‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 28 sur 103 · IV · texte numérisé non relu

IV

siècle », il devait être piétiné par ceux qui poussaient pour entrer.

Oh! surtout, quand il s'agit de demander du nouveau, tous d'accord! En chœur! Très bien! Parfait!

Mais quel nouveau? Voici qu'il faut sortir des formules générales et vagues, préciser, faire œuvre positive, dire ce qu'on a derrière la tête. Alors, c'est la confusion des langues.

L'intérêt de toutes les publications que nous venons de citer, c'est de représenter plus que les opinions individuelles de leurs auteurs. Elles représentent les tendances collectives qui se partagent les bibliophiles, les divisent, les troublent. On a dit que le chercheur de nouveauté se ramène à deux types : « l'impulsif » et « le réfléchi ». Entre eux, d'irréductibles incompatibilités d'idées.

Voltaire a dit : Si deux Français se rencontraient aux extrémités de la Terre, il faudrait que l'un des deux mangeât l'autre : c'est la loi de la naturel

Quand il est question de reliure, on n'échappe

HélioS Bordie

RELIURE DE MAGNIN

pas à la loi naturelle, et deux Français qui causent de ce sujet passionnant ont bien de la peine à ne se point dévorer.

Cependant sur le bibliophile parisien qui, placé au centre de l'action, peut juger et se déterminer par discussion et sur pièces, toutes les opinions écrites n'ont encore qu'une influence médiocre.

Mais le bibliophile éloigné, le provincial, l'étranger, qui attend comme la manne les conseils de Paris; malheureux Panurge posant à tous les échos la question de savoir, non plus s'il se doit marier, mais : Comment dois-je faire relier? et cahoté entre des réponses formelles et contradictoires apportées par le courrier! C'est du pur Rabelais :

— Vous ne ferez jamais assez de folies pour vos livres : ingéniez -vous à les embellir, adorner, afistoler, diaprer, historier, chamarrer, ornemaniser; tout s'offre aux inventifs : cuirs, bois gravés, pyrogravés et sculptés, cuivres, étains, bronzes, ivoires, plaques de porcelaine, grès flammés, broderies, toiles peintes, minia-

ture, écaille, nacre; tout ce qui est d'un amusant relief. Faites ça.

— Ne faites pas ça ! La reliure se doit palper sans mécompte. Pas de relief. La peau, le maroquin reste l'idéal absolu. Et une ornementation plate, qu'on peut d'ailleurs varier et moderniser à l'infini. Telle est la théorie vraie de la reliure. La vraie trouvaille de l'avenir sera une jolie manière d'entrelacs.

— Amateur bibelotier, vous aurez toujours dans vos armoires des tissus Pompadour, des satins précieux, des lampas fanés, des velours ultra-fms, une véritable cargaison de jolies choses ramassées dans les flâneries chez l'antiquaire. Faites ça.

— Ne faites pas ça! Aller chez le bric-à-brac, ça n'a jamais été faire du neuf. Vous qui précisément êtes las de l'imitation des anciens, point de vieilles étoffes sur les livres de notre temps : c'est tomber d'une rétrospectivité dans une autre!

— Enchâssez les émaux; la ressource est précieuse; ne connaissez-vous pas la brochure d'Albert de la Fizelière : Des Emaux cloisonnés

et de leur introduction dans la reliure des livres (Paris, Aubry, 1870)? Faites ça.

— Ne faites pas ça ! L'émail est le pire contresens qui se voie : quinteux, fragile, rayé par un fétu, marqué d'une tâche indélébile au moindre contact moite.

— Ayez des idées imprévues. Voyez Burty et son abeille du trône impérial dans la reliure des Châtiments! Faites ça.

— Ne faites pas ça ! L'abeille de Burty, oh hé! Insensé, le gros insecte brodé à une échelle énorme, enterré dans les biseaux du cuir. Ces tentatives audacieuses excitent les simples et déroutent les naïfs, et un beau jour on trouve, encastrées dans le plat du premier volume de laRévolution française, les besicles de M. Thiers. Nous voilà loin de Le Gascon !

— Tirez parti de toutes les merveilles du Japon : cuirs, papiers, crépins, laques, émaux. Faites ça.

— Ne faites pas ça ! Le japonisme est un engouement formidable, comparable à la découverte des Romains par le premier empire, et du Moyen Age par les romantiques. Pas de garde

de sabre japonais sur le Cavalier Miserey, pas de kakémono sur la Vie des Boulevards] Encore une fois, pas de saillies.

— Tirez parti des formules d'art de Fextrême- Orient, d'une flore exquise, d'une ornementation de la plus rare élégance. Faites ça.

— Ne faites pas ça! Nos bazars ont tué la japonaiserie net et sans miséricorde. Ce qui restera de ce fatras, ce sont les belles œuvres vraiment belles des Japonais. Des Japonais du Japon. Mais non le japon de relieurs français. Oh ! l'abus des masques japonais ! Du japon sur les homélies de Jean Chrysostôme ou sur un roman de Daudet (cela s'est vu), c'est retomber dans le galimatias reproché aux autres.

— Le cuir incisé est à présent, dans certains cas, un élément de variété. Faites ça.

— Ne faites pas ça! Il écorche les doigts. Oh ! je vous entends : « Réactionnaire ! Groliériste ! Empêcheur de relier en rond ! » Mais peu m'importe.

— Quoi ! pas même un cuir incisé? Mais voici une précieuse ressource et bien de ce temps-ci, la flore ornementale Faites ça.

Helio^

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