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LA MORALE DES POÈTES

TŒLIURE DE BRADEL

Nous reproduisons une reliure du même genre , mais d'une date sensiblement plus avancée :

[1] Bradel. Morale des Poètes, par Moustalon, 1809. Reliure en maroquin rouge, à dos orné de trophées d'attributs divers, trompettes, tambours de basque, etc. ; plats entourés d'un encadrement qui rappelle la fin du xvm" siècle'.

Nombre de volumes anciens de la Bibliothèque Nationale, reliés à neuf au début du siècle (par Bradel?) ont encore des dos à la Padeloup, et portent sur les plats le même encadrement que celui du Grécourt ci-dessous. Mais à mesure que le format des volumes s'accroît et devient in-4 et in-fol., le doreur a poussé l'une dans l'autre

1. Remarque importante. — Nous donnerons souvent dans nos reproductions, pour plus complets renseignements, le plat et le dos des reliures : ce qui a l'inconvénient de changer la forme des livres et leur aspect vrai, car d'habitude on ne regarde pas à la fois le dos et le plat.

II sera donc utile de rentrer dans la vérité en regardant séparément chacun des deux éléments, dos ou plat, qu'on isolera en cachant l'autre avec une feuille de papier.

deux, trois, et même quatre roulettes. Procédé meublant et facile !

Tout ceci est le dernier soupir du décor ancien.

Pendant que le genre Louis XVI se corrompt de plus en plus, l'autre courant s'établit. Voici les premiers bégaiements du décor moderne. Sur des reliures d'un corps d'ouvrage médiocre, d'un luxe fort modéré, en maroquin rouge ou vert, ou en assez joli veau fauve, apparaît le nouveau matériel de fers en voie de formation, notamment l'encadrement des plats fait d'une grecque, et pour le dos, — qui, au commencencement du siècle, n'est pas en concordance de décor avec le plat, ceci est à noter comme point capital, — pour le dos, un répertoire d'urnes, de masques, de lyres (la lyre, le « noble instrument » aimé des bardes du début du siècle, et que Champfleury plaisante si drôlement dans un chapitre de ses Vignettes romantiques, intitulé : De l'emploi de la lyrel), etc. Détail caractéristique : les numéros de tomaison mis volontiers sur de petites pièces rapportées et

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GF^P:C0URT, 1796 '•' •^'■\ BOZRRfAN ; V ■■' •--^- ■

prenant de préférence la forme d'un écusson. Rien dé tranché cependant, lorsque vers 1804, à côté du dernier décor Louis XVI, apparaît le premier vrai décor Empire. Le voici, par exemple, sur le dos d'une reliure que nous reproduisons.

[2] Grécoiirt de Chaignieau, 1796 : 4 vol. Reliure de Bozérian en vélin blanc, encadrement simple sur les plats; dos sans nerfs, à décor nouveau et spécial, formé d'une superposition de fers, corbeille, ailes, lyre, masques, etc. et qui, vu dans quelque bibliothèque Empire, à bronzes de Thomire ou de Ravrio, ferait pour ainsi dire corps avec le meuble !

Si ce dos ne manque ni de style ni d'élégance, les dos à décor Empire sont généralement des accumulations de fers caractéristiques, mais disgracieux.

Maintenant, le paroxysme du style Empire. ■

[3] Décor d'un Paul et Virginie, in-4, de Didot, 1806. Dos plat, orné du haut en bas de rinceaux, sphynx, et même d'amours portant sur

la tête des corbeilles de fleurs. Sur les plats, encadrement intérieur à palmettes, puis grand encadrement extérieur, à rinceaux sur les côtés, et dans le haut et le bas à décor de personnages en manière de frise antique. Imaginez un Paul et Virginie trouvé dans les fouilles d'Herculanum !

Cette reliure est d'un relieur de province, Mairet, qui, sous la Restauration, finira fabricant de papiers à Fontenay (Côte-d'Or) et auteur d'une Notice sur la Lithographie, suivie d'un Essai sur la Reliure, imprimée à Châtillonsur-Seine, en 1824, et formant un pendant en prose au poème de Lesné. Il nous initiera notamment à l'un des goûts du temps, à ce qui était alors une grosse affaire, au racinage et à la marbrure du veau : racine bois de noyer, d'acajou, de citronnier, racine coupe de buis, pierre du Levant, agate verte, bleue ou blonde, agatine , cailloutage veiné , porphyre rouge , porphyre œil de perdrix, granit, et enfin à sa grande invention, le veau lapis-lazuli.

Le Dijonnais Gabriel Peignot, en qualité de

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