‹ La reliure du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 39 · BOILEAU · texte numérisé non relu

BOILEAU

RELIURE DE PUROOLD

simplicité, il sait joindre la sauplesse à la

solidité

Enfin, s'excitant de plus en plus et (c'est par là qu'il intéresse), toujoursinterprète de l'opinion de son temps, — Lesné finit par crier ceci : Thoovenin est un de ces hommes extraordinaires

QUI, SEMRLABLES A CES CORPS LDMINEUX QUE l'oN EST CONVENU d'appeler COMÈTES, PARAISSENT UNE FOIS EN UN SIÈCLE ! ! !

Thouvenin-Minerve, Thouvenin-Comète ! Tels sont les enthousiasmes pour les relieurs. Yous qui riez de ceci, vous en avez dit naguère l'équivalent pour Trautz. Car l'exclamation de Lesné s'est trouvée tout aussi fausse en reliure qu'en astronomie. Ce siècle a eu plus d'une comète et plus d'un relieur.

Thouvenin eut ceci de particulier , qu'il fut célèbre en coup de foudre, du jour au lendemain, à vingt-cinq ans, dès la première année de la Restauration :

En naissant, ses travaux sont des travaux d'Hercule — Il travailla bientôt même pour la Russie et

l'Angleterre, accablé de commandes, reliant de 2500 à 5000 volumes par an (dix fois plus que ce que produira plus tard un atelier de reliure d'art comme celui de Cuzin, par exemple), c'est-à-dire ayant une production partie de grand luxe, partie courante, depuis les livres « d'un luxe extraordinaire, qui occupent un doreur quinze jours pour un seul volume », temps alors regardé comme très considérable, depuis « l'ouvrage soigné, où six à huit volumes occupent quelquefois toute une journée » (!), jusqu'à l'ouvrage en gros, et jusqu'à la demireliure.

(Il faut signaler en passant le grand développement que prit à cette époque la demi-reliure. Aussi soignée comme corps d'ouvrage et comme décor du dos, aussi ferme au toucher que la reliure pleine , aussi respectueuse du papier et des illustrations ; dorée avec de l'or superbe, gaufrée, voire mosaïquée, la demi-reliure de la Restauration est absolument remarquable, celle de notre triumvirat surtout.)

Bref, Thouvenin était surchargé, faisait

L IMIlAllON Db JESUS- CHRIS r, 1818

RIÏLIUHB DE l'HOU^/ENriSI .

attendre les clients. D'où une réputation d'inexactitude qui lui fut spéciale.

Balzac, dans le Cousin Pons, cite Thouvenin comme un artiste amoureux de ses œuvres. Il en reparle aussi dans la Grandeur de César Birotteaii : lorsque le parfumeur ayant reçu la croix va donner une fête, chacun s'ingénie à lui faire une surprise ; son architecte lui ménage dans sa chambre deux corps de bibliothèque, et sa fille Césarine emploie ses économies à lui offrir les classiques français, « cette bibliothèque vulgaire qu'on trouve partout et qu'on ne lit pas ». L'inexact et célèbre artiste Thouvenin avait promis de livrer les volumes le 16 à midi....

Il serait curieux de connaître le quantum moyen des retards de Thouvenin, pour nous qu'on n'étonne pas facilement aujourd'hui, depuis que nous avons vu Trautz garder six ans les Caquets de l'Accouchée de la bibliothèque Paillet ! Quoi qu'il en soit, la fameuse inexactitude (peut-être même un certain désordre) de Thouvenin fut bien établie et eut des conséquences, comme nous le dirons plus loin.

Pour le moment, nous devons conclure :

Au point de vue du corps d'ouvrage, du métier, le livide sorti relié des mains des Purgold, des Simier et des Thouvenin, est l'un des plus fermes à toucher, des plus remarquables de forme, des plus voluptueux à manier qui soient (comme disent familièrement les bibliophiles, c'est du livre « agréable à tripoter »), et, sous ce rapport, la Restauration est l'une des grandes époques de la reliure française.

uosTci ruBno libeabs-,

'OIRli DH, HENRI LE GRAND, 1.32:

RELIURE DE THOUVKNIN

Le décor de la Restauration.

Le décor des reliures de la Restauration a la qualité d'être caractéristique, et même avec des velléités de recherche, et le défaut d'être lourd, sans grâce, et accusant une gène visible du dessinateur pour composer un ensemble. Et plus il y en a , sur ce décor , plus c'est caractérisé, et plus c'est lourd.

Passe encore , tant qu'il ne s'agit que des ornements poussés à la main , avec ce bel or dont nous avons parlé. Ah ! si l'on avait su s'en tenir là!

Mais ce n'est point par vaine curiosité que nous signalions tout à l'heure la quantité de la production d'un atelier comme celui de Thouvenin . Il y a une grosse conséquence à en tirer. Les relieurs, môme célèbres, de la Restauration, ont une production mi-partie de gros et de fin, à la fois de luxe et commerciale. Ils font l'ornement à la main, et l'ornement au balancier.

Et voici le « progrès » qui arrive : Thouvenin imagine de laminer les cartons afin de rendre la reliure plus compacte , mieux « dans la main »; pour cela il est comblé d'éloges. Et bientôt on lamine les livres eux-mêmes, puis on lamine les gravures ! On a le balancier pour les reliures commerciales. Bientôt vient l'irrésistible tentation, pour faire riche et sans trop perdre de temps, de l'employer sur les reliures de bibliophile !

L'abus des plaques, voilà trop souvent le grand écueil, la tare du décor des reliures de luxe pendant cette belle époque de la Restauration.

Le matériel de décor est bien plus développé

BOSTOJî rirenc liemef.

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