‹ La reliure du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 9 sur 39 · RELIURE DE BOZÉRIAN JEUNE · texte numérisé non relu

RELIURE DE BOZÉRIAN JEUNE

Mais cela s'explique : ce que le relieur Lesné exalte dans ses vers, ce n'est pas le décor, c'est la reliure dans son ensemble. Et il s'agissait alors de ramener l'amateur français aux relieurs français, dont la besogne « fin de siècle » (fin du xvm% s'entend), les dos à la colle sans couture et autres gentillesses l'avaient dégoûté. Il était allé se faire relier en Angleterre, chez les Kalthœber et autres, puis il s'était entiché des relieurs anglais, — que l'on crut un moment formés aux sains principes par quelques émigrés français réduits à faire métier de relieurs, — et en reliure comme en tant d'autres choses, l'anglomanie une fois entrée dans nos mœurs, c'était le diable de l'en expulser :

Les amateurs, outrés de tant de nonchalance Envoyèrent longtemps leurs livres hors de France, Et chez nous ce bel art retombait au ne'an (sic) Alors que s'établit le fameux Bozérian.

Dès 1798, Didot jeune, donnant une préface au catalogue de la vente des livres du citoyen Bozérian, loue le relieur de la façon victorieuse dont il lutte contre la concurrence anglaise.

« Heureux, dit-il, si ses efforts vers la perfection sont couronnés d'un tel succès que sa supériorité guérisse nos possesseurs de riches cabinets de la manie d'envoyer relier leurs liwes à Londres ! »

Au début du siècle, dans toute l'horreur de la perfide Albion, faire triompher la reliure française, c'est donc chose patriotique et comme le blocus continental appliqué à l'article reliure ; voilà ce que veut Bozérian l'aîné :

Cet artiste amateur sut gue'rir sa patrie De regarder l'Anglais avec idolâtrie.

11 conçoit la pensée de remettre la reliure française à son plan et « asservissant dès lors son art à son génie 5> (excusez du peu!), il décide l'amateur français à oublier nos rivaux. Oui, Bozérian « seul osa les combattre », et

Son frère, en l'imitant, sut presque les abattre.

En appel, c'est-à-dire vers le milieu de notre siècle, alors que tout ce qui touchait au style Empire était considéré comme l'abomination de

op.Dujard.

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