‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 26 sur 103 · COURS DE DANSE FIN DE SIECLE · texte numérisé non relu

COURS DE DANSE FIN DE SIECLE

RELIURE DE MARIUS MICHEL

La frénésie du nouveau : le tohu-bohu des idées.

Publications : l'Ornementation des reliures modernes.

Succès de la reliure emblématique :

elle tend à verser dans la reliure -tableau.

Relieurs divers. — Ruban. — Meunier.

L'amusant microcosme que le monde de la reliure! Ceux qui la font sont une pincée, ceux qui la font faire sont une poignée : mais, ce petit milieu, remué, agité, divisé par toutes les passions qui, sur une scène plus vaste, remuent, agitent, divisent le monde des arts dits « décoratifs »!

Arago disait qu'un astronome, sans jamais être sorti de sa chambre, pourrait apprendre

par l'observation de la Lune la connaissance précise de la Terre : forme, volume, mouvements, perturbations.

La reliure, ici, c'est la Lune : qui connaît sa marche peut en déduire la marche générale des idées quant aux arts « décoratifs ».

Mais la reliure n'est pas nécessairement satellite et dépendante : il lui est arrivé de marcher pour son compte dans l'évolution générale, et de passer au méridien de la nouveauté avant d'autres mondes plus considérables.

Encore une fois (c'est un point capital dans son histoire) : à partir de 1878, la reliure avait pris l'avance sur maints autres arts industriels et, en quelques années, dès 1885, elle s'était, à son grand honneur, renouvelée en entier, abandonnant absolument la copie.

Mais il y a plus. Dès avant 1889, après s'être renouvelée, la reliure était entrée dans la période troublée — ■ si curieuse par son trouble même — où devait la suivre, après 1889, l'ensemble des arts décoratifs. Oui, dèn avant i889, la reliure présentait tous les symptômes qui, après 1889, se généraliseront. Savoir :

Réaction furieuse — allant jusqu'à l'insulte — contre les amateurs rétrospectifs, contre les « collectionneurs ». On ne leur lient plus compte des services rendus, de l'admirable main-d'œuvre créée; on ne se met plus dans leur temps, on leur reproche de ne pas avoir eu en 1840 ou en 1860 les idées de 1885; on ne se souvient que de leur obstruction des dernières années, de l'accueil méprisant et implacable fait par eux à toute œuvre contemporaine.

Besoin frénétique du nouveau, du « nouveau à tout prix ». Sur ce point, unanimité.

En même temps, impuissance à reconnaître le nouveau comme tel, lorsqu'il se produit. C'est un fait connu : on voit mal son temps. On juge donc toutes les tentatives insuffisantes : rien de ce qui se fait n'est bien, tout est insuffisamment neuf, tout est « déjà vu »; rien n'est conforme à l'idéal que chacun croit devoir se faire de ce que doit être le nouveau; rien n'est assez « moderne », assez « dix-neuvième ».

D'où l'obsession d'un « style xix" » qui trouble les esprits créateurs, les fait dérailler, les rend fous. C'est la « course à l'abîme » de la Damna-

lion de Faust — moins la musique. Soyons xixM Hop ! Hop ! Vous n'êtes pas assez xix" ! Hop ! Plus xix° encore! En avant, en avant! Un style, un style! Hop! Du neuf, du neuf! Des hommes et des femmes avec deux bras et deux jambes? pas xix"! datent de la Création! Des livres oblongs? pas xrx", « pompier »! ça c'est toujours fait : à nous les livres ronds ou octogones ! Les caractères d'imprimerie la tête en haut, et la lecture de gauche à droite? pas xix", « vieux jeu »! Chambardez tout! Du maroquin pour la reliure, et de l'ornement dessus? Connu, « déjà

vu », pas xix% très « coco »! Hop!

D'où le symptôme final : quand il s'agit de dire comment il faut chercher le « style xix^ », le tohu-bohu des idées, leur parfait gâchis.

Tout cela, l'histoire de la reliure le montre nettement à dater de 1887. C'est le moment où, sentant une nouvelle génération de bibliophiles se former, on croit devoir la cribler de conseils. L'éditeur Rouveyre, qui s'était fait une spécialité des livres de pédagogie bibliophile, ne pouvait négliger un sujet aussi intéressant que la

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