renouard. Maroquin vert, dos à la Bozérian, plat à décor singulier, avec rosace centrale, filets, etc.*. Nous le donnons simplement à titre de curiosité.
En avril 1810, un admirateur écrit à Villenave, vice-président de l'Athénée de la langue française, pour le prier d'insérer dans son journal
•1. Communiqué par M. Léon Concjuet, libraire.
— Sole quatrain suivant sur les belles reliures de Simier, relieur de S. M. l'Impératrice et Reine, passage Radziwill :
On demandait un jour, après mainte gageure.
Si BozÉRiAN le premier Avait rendu parfait l'art de la reliure.
Le Dieu du goût nomme Simier.
Par M. V...t.
Le troisième relieur, enfin, est un jeune homme de vingt-quatre ans, au corps d'ouvrage déjà remarquablement solide. Ce jeune débutant, destiné à une gloire prochaine, s'appelle Joseph Thouvenin.
La reliure à la Bozérian finit brusquement avec l'Empire : la cassure est presque nette, en 1814. Une reliure absolument différente va commencer avec la Restauration.
La reliure de la Restauration. — Le triumvirat Purgold-Simier-Thouvenin .
La reliure de la Restauration a un aspect des plus tranchés.
La solidité est son caractère.
Dans sa nouvelle forme, qui remplace le genre Bozérian et qu'on peut appeler la forme à la Thouvenin, le livre est bâti carré, massif comme un donjon, compact, bien dans la main. Le dos, absolument plat, et portant des nerfs postiches, parce que
...l'on tient pour un grand agre'ment Que les livres communs, comme les livres riches, Soient faits à dos brisés
le dos, disons-nous, est frappé en or ou à froid d'ornements typiques, et porte de gros titres écrits sans aucune abréviation, poussés en forts composteurs à la Didot, et nettement lisibles à distance.
Cette i-eliure s'harmonise à merveille avec le livre du temps, avec les fermes impressions de Didot et de Crapelet.
Le cachet de la reliure à la Thouvenin est dans cette massiveté de bloc, et dans ces dos.
C'est la réaction absolue contre la mollesse et le laisser-aller des relieurs de la fin du xnif, contre le lâché de leur dorure, contre le tronqué de leurs titres.
La reliure de la Restauration est essentiellement ce que les ouvriers appellent du « bel ouvrage bien établi », confortable. Cela va avec l'ébénisterie et autres produits industriels de l'époque : c'est vigoureux et honnête, quelquefois même élégant sur les livres de petit format, et certainement d'un aspect inédit.
Les maroquins sont toujours à grain long. Pour la palette du peaussier, elle s'est singu-
]., ENEIDE, 1819
RELIURE DE LARRH/TÈRE
lièrement augmentée. Au rouge dominant, ou aux quatre couleurs de l'Empire succède une gamme complexe où entrent les tons mixtes comme le brun, les tons tendres comme le gris de souris, l'amarante, l'héliotrope, et les tons brûlés comme l'orange cuit, etc. Nous aurons aussi le maroquin imitant l'écaillé fondue, sans parler du veau et du cuir de Russie.
Ces maroquins sont toujours d'une qualité supérieure. Aujourd'hui, après soixante-dix ans, les gris tendres n'ont pas bougé, et les éclatants citrons n'ont pas poussé au noir. Exception pour le cuir de Russie, peau « coriace », qui avec le temps se sèche et se coupe.
Signalons au passage, sans y insister, le développement que prit, au commencement du siècle, la fabrication française du maroquin, notamment chez Fauller, à Choisy, médaillé à toutes les expositions, et chez Mattler.
La dorure est exécutée avec un or de première qualité, et d'un jaune superbe. Elle aussi, depuis soixante-dix ans, n'a pas bougé et reste fraîche comme au premier jour. Et, véritablement.
l'on ne saurait trop insister sur la merveilleuse qualité de l'or employé au début du siècle. C'est l'or des pièces de vingt francs de Napoléon.
Les relieurs notables de la Restauration sont nombreux : Lefebvre (le neveu des Bozérian), Larrivière, Bibolet, Vogel, Ledoux, Ginain, Duplanil, Thouvenin jeune, Meslant, Ducastin', etc.
Mais tout s'efface devant le triumvirat Purgold-Simier-Thouvenin, qui achève la victoire déjà préparée par Bozérian, et ramène décidément l'éclat sur la reliure française.
1. Relieurs de la Restauration : Purgold, 18, rue Cassette, puis 15, rue du Roule. — Simier, 152, rue Saint-Honoré. — Thouvenin aîné, 36, rue Saint-Victor, puis 34, rue Mazarine. — Bibolet, élève de Simier, et relieur de M. de Talleyrand, passage Sainte-Marie. — Quatre Bradel. — Courteval. — Deforge. — Deux Derome. — Ducastin, 118, rue Saint-Jacques, et son fils, même rue, 103. — Duplanil père. — Duplanil fils, 6, rue de Savoie. — Fouré. — Ginain, 28, rue d'Argenteuil. — Héring, relieur français et anglais, 22, rue de Buffault. (On trouve aussi la signature Purgold-Héring.) — Kleinhans, 56, rue Mazarine. — Ledoux, 6, rue Bertin-Poirée. — Lefèvre, 10, rue Saint-Christophe. — Naissant, 15, rue de la Montagne-Saintefieneviève. — ■ Tessier, 15, rue de la Harpe. — Thouvenin jeune, 2, rue de la Parcheminerie. — Ysabeau, 5, rue du Pont-de-Lodi.
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