L.Y. CONTE DE L'ARCHER
RELIURE DE MARIUS MICHEL
Suite de la question d'argent.
Cartonnages. — Carayon.
Demi-reliures. — Reliures jansénistes.
Le cartonnage n'est pas seulement ressource économique de bibliophile débutant. Par sa propriété de préserver sans rien compromettre ni préjuger (le cartonnage-conservateur de Lesné !), il fait aussi l'affaire des bibliophiles les plus qualifiés. Qui le mit à la mode, il y a vingt ans? Les trautzolâtres, qui ne voyaient plus de reliure possible après le dieu. Rappelez-vous leur on fera cartonner ! Après Trautz, Lemardeley !
Présentement, le cartonnage a cette fortune d'être pratiqué par un homme extraordinaire en
son genre : Carayon, né à Paris en 1843. Jadis il eut la velléité d'être soldat; engagé au 2° de ligne en 1860, il renonça vite. Puis il fut peintre décorateur. Une occasion le fit relieur. Il devint un passionné de livre et de reliure, le travail est son plaisir et sa consolation : le malheureux souffre, perclus, cassé en deux par les rhumatismes; il s'intitule modestement « le plus gondolé des relieurs ». A nous de compléter et de dire : un des premiers relieurs actuels, par la netteté exquise et l'élégance de son travail, par la fraîcheur qu'il conserve aux matières employées, par le goût qu'il apporte au choix des étoffes et des papiers. Il pratique avec une délicatesse extrême le maroquin plein à la Bradai, le veau fauve plein ou demi ; il est sans rival pour toucher au vélin blanc. C'est un artiste, qui du papier même fait une « belle matière » : sa vitrine de cartonnages à l'exposition du Livre en 1894 était la chose la plus pimpante qui se puisse imaginer : le livre-fleur !
Carayon est vraiment un relieur. Et quel est le vrai signe, le critérium où vous le reconnaissez? Eh bien ! un relieur, c'est l'homme à qui vous