LE TEMPLE DE GNIDE
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quelquefois pitoyable, allant jusqu'à la caricature notamment chez les relieurs américains, a été employé à tort et à travers. Il trouve encore quelquefois sa raison d'être, aujourd'hui, sur des livres du xvme siècle, ou sur des ouvrages comme Le dernier Abbé, Jeannette, etc.
Ils marquent encore autre chose, ces exemplaires précieux des livres du xvme siècle, si richement reliés. Ils marquent l'apogée de la frénésie bibliophile sur les livres à figures, — et avec eux sur tous les autres livres, — l'apogée du chauffage à blanc des livres. Apogée qui commence aux alentours de 1878 et de la vente Turner, et qui finit vers 1886 avec la dispersion de la bibliothèque Paillet...
Oui, Paillet se sépara de ses livres! Oui, cette nouvelle invraisemblable s'abattit un jour sur le monde bibliophile. Oui, sept cent mille francs de livres tombèrent chez Morgand, qui dut les coter aux prix les plus raides qu'on ait jamais connus. Bauchart fut dépassé, et de beaucoup. Mais — tant il est vrai que l'excitation entretient l'excitation — la hauteur vertigineuse de ces
prix inouïs, loin de décourager les amateurs, les rendit fous de désir. Ils escaladèrent les mille et les mille, grimpèrent, — non pas seulement à V arbre, comme on dit agréablement en librairie, — mais au Cervin ou à la Meije, sautant des crevasses de cinq mille, des « bergschrund » de dix mille, gravissant des à pic de vingt mille, trente mille, cinquante mille; écorchés, saignants, jamais las, et criant de plaisir! On vit un de ces alpinistes d'un nouveau genre, un enragé, — et que depuis, d'ailleurs, aucun traitement, même Pasteur, n'a encore pu guérir, — un bibliophile à qui son ami Paillet avait donné la primeur de l'annonce de sa vente (quel tuyaul) et qui avait pu, en conséquence, mûrir son choix, on le vit, disons-nous, monter à cent cinquante-neuf mille, avec huit articles! Ce fut le paroxysme de la bibliophilie épileptique.