‹ La reliure du XIXe siècleChapitre 23 sur 69 · ESTHER · texte numérisé non relu

ESTHER

RELIURE DE MARIUS MICHEL

Iriç.Ch.V, l

chiffre HB, un vase de fleurs, premier essai — un peu enfantin, — de flore décorative.

Les Jardins d'Arthur Mangin, de la bibliothèque Marquis, relié par Chambolle. Dessin en portique, rinceaux et flore décorative, chiffre M.

[128] Les Baisers de Dorât, de la bibliothèque Paillet, contenant les vignettes en tirage hors texte, reliés par Chambolle. Décor simplement symétrique, cartouche, flambeau, rinceaux, guirlande de muguet, mosaïque de dix couleurs.

Pendant dix ans, nous avons vu chez Eugène Paillet les trautzophiles faire les renchéris et se trémousser sur leur chaise, à l'aspect de cette reliure, comme des gens empoisonnés. Trautz, lui, sans tant de manières, la regardait toujours avec intérêt et la trouvait remarquable.

Déjà elle a été reproduite dans le catalogue de la librairie Morgand et dans Estampes et Livres. Et nous sommes obligé de la reproduire encore, parce qu'elle compte dans l'histoire du décor. Redisons-le ici, encore une fois : en tout temps, les morceaux notables de la reliure d'art sont

rares, on les compte — même facilement — et on retombe toujours sur les mêmes.

Détail intéressant. Les trois volumes ci-dessus ont été dorés par Marius Michel père. Ce sont les trois seuls décors modernes qu'on ait de la main du célèbre doreur.

Ajoutons encore quelques autres morceaux de Marius fils : une Porcelaine de Jacquemart, avec décor approprié, sur une reliure de Hardy, et deux exemplaires de Justine, pour des bibliothèques très sérieuses et des moins suspectes. Eh quoi? Les bibliophiles graves admettent donc Justine! Parfaitement, en tant que livre rare. Comme texte, ils ne la prendraient pas avec des pincettes; comme curiosité, ils la cueillent avec un billet de Banque, et ils la font relier doublée. Après quoi ils ne l'ouvrent plus, le bibliophile ne lisant pas dans ses exemplaires précieux. Seuls, les spécialistes pornomanes lisent Justine, dans des réimpressions de Bruxelles.

Marius Michel père et fils fondèrent en 1876

JCJ

H«Ho6.-Duiardin

JO SEPH

RELIURE DE MARU1S MICHEL

un atelier de reliure d'art. Grave détermination; c'était assurément monter en grade, mais peutêtre changer le purgatoire pour l'enfer : la sûreté des recettes de la dorure pour le redoutable aléa de l'atelier de reliure.

Les Marius Michel s'établirent, 15, rue du Four, au premier. Juste sous l'atelier de Trautz !

Là, toujours vaillant jusqu'à sa mort, Marius Michel père continua son métier de doreur.

Mais le vrai chef de l'atelier, le relieur, l'homme à idées, fut son fils.

Marius Michel fils — pour abréger, Marius, ainsi que nous l'appelons couramment — Marius donc, alors âgé de trente ans, aborda la reliure avec une remarquable initiative et un vrai tempérament d'artiste. On l'a défini en trois mots : il dessine, il écrit et il cherche. Trois choses rares dans le métier !

Il fut intéressant dès le début. A un goût personnel et fin, il joignait des connaissances approfondies : sachant à fond l'anatomie de la reliure longuement étudiée et disséquée ; possédant la technique du métier de doreur pour l'avoir pra-

tiqué dix ans de sa main ; ayant une connaissance raisonnée du décor, de l'art dans la reliure, pour avoir étudié avec passion les plus beaux modèles du passé, et même pour les avoir vu refaire et avoir contribué à les refaire, ce qui lui donnait l'expérience classique de quelqu'un qui connaît ses auteurs. Il avait aussi dessiné nombre de nouveaux fers dans les anciens styles, afin de varier, au moins relativement, le matériel : fers aldins, fers azurés de l'école lyonnaise, fers Le Gascon, fers Ruette, fers Derome.

A cette connaissance des anciens, qu'il a toujours jugée indispensable en tant que constituant les humanités du relieur, et qui lui avait laissé, en définitive, une préférence visible pour les plus belles œuvres de la grande époque de la Renaissance, il associait une éducation spéciale moderne : les cours de la « petite école » — les cours de la rue de l'École- de-Médecine — l'avaient doté d'un bagage ornemental de Ruprich- Robert et de Galland ; il arrivait, l'imagination meublée d'une flore interprétée (stylisée, comme on dit prétentieusement aujourd'hui), élément absolument nouveau qui

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