L'EVENTAIL
RELIURE DE MAGNIN
reliure. 11 tira de cette veine trois publications coup sur coup :
La Reliure moderne, artistique et fantaisiste, par Octave Uzanne, 1887. Étude rapide et gaie sur le passé de la reliure, le monde des bibliophiles, les reliures et les demi-reliures. Pour laisser l'auteur la définir lui-même : « un aimable traité tout personnel et primesautier : rien de classique ou rien d'orthodoxe; une simple causerie en dehors de toute technologie, faisant litière des idées reçues, dédaignant le qu'en-dira-t-on et ne s'inquiétant ni des rigoristes ni des méticuleux ». C'est de l'indépendance — mais qui peut mener loin!
La Reliure de luxe, le Livre et l'Amateur, par L. Derôme, 1888. Quel contraste avec le volume précédent! Étude obscure, bilieuse : auteur triste, qui ne plaisante jamais avec le livre, garde le sérieux d'un bibliothécaire qui n'a jamais fait relier pour son compte, mais n'en mord que davantage l'amateur, comme s'il en avait une secrète jalousie ; avec des allures sibyllines demeure incompréhensible : impossible de deviner ce qu'il veut; quand il a dit
qu'il faut relier les romantiques, il est à bout; c'est son idée fixe. Retenons cependant deux titres de chapitres intéressants : \° Il y a (aujourd'hui) plus de livres et de plus beaux qu'il n'y en avait eu depuis l'origine de l'imprimerie, et on les relie davantage; 2° Ce n'est pas le relieur, mais le doreur, qui, aujourd'hui comme autrefois, acquiert de la réputation, qu'il mérite à un moindre degré. Et encore celui-ci : Entrée prochaine des livres du dix-neuvième siècle dans la catégorie des livres rognés (c'est-à-dire reliés en plein).
De la Reliure, exemples à imiter ou à rejeter, par Henri Bouchot, 1891. Le titre explique cette courte étude, posée et calme, et qui marque déjà une réaction de l'esprit français contre certains éléments exotiques et excentriques de rénovation .
A ces trois publications de Rouveyre, ajoutez :
L'Ornementation des Reliures modernes, par MM. Marins Michel, relieurs -doreurs, 1889 (lisez : par Marins seul), publication importante, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure.
Puis plus tard le chapitre court mais substan-
tiel concernant la reliure, dans les Arts et les Industries du Papier en France, de Marins Vachon.
Ajoutez encore les articles de critique des publications périodiques, sur la reliure à l'Exposition de 1889 et aux nombreuses expositions suivantes (les expositions ne se comptent plus!).
Notez l'apparition, à dater de 1890, de deux journaux spéciaux : la Reliure, organe du syndicat patronal, et le Relieur, organe du syndicat ouvrier.
Et vous reconnaîtrez qu'avec un pareil flux d'opinions, tout ira bien si l'on est d'accord, mais que si l'on diffère, nous allons tournoyer dans le tohu-bohu annoncé.
Oh ! tant qu'il ne s'agit que de fouaillcr les anciens bibliophiles, les vénérants, les trautzistes, ceux qui maintenaient la copie, ça va bien ! tous d'accord.
Oh! tant qu'il ne s'agit que de déboulonner
Trautz, tous d'accord (sauf toutefois L. Derôme,
ceci est à noter). C'est la réaction normale :
Trautz avait été déifié, il avait « bouché le